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#141 31-10-2018 23:05:21

JurassicOne
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Pas mal... pas mal du tout même ! C’est toujours aussi plaisant à lire. wink


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#142 01-11-2018 09:33:16

The Geeky Zoologist
Gallimimus
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Qu'as-tu pensé du chapitre précédent ?


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#143 01-11-2018 09:55:42

JurassicOne
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Ouais, il est pas mal. Intéressante comme idée : un gars qui appelle Wu pour lui proposer de travailler chez quelqu'un d'autre. Et ce quelqu'un d'autres, ce ne serait pas

Spoiler: Cliquer pour lire

Biosyn ?

Pas mal la première partie du chapitre dans le bungalow d'Owen même si je pense que tu aurai pu inclure une partie où tu écris ce qui se passe du point de vue de Claire, ce qu'elle fait vraiment pendant que les autres sont occupés. Je pense que ça aurait été pas mal.

Pour parler du chapitre précédent celui-là : Woah, il s'en passe des choses dans ce chapitre ! La mort de Zara est moins c***e que dans le film ce qui touche un peu plus le lecteur, je pense et, personnellement, me fait m'attrister plus son sort que celui du film, ce qui rend le personnage plus attachant même s'il n'apparaît que très peu. Pour finir, les membres de l'Administration d'InGen sont de vrais c*****ds, ma parole !


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#144 01-11-2018 10:58:56

The Geeky Zoologist
Gallimimus
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

JurassicOne a écrit :

Et ce quelqu'un d'autres, ce ne serait pas

Spoiler: Cliquer pour lire

Biosyn ?

Spoiler: Cliquer pour lire

Bingo !
L'homme en question n'est autre que Lewis Dodgson.

Bon c'était assez facile à deviner pour les fans de la franchise à cause des indices dissimulés dans la conversation.

JurassicOne a écrit :

Pas mal la première partie du chapitre dans le bungalow d'Owen même si je pense que tu aurai pu inclure une partie où tu écris ce qui se passe du point de vue de Claire, ce qu'elle fait vraiment pendant que les autres sont occupés. Je pense que ça aurait été pas mal.

La seule chose qu'elle fait à ce moment-là c'est rester assise et être seule avec ses pensées. J'ai jugé pas utile de le décrire, pensant que le lecteur se doute bien qu'elle fait ça ou quelque chose de similaire. 


Et sinon quel est ton avis sur tout le Chapitre XII : Assaut sur Burroughs ?


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#145 01-11-2018 12:02:24

JurassicOne
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Effectivement je pensais à Dodgson.

Pour le chapitre sur l’attaque de la Cité :  yikes  yikes  yikes  yikes
Il y a autant de tension que l’attaque du camion dans la réserve. Elle est sans fin cette attaque. En plus, quelle atmosphère avec le nuage de cendres ! C’est fou !

Mais que ce soit dans le film ou n’importe quelle œuvre de fiction comme la tienne, ça me fait toujours quelque chose quand les ennuis commence... cry  sad

En plus, le design et l’aspect général de ton JW est mille fois plus cool que celui du film !
Je vois trop ta fic adaptée en film ! smile
Une sorte de remake du film de Trevorrow.

Dernière modification par JurassicOne (01-11-2018 13:02:32)


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#146 02-11-2018 12:25:53

The Geeky Zoologist
Gallimimus
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

JurassicOne a écrit :

En plus, le design et l’aspect général de ton JW est mille fois plus cool que celui du film !

Merci.
A l'avenir, je ferais peut-être des posts exposant les différentes influences artistiques de certains éléments.

JurassicOne a écrit :

Je vois trop ta fic adaptée en film ! smile
Une sorte de remake du film de Trevorrow.

Faudrait un sacré budget alors avec tout ce qu'il y a dedans, sans parler de la durée digne des grands films épiques des années 50 et 60, du SDA ou de Les Trois Royaumes en version originale. xD
Beaucoup la considéreraient comme inadaptable en film, surtout aujourd'hui avec toutes les contraintes imposées par les producteurs sur le plan artistique.


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#147 04-11-2018 15:21:20

The Geeky Zoologist
Gallimimus
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Bonjour à tous,

La troisième partie du chapitre Le Conseil s'étant révélée plus rapide à écrire que ce que je croyais, je suis en mesure de la publier maintenant.
Quant au prochain chapitre, La Montagne Hantée, il devrait arriver avant ou pendant les vacances de Noël.

A la prochaine et Bonne lecture,



                                                           Chapitre XIII : Le Conseil (partie 3/3)


     Passant ses mains sous le flot du robinet, Dearing les lava. Alors que ses neveux avaient gagnés la chambre d’ami, elle était restée pour aider Grady à faire la vaisselle. Pendant qu’ils faisaient cela, il lui avait demandé si elle ne voulait pas rester chez lui jusqu’à ce qu’il reparte aider ses collègues après quelques heures de repos, se doutant bien qu’elle ne désirait toujours pas rentrer à Burroughs. Sans surprise, sa réponse fut positive et elle alla alors en informer ses neveux. Mais en entrouvrant la porte de la chambre d’ami, elle vit que ses neveux étaient couchés sur le lit encore tout habillés, ces derniers s’étant assoupis directement après le dîner. Elle referma délicatement la porte et alla retrouver Grady sur la terrasse.
Il était assis bière en main dans l’une des deux chaises à bascules sous l’auvent qui abritait cette partie de la terrasse faisant face au nord.  A son arrivée, il décapsula une bière et la tendit à Dearing.
    — Tiens. T’en as besoin je penses.
    — Merci.
    Elle vint s’asseoir sur l’autre chaise et commença à boire sa bière tout en gardant un regard inquiet vers les alentours. Deux lanternes de camping diffusaient une lumière plutôt apaisante à leur niveau mais la dite lumière cédait la place à l’obscurité à quelque mètres devant eux. Ainsi, ils distinguaient à peine les contours du lac pourtant proche et n’étaient pas en mesure de voir les dinosaures dont les chants sonnaient comme une complainte dans le contexte présent.
    — Où sont-ils ?
    — Au-delà de la rive opposée du lac. Je pense qu’ils ne traverseront que si l’éruption gagne en intensité.
De la terrasse, ils pouvaient apercevoir le sommet du Mont Sibo et le nuage en ébullition au-dessus du volcan.
    — Combien de temps tu crois qu’elle va durer ?
    — Je ne sais pas. Elle pourrait se terminer demain matin tout comme dans trois semaines ou même dans plusieurs mois.
    Grady regarda la façon dont le vent faisait bouger le feuillage des arbres voisins.
    — Le vent repousse le panache vers le sud et l’est mais il faut surveiller. On doit évacuer le bungalow si la couche de cendres sur le toit devient trop épaisse.
    Il vit qu’elle tenait son anneau entre ses doigts, s’amusant à le faire tourner.
    — Je ne t’ai jamais demandé mais quelle est l’histoire derrière cet anneau ?
    — Juste le cadeau d’un ex du temps où j’étais encore en Floride. Répondit Dearing. C’était un grand avec des cheveux longs, un visage d’ange, une voix douce et une éloquence hors-pair. Notre liaison n’a pas été très longue et lorsque nous avons rompus peu de temps avant mon entretien au siège d’InGen, il n’y a pas d’accouds. Il s’est même montré très compréhensif et m’a dit qu’il était satisfait de ce que nous avions vécu et c’est là qu’il m’a offert cet anneau. Puisse cet anneau te porter chance dans tes futures entreprises, m’avait-il souhaité. Il l’avait forgé et décoré lui-même, le gars étant orfèvre de métier. J’ignore ce qu’il est devenu mais jusqu’à ce jour, son anneau m’a en effet plutôt porté chance.
    Dearing se tourna vers Grady.
    — Qu’est-ce que tu crois qu’on te réserve après ça ? Lui demanda-elle.
    — Même si le Conseil voulait se débarrasser de moi, Hoskins leur rappellerait qu’ils ont besoin de moi pour le bien du programme. Les filles sont trop précieuses aux yeux de la compagnie pour être abandonnées ici. Le programme IBRIS est déplacé sur le continent. Barry et les gars sont en train de préparer le transfert.
    Il prit une gorgée de bière et resta pendant quelques secondes silencieux, comme s’il hésitait à dire quelque chose.
    — Les conventions sociales m’invitent à te renvoyer la question. T’as un plan de secours quant à la suite de ta vie professionnelle ?
    — Non. Vu comme mon nom est désormais associé avec la chute de ce parc, tous les CV que j’enverrais seront directement envoyés à la poubelle. Et comptes pas sur le Conseil pour m’aider. On se serait cru chez les Bolcheviks lors de la réunion. Je suis dans la merde jusqu’aux narines…
    Elle termina sa bière et Grady se leva pour aller dans la cuisine. Lorsqu’il en revint ce fut avec deux verres et une petite bouteille de rhum en main. Il en proposa à son invitée et elle accepta.
    — J’ai réussi à foutre pas mal de fric de côté pendant toutes ces années mais le but de cet argent à la base était autre que celui de me dépatouiller en cas de gros pépin dans ma vie. Déclara-elle après avoir avalé une gorgée.
    — Quel était-il alors ?
    Elle le regarda dans les yeux.
    — Je peux te confier un secret ?
    Tout en soutenant son regard, il hocha de la tête d’un air sérieux.
    — C’est à propos de famille. Ma demi-sœur et certaines personnes de mon entourage croient que je ne souhaite pas avoir d’enfants. C’est ce que je leur fais croire mais ce n’est pas totalement vrai dirons-nous. Avoua-elle.
    Grady se mit alors à la regarder d’un air surpris.
    — Ne vas pas croire que c’est parce que je n’ai plus d’avenir professionnel que je me rabats désormais sur enfants, cuisine, église… Non, non, pas du tout, ça n’a aucun putain de rapport ! Précisa-elle cependant. C’est plus pour avoir quelqu’un à qui léguer un héritage ou plus terre-à-terre, à qui transmettre son sang ou ses gènes si tu préfères. Ainsi, l’argent mis de côté visait à financer les études de mon potentiel gamin. Mais d’un autre côté j’hésitais car le monde est en train de changer et pas en bien, les événements d’aujourd’hui me l’ont bien fait comprendre d’une certaine manière. A quoi ressemblera-il dans quinze, trente, cinquante ans ? Sera-il toujours un endroit où l’on puisse grandir et s’évanouir en toute sécurité et quiétude ?
    Elle s’aperçut que Grady l’avait écouté avec beaucoup d’attention et que le regard qu’il lui portait était différent de celui qu’il lui avait accordé le matin-même, moins moqueur et davantage bienveillant et plein de compréhension.
Tandis qu’elle prenait une nouvelle gorgée, il voulut bouger dans sa chaise mais il geignit soudain.
    — Aïe.
    — Ça va ? S’inquiéta Dearing.
    — C’est rien.
    Elle sut que c’était la blessure qu’il avait au flanc qui lui faisait mal.
    — T’as soigné ta blessure ?
    — Je l’ai juste lavée vite-fait.
    Dearing leva les yeux au ciel.
    — Oh t’es pas possible !
    Elle se leva de sa chaise et l’invita à faire de même.
    — Allons dans ta chambre. Il faut qu’on regarde ça !
    Grady se leva et alla ouvrir la porte-fenêtre entre la terrasse et sa chambre. Une fois qu’ils furent les deux à l’intérieur, Dearing referma derrière eux.
    — C’est bien beau que tu penses à me soigner mais qui va te soigner toi ? Fit-elle alors qu’il s’asseyait sur son lit. Allez enlève ton T-shirt !
    Grady posa son verre à ses pieds et s’exécuta tandis qu’elle cherchait de l’alcool à quatre-vingt-dix degrés dans la pharmacie à la salle de bains. Elle finit par en trouver une bouteille et revint aussi avec de quoi bander la blessure.
Elle prit place à côté de lui et commença par appliquer un coton imbibé d’alcool sur la lacération, faisant grimacer Grady. Une fois la blessure désinfectée, Dearing la banda et saisit son verre.
    — J’espère que ça ira pour l’instant. Déclara-elle avant d’avaler une nouvelle gorgée de rhum. Promets-moi d’aller voir un médecin dès que tu pourras. Dire que je si n’avais pas regardé ça, tu te serais retrouvé avec une infection sur les bras. Tu peux me remercier.
    — Merci. Dit Grady.
    Alors qu’ils se déchaussaient, il émit un petit rire.
    — Pourquoi tu te marres ?
    — C’est juste que c’est cocasse. On a passé les cinq dernières heures à se sauver et se soigner mutuellement. Lui rappela-il. En vérité, ajouta-il peu après, vous êtes une femme pleine de potentiel madame Dearing. Vous n’êtes définitivement pas une Willie Scott !
    Elle esquissa un petit sourire.
    — Serais-je donc plutôt une Marion Ravenwood ?
    — Tu t’en rapproches un peu, oui.
    Il commença à compter sur ses doigts.
    — Qu’est-ce que tu fais ? Lui demanda-elle.
    — Je comptais. Je t’ai sauvé trois fois et tu m’as sauvé deux fois.
    Dearing fronça des yeux et le regarda d’un air sceptique.
    — Comment ça tu m’as sauvé trois fois ? Tu m’as rattrapé dans l’escalier du Poing du Géant et réveillé de mon état de choc dans le couloir du vieux centre mais c’était quoi la troisième ?
    — Mon idée pour grimper les parois de la grotte.
    Elle écarquilla les yeux de consternation.
    — Ton idée ? Celle des scénaristes de Kuzco surtout, espèce de plagiaire ! S’emporta Dearing sous l’effet de l’ivresse. Et ça ne rentre pas dans le concept de sauver quelqu’un d’un danger immédiat. En attendant, c’est moi qui ai fait les trucs qui déchirent le plus ! De un, te sauver d’un ptérosaure vorace et hé, j’ai réussi à blesser l’indominus. Ça compte pour deux ça au moins ! J’ai coupé sa langue comme Red Sonja couperait des têtes ! C’est autre chose que de me rattraper à temps ou me tirer par le bras. Dit-elle sur un ton moqueur.
    Ils se surprirent à rire d’eux même malgré leur fatigue et les épreuves traversées.
    — Doucement, la calma Grady tout en rigolant, tes neveux sont en train de dormir.
    — Oups, c’est vrai ça. Se reprit-elle. Et à y réfléchir, je ne payais pas vraiment de mine dans la caverne.
    Leurs regards se croisèrent et il songea alors à l’instant qui avait suivi celui où elle l’avait sauvé des mâchoires de l’harpactognathus, où il avait été tenté de l’embrasser. Les événements les avaient considérablement rapprochés et les différents moments de bravoure de la part de Dearing avaient engendré une grande attirance de la part de Grady pour son ex-supérieure.  Ainsi, poussé par l’idée qu’il s’agissait surement de la dernière soirée qu’ils allaient partager et en partie par l’effet de la boisson, il se rapprocha de son visage et embrassa ses lèvres. Ce fut cependant bref car il se rendit compte que c’était peut-être de trop et recula en conséquence, prêt à s’excuser.
Dearing avait été surprise mais elle n’avait pas reculé et à en juger par son regard, elle se demandait pourquoi il s’était arrêté. Avant même qu’il n’ait eu le temps de formuler une excuse, elle se rapprocha de lui et l’embrassa longuement en retour.
Il lui répondit avec passion et en réponse, elle vint se coller à lui, allant progressivement s’asseoir sur ses genoux. Notant que le désir le gagnait rapidement, elle déboutonna son propre pantalon puis repoussa doucement Grady pour le coucher sur le dos avant de venir se mettre à califourchon sur lui. Elle se pencha pour l’embrasser et il la caressa en retour, passant ses mains sous son chemisier, remontant progressivement des reins en direction de sa poitrine…


     — Des renforts de Sorna ! Cria le caporal Chapuy depuis le toit de la caserne lorsqu’il vit les lumières d’un hélicoptère de transport commencer à descendre vers la vallée.
     Lorsque Brunet arriva sur le toit, l’appareil, un AgustaWestland EH101 Merlin aux couleurs de la garde grise, était déjà posé et ses passagers, une petite trentaine de gardes tout équipés, étaient en train d’en sortir.
L’individu à la tête de ce peloton, un chinois grand et d’âge mûr, le lieutenant Zhuge Yu, se dirigea vers Brunet. Ce dernier le héla par-dessus le bruit des moteurs et des pales :
     — Zhuge.
     — Gilbert.
     Les deux hommes se rapprochèrent pour se saluer proprement en saisissant fermement l’avant-bras droit de l’autre avec leur main droite.
Brunet regarda l’hélicoptère décoller aussitôt tous ses passagers débarqués. Il s’était attendu à recevoir davantage de renforts. Yu vit son inquiétude dans ses yeux.
     — Rassures-toi, Helm ne compte pas envoyer que mon peloton pour vous aider. Un corps expéditionnaire plus grand est en train d’être rassemblé à Caer Draig mais avec le nuage de cendres en train de recouvrir toute l’île, nos hélicoptères de transport ne pourront pas voler au-dessus.
     Les vents ayant repoussés le nuage de cendres vers l’est avaient perdus en force et dorénavant, la cendre tombait aussi au niveau du village des employés et de la caserne.
     — Ils embarquent donc à bord du Sleipnir. En conclut Brunet. En gros, ils n’arriveront qu’aux aurores.
     — Je le crains oui. Dis-moi, où est Mei ?
     Brunet enjoignit son collègue à la suivre et en chemin, il lui révéla le sort de Tian et les circonstances de sa mort. Une fois au gymnase, il laissa Yu se recueillir seul un moment auprès du corps de sa nièce.
     Lorsqu’il revint, il le trouva agenouillé en silence les mains sur les genoux, immobile tel une statue avec son casque posé sur le sol à côté de lui.
Alors que Brunet arrivait dans son dos, passant entre les rangées de corps rangés dans leurs housses mortuaires, Yu referma celle de Tian.
     — Vous avez une piste concernant les assassins ? Demanda-il calmement.
     — Nous en avons une, oui. Les neveux de la directrice du parc.
     — Ceux qui s’étaient perdus dans la jungle ?
     — Oui. Pendant leur périple, ils ont été témoins de l’exécution de Mei, Patience et Turner. L’aîné à rapporter à Hoskins ce qu’ils ont vu. Lui apprit Brunet.
     Yu se releva et se retourna. Brunet vit que ses yeux n’étaient pas embués mais il savait que son collègue avait sa propre façon de faire son deuil, tout en retenue et sobriété. Il vit cependant dans son regard qu’il voulait grandement connaître la vérité.   
     — Zhuge. Je te fais le serment que je ne laisserais pas ces gamins quitter l’ile sans nous avoir raconté tout ce qu’ils savent et que si on retrouve les coupables, justice sera rendue. Promit Brunet.
     — Merci, Gilbert. Où sont-ils désormais ?
     — Ils sont chez Owen Grady avec leur tante. J’ai envoyé quelqu’un garder un œil sur eux. D’une part pour pas qu’on les perde mais aussi pour pas qu’il leur arrive quelque chose.
     Yu haussa un sourcil.
     — Tu soupçonnerais la présence d’une taupe ? Interrogea-il son collègue à voix basse.
     — Le drone espion, le gaz, les meurtres… Tout ceci est connecté. Ceux qui ont mis en place tout cela savaient exactement ce qu’on faisait et suivaient nos déplacements.
     — Donc la taupe serait soit un employé d’InGen, soit quelqu’un parmi nos propres rangs ?
     — Ce sont les deux seules possibilités que j’entrevois. Laissons les neveux de Dearing se reposer pour le moment mais à la première opportunité venue, il faudra qu’on aille les voir.


     — Monsieur ? Excusez-moi d’interrompre votre sommeil mais les enclos de quarantaine viennent d’être attaqués. Annonça l’un techniciens de la salle de contrôle.
     Il était vingt et une heure et demie passée et Hoskins, alors assoupi dans l’un des fauteuils de la salle de repos, écarquilla des yeux et se redressa sur son séant.
     — Comment ?!
     Il se leva et suivit le technicien à la salle de contrôle.
     Dans un coin de l’écran principal, le statut des agents de la J-SEC affectés aux enclos de quarantaine était affiché en rouge.

CAMPBELL B.        Décédé
DE LORENZO D.     Décédée
SANTIAGO R.        Décédé

     Sur la carte en temps réel occupant le reste de l’écran, on avait effectué un zoom comprenant le sommet nord des Monts Brumeux et ses pentes ainsi que la jungle s’étendant de ces dernières jusqu’au Comptoir de la Jungle plus au sud. Parmi les dizaines de points brillants correspondant aux animaux présents dans la zone, Hoskins remarqua qu’une trentaine d’entre eux étaient en train de se diriger vers l’est, gravissant les pentes de la montagne.
Le technicien venu le quérir revint avec sa tablette et montra aux directeurs de la division sécurité les images des caméras de surveillance des enclos de quarantaine, montrant les corps mutilés des agents au milieu des allées et les portes des enclos enfoncées ou arrachées de leurs gonds.
     — J’ai un appel vidéo de Madame Lynton ! Dit Cruthers.
     — Affichez-le sur l’écran. Ordonna Hoskins.
     Cruthers acquiesça et une fenêtre apparut sur l’écran principal. Susan Lynton apparut peu après au milieu de la dite fenêtre. Elle était à nouveau assise dans la salle de réunion mais contrairement à la retransmission de plus tôt, on ne voyait qu’elle, la vice-présidente d’InGen ayant alors effectué l’appel depuis son ordinateur portable.
     — Ainsi, il semble que l’indominus se soit manifestée à nouveau. Déclara-elle. Vous savez maintenant dans quelle zone elle se trouve. Alors ne perdez pas de temps et envoyez les pourfendeurs ! Ajouta-elle avec autorité.
     Hoskins s’exécuta mais une fois qu’il eut informé les pourfendeurs, Lynton ajouta :
     — Victor ? J’ai parcouru vos rapports concernant le programme I.B.R.I.S et pris connaissance de vos idées et suggestions quant à l’application des recherches effectuées en son sein. Je crois que vous avez-là l’opportunité d’effectuer un test sur le terrain. Ainsi, je vous annonce que vous avez mon feu vert et celui du Conseil. Bonne chance.


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#148 08-12-2018 17:54:37

The Geeky Zoologist
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Bonsoir à tous,

J'ai l'honneur de commencer dès maintenant la publication du chapitre XIV, intitulé La Montagne Hantée, qui s'annonce être l'un des plus longs de cette fan-fiction. Là où la deuxième partie arrivera en milieu de semaine, la troisième le sera le week-end prochain et quant à la quatrième, dont seules les grandes lignes sont écrites, elle ne sera publiée qu'aux alentours de Noël d'après mes prévisions.
Avec ce chapitre, le cap des 400 pages pour la version PDF a été dépassé. Plus que quatre autres et l'épilogue avant la fin de l'histoire !
En vous souhaitant une bonne lecture,

                                                 Chapitre XIV : La Montagne Hantée
                                                                      (Partie 1/4)


     Dearing et Grady s’étaient assoupis dès la fin de leurs ébats, l’un contre l’autre, leurs corps nus frissonnants dans la fraicheur de la nuit. Ils avaient apprécié les instants qu’ils avaient partagés, ayant apporté à tous deux réconfort et plaisir.
Mais leur sommeil ne fut pas long car il fut perturbé par un bruit de sonnerie, celui du téléphone de Grady. Il se réveilla le premier et lorsque Dearing rouvrit les yeux, il se tenait près de la commode dos à elle, exhibant les longues cicatrices qui barraient sa peau, infligées par les griffes d’Andromède des années plus tôt. Puis, le téléphone à l’oreille, écoutant attentivement ce qu’on avait à lui dire, il se mit à parcourir nerveusement la chambre à la manière d’un fauve en cage.
Elle regarda l’heure sur le radioréveil : Vingt et une heures cinquante. Ils avaient dormis à peine plus de deux heures.
     — Les six groupes ?! Et les procéra aussi ?! S’écria-il. Putain de merde…
     Grady continua d’écouter son collègue.
     — Restes sur tes gardes. Lui dit-il à un moment.
     — Attends, un hélico arrive… L’informa la voix de Sembène peu après.
     Il eut un moment de silence avant que ce dernier ne reprenne la parole :
     — C’est les troupes d’élite d’Hoskins !
     Grady se figea en serrant des poings.
     — Je me mets en chemin, Barry. Déclara-il d’un ton alarmé.
     Grady raccrocha, déposa son téléphone sur le haut de la commode et attrapa ses vêtements pour se rhabiller en vitesse.
     — Il faut qu’on parte. Je dois retourner à l’enclos des achillobators.
     — Je t’y accompagne. Lui proposa-elle alors qu’elle se rhabillait elle aussi.
     Il se tourna vers elle.
     — Tu peux mais les garçons non. Ils ont eu leur compte de dinosaures et de jungle pour aujourd’hui. Ils seront en sécurité à l’Administration.
     Une fois qu’elle eut finit de se rhabiller, Dearing partit réveiller les garçons et cinq minutes plus tard, ils furent tous dans la jeep.
     Alors qu’ils roulaient vers l’Administration, Dearing appela Cruthers pour leur informer qu’ils allaient venir déposer ses neveux. Le technicien en chef lui répondit que quelqu’un allait les attendre à l’entrée du bâtiment et profita de l’appel pour les informer qu’Hoskins et une grande partie des troupes d’InGen étaient parties pour investir l’enclos des achillobators et mettre à exécution un plan que le Conseil avait tout juste approuvé, ce dont ils ne s’en doutaient pas grâce à l’appel de Sembène.
En regardant dans le rétroviseur, elle vit les phares d’une moto derrière eux, le faisceau de ses phares s’arrêtant peu avant l’arrière de la jeep. Elle n’arriva pas à distinguer qui c’était et la moto les suivit jusqu’à l’Administration.
Alors qu’ils descendaient de leur véhicule, Dearing tenta de la retrouver du regard mais les phares de la moto s’étant éteints, elle n’y arriva pas au milieu de l’obscurité.
Ne se préoccupant pas davantage de cela, elle accompagna ses neveux jusqu’en haut des marches devant l’entrée, les y laissant en la compagnie de Krill et leur promettant de revenir dès que possible avant de revenir à la jeep.

      Tandis que les essuie-glaces balayaient la cendre qui tombait sur le pare-brise, Grady avait le regard braqué devant lui sur la piste conduisant à l’enclos des achillobators et il balayait fréquemment la végétation épaisse de part et d’autre de la piste. A cause de la pluie de cendres en cours, les feuillages avaient commencé à arborer une couleur grisâtre et sur la piste elle-même, on pouvait clairement remarquer les sillons qu’avaient tracé les roues des véhicules des troupes d’InGen sur la couche de cendre recouvrant le sol, encore assez mince à ce moment-là.
Après avoir traversé la partie sud-est de la Réserve, ils en étaient sortis non loin du Pteratops Lodge et de la Volière de la Rivière. Lorsqu’il avait fallu sortir du véhicule pour ouvrir et fermer le portail, Grady ne s’était pas sentit à l’aise pour le moins du monde car non seulement le panache volcanique avait plongé cette région de l’île dans l’obscurité totale mais la pluie de cendres y était plus forte que dans le sud, contribuant à diminuer leur visibilité, et surtout, plusieurs des animaux du Secteur Cinq,  y compris de grands prédateurs pouvant aisément détruire leur véhicule, s’étaient échappés de leurs enclos respectifs après le séisme et arpentaient désormais librement la jungle.
      Lorsque les lumières de l’enclos des achillobators et des installations annexes apparurent au travers du feuillage juste avant une courbe dans la piste, le sentiment de danger qui avait suivi Grady et Dearing tout au long de leur trajet céda la place à la stupeur, et dans le cas du premier, à la colère lorsqu’ils furent sur le point de sortir de la jungle.
L’endroit grouillait de troupes d’InGen. Il y avait entre trente et quarante soldats dans l’espèce d’avant-poste qu’Hoskins avait établi. Une grande partie portaient des gilets tactiques et des pantalons en treillis, bien qu’étant donné le fait qu’il s’agissait de mercenaires et non pas d’une véritable armée, leur habillement et équipement avait tendance de varier d’un homme à un autre. Ainsi, quelque uns, généralement des costaricains appelés à la hâte, étaient encore habillés en civil tandis qu’à l’extrême opposé, une dizaine des mercenaires portaient un équipement digne d’une armée professionnelle, incluant un casque et une panoplie d’équipements de protection composées en partie de plaques de métal au niveau des zones vitales.
En plus de tous ces mercenaires, ils aperçurent également dans un coin du camp les pourfendeurs, au nombre de treize, se tenant juste à côté de leur hélicoptère. A l’opposé, on avait garé les deux Caiman et le hummer amenés par hélicoptère quelques heures plus tôt ainsi que deux buggys de la J-SEC, réquisitionnées par les mercenaires.
Grady vint garer son véhicule entre l’entrée de la piste et l’enclos et lui et Dearing en sortirent. En parcourant le camp du regard, le soigneur aperçut ses collègues de travail, dont Sembène et Leon le stagiaire, dans le grand et large sas de l’enclos, forcés de collaborer avec les forces d’Hoskins. Tandis que Sembène tentait de rassurer les achillobators, leur murmurant en français alors qu’elles avaient la gueule maintenue des muselières en métal montées sur un système hydraulique et accolées aux murs des boxs qui servaient lors des séances de medical-training, des mercenaires leur accrochaient des caméras sur le côté droit de la tête.
En voyant Grady arriver, une petite expression de soulagement apparut sur le visage des soigneurs mais Hoskins, avertit par l’un de ses hommes, sortit de la tente qu’on avait dressé au fond du camp et vint à la rencontre des deux arrivants.
    — Voilà Cléopâtre et Marc Antoine. Marmonna-il.
    — Qu’est-ce que vous croyez que vous êtes en train de faire ? Tonna Grady si fort qu’il fut entendu dans tout le camp qu’il réduisit au silence.  Foutez-le camp et restez loin de mes animaux !
    Sembène sortit du sas à ce moment et alla soutenir Grady.
    Alors qu’il finissait de couvrir la distance le séparant de Grady, Hoskins soupira.
    — Bon sang. Combien de morts supplémentaires faut-il pour que cette mission fasse sens à tes yeux ?! Demanda-il aux deux soigneurs. Lorsque vous allez regarder les infos demain, vous allez voir comment vous avez sauvé des vies. Non. Mieux, comment vos animaux ont sauvé des vies !
    — Elles n’ont jamais été en liberté ! Lui rappela désespérément Sembène. C’est de la folie !
    A l’entendre, n’importe qui aurait pu se rendre compte que le soigneur français n’avait pas cessé de tenter de raisonner le directeur de la division sécurité depuis son arrivée mais que ça n’avait été que vainement. Hoskins n’avait cure ni de l’avis de Sembène, ni de celui de Grady. Il avait le soutien du Conseil et un plan pour stopper l’Indominus rex. Il comptait l’appliquer coûte que coûte, quitte à écarter quiconque se mettant en travers de son chemin.
Il se retourna pour s’adresser à ses hommes qui s’étaient arrêtés pour regarder la dispute.
     — Continuez ! Leur lança-il.
     Les mercenaires reprirent les préparatifs.
     — Ce sera avec ou sans vous. Déclara Hoskins à Grady et Sembène alors que quatre mercenaires arrivaient dans son dos, prêts à raccompagner les deux soigneurs et Dearing de force à Burroughs.
     Aux abois, Grady n’eut d’autre choix que de s’avouer vaincu.
     — Merde… Grogna-il.
     Il inspira profondément.
     — Si on le fait, ce sera à ma manière. Déclara le soigneur sévèrement. Et si jamais l’une d’entre elles est tuée, je jure que je te jetterais en pâture aux survivantes. Je n’aurais pas à les nourrir pendant une semaine au moins. Ajouta-il après avoir lancé un regard dédaigneux à la bedaine du directeur de la division sécurité.
     Sachant pertinemment que sans Grady, les achillobators avaient de fortes chances de ne pas vouloir coopérer, Hoskins ne put se résoudre à renvoyer Grady malgré le fait qu’il venait de l’insulter de le menacer ouvertement. Il ne laissa pas cependant ce comportement sans réponse.
     — Surveilles tes paroles l’ami ! Rétorqua-il sèchement. Sans moi, le Conseil t’aurais congédié pour tes cachotteries avec Dearing alors tu te détends ou je t’étends !
     Désireux d’en finir le plus rapidement avec Grady, Hoskins se calma et donna ses directives :
     — Va à la tente. On y tient un briefing dans deux minutes.
     Grady serra des dents et expira par les narines, puis il dépassa Hoskins et s’avança en direction de la tente, suivit de Sembène et de Dearing.
On avait dressé deux tables sous le chapiteau. Sur la plus grande, au centre, on avait étendu une carte de l’île, et au niveau de l’autre, deux mercenaires avaient chacun les yeux rivés sur un ordinateur portable, l’un s’occupant du bon fonctionnement des caméras attachées sur le côté de la tête des achillobators, et l’autre se chargeant de la communication avec la salle de contrôle.
      Un troisième mercenaire remit à Grady un petit paquet enveloppé dans du tissu et alors qu’il le pesait dans sa main, le chef des pourfendeurs vint à son tour sous la tente, suivit par ses hommes. Il se présenta courtoisement aux deux soigneurs, puis ce fut au tour de ses hommes :
Il y avait Olivia Decker, la grande rousse aux bras tatoués qui servait de second à Sherman ; Damian Parker, le plus jeune membre de la troupe, un garçon métis ayant le début de la vingtaine ; Léopold Butu, originaire du Congo, un homme rondouillard dont les traits du visage évoquaient ceux d’un ogre et qui portait autour de son cou un collier fait avec les dents des créatures qu’il avait terrassé, dont quelques-unes d’harpactognathus fraîchement prélevées et un grand nombre ayant appartenu à des procératosaures (ce qui avait valu à cet homme le surnom de Fléau de Goules)  ; Nolan Olsen, un chauve imposant, le plus grand des pourfendeurs, haut de deux mètres, et probablement le plus intimidant de surcroit car la moitié inférieure de son visage était en permanence dissimulée derrière un cache-nez, cachant une blessure l’ayant gravement défiguré ; Reynald Faraci, un homme basané large d’épaules; deux Tun-Si : Paco Cortès et Esmeralda Pizarro, une femme d’une trentaine d’années et amie de longue date de Cortès.
Hormis eux, il y avait également deux costaricains d’origine hispanique, Arana et Méndez, un sino-américain d’une quarantaine d’années prénommé Kevin et deux anciens marines, Ford et McNamara, américains comme une grande partie de la troupe. 
     Decker, Parker, Kevin, McNamara et les deux Tun-Si s’avancèrent pour leur serrer brièvement mais poliment la main mais les autres restèrent en arrière se contentèrent de leur adresser un signe de tête froid, voir même de les ignorer, cachant à peine leur dédain à l’égard des deux soigneurs.
Une fois les présentations faites, Hoskins vint les rejoindre et ils se rassemblèrent autour de la table et de la carte de l’île qui était étendue dessus. Grady et Sembène se positionnèrent en bout de table et ils débutèrent le briefing. Durant tout ce dernier, Dearing se tint à la bordure de la tente, en compagnie des deux mercenaires chargés de la logistique et du matériel.
On commença par rapporter à Grady comment l’attaque des enclos des quarantaines s’était déroulée et vint ensuite naturellement la question des animaux échappés.
     — D’après les dernières données reçues par la salle de contrôle, les neoraptors et les procératosaures évadés se sont dispersés dans cette zone. Dit Grady en pointant sur la carte le versant sud-ouest du sommet septentrional des Monts Brumeux. Nous savons que l’I.rex se trouve quelque part autour de cette montagne. Blessée suite à la confrontation à la volière des Quetzal et fuyant l’éruption, elle a dû y chercher refuge.
     Lorsqu’il avait désigné la montagne, plusieurs des pourfendeurs s’échangèrent un regard et Grady entendit Cortès murmurer quelques mots en Tun-Si.
     — Quelque chose ne va pas ? Demanda le soigneur.
     Il pensait que vu son âge, Cortès était encore un enfant lorsque sa tribu avait été délogée d’Isla Nublar mais qu’il devait être suffisamment âgé pour avoir arpenté l’île. S’il savait des choses, il devait le lui dire.
     — Nous avons déjà fouillé les tunnels et les grottes sous ce massif par le passé. Répondit Cortès. C’est un véritable labyrinthe. Elle pourrait être n’importe où.
     — C’est là que les achillobators entrent en jeu.
     Il déposa sur la table le paquet qu’on lui avait remis et il défit le tissu l’enveloppant, dévoilant le morceau de chair qu’Hamada avait ramassé dans les ruines de San Fernandez.
     — Grâce à ceci, elles pourront remonter sa trace. On a fait ce genre d’exercices avec elles maintes fois, rassura Grady, mais uniquement dans leur enclos. Précisa-il.
     — Leur sens de l’odorat est très développé cependant car on suppose que comme leurs cousins les neoraptors, elles sont capables de sentir l’odeur d’une proie blessée à plusieurs kilomètres de distance. Ajouta Sembène.
     — Lorsqu’elles seront sur la cible, attendez avant d’attaquer. Demanda Grady. Les achillobators ont peu de chance de considérer l’I.rex comme une simple proie, on ne sait pas ce qui se passera donc attendez d’avoir mon feu vert. Vous n’avez qu’une cible, messieurs-dames. Ne tirez pas sur mes raptors, s’il vous plaît.
     Hoskins et Sherman discutèrent ensuite du déploiement des troupes dans le secteur et convinrent de séparer les trente-six mercenaires présents dans le camp en six équipes de taille égale. Là où cinq d’entre elles partiraient également pour la montagne, deux à bord de l’hélicoptère des pourfendeurs et les autres dans les véhicules qui allaient suivre les achillobators, la sixième resterait pour garder le camp d’où le directeur de la division sécurité piloterait l’opération toute entière.
     Une fois le plan approuvé, ils conclurent le briefing et tandis que les troupes préparaient leurs armes et les véhicules, Grady demanda à ce qu’on aille chercher sa Triumph chez lui. Il alla ensuite dans le sas de l’enclos dans le but d’aller rassurer ses animaux et en voyant Blue agitée, il vint auprès d’elle et lui caressa délicatement le cou, passant ses doigts dans ses plumes.
     — Doucement, Blue. Dit-il avec douceur. Doucement ma belle, tu ne m’effraies pas.
     Oisive, Dearing errait dans le camp, perdue dans ses réflexions et attendant le lancement de la mission. Alors qu’elle déambulait, l’ex-directrice passa non loin des pourfendeurs, alors en train de vérifier leur équipement et plus particulièrement leur armement. Ses yeux furent attirés un moment par l’épée appartenant au chef de la troupe et que ce dernier aiguisait. Malgré son design agressif, c’était une belle œuvre et Dearing la regarda du coin de l’œil avec beaucoup d’intérêt, comme si elle aurait voulu la toucher voir la manier. 
     — Voulez-vous la tenir ? Lui demanda Sherman soudainement de sa voix éraillée, ayant deviné ses intentions et sans lever les yeux de son arme.
     Croyant jusque-là que son coup d’œil fut passé inaperçu, Dearing déglutit de surprise :
     — Je vous demande pardon ?
     — Mon épée. J’ai vu votre regard se poser sur elle.
     Toujours l’épée en main, Sherman s’approcha de Dearing et lui tendit son arme, posée en travers de la paume ouverte de ses mains.
     — Je vous en prie. Saisissez-la. Lui permit-il.
     Surprise, Dearing hésita un moment puis approcha une main incertaine de la poignée et la saisit doucement tout en faisant attention de garder la pointe de la lame orientée vers le sol. Elle recula de quelque pas et pesa l’épée dans sa main.
Elle s’était attendue à ce que l’arme soit si lourde qu’elle peine à la lever mais ça n’avait pas été le cas car elle pouvait aisément redresser la lame et fendre l’air avec sans se sentir entraînée en avant par le mouvement.
     — Elle est plus légère qu’à ce que je m’attendais. Avoua-elle.
     — J’ai demandé à un ami forgeron de la concevoir ainsi. Légère tout en étant capable d’infliger des coups puissants. Expliqua le chef de pourfendeurs.
     Dearing se mordit les lèvres puis se tourna vers lui.
     — La question que je vais vous poser peut sembler idiote mais a-t-elle un nom ?
     Sherman eut un léger rire.
     — Elle ne l’est pas le moins du monde, madame. Son nom est Fendiserpentes, le Fendoir à Serpents.
     — Le Fendoir à Serpents... Répéta Dearing qui avait les yeux rivés sur la lame, ses yeux pétillants d’admiration. D'enfer...
     Elle redressa la lame à la verticale devant elle et tint l’épée de cette manière pendant un instant avant de se mettre à tenter de reproduire quelques mouvements vus dans des films, avec plus ou moins de succès ce qui souleva quelques rires de la part de Sherman et de ses hommes.
     — Restez prudente. L’avertit-il.
     Il vint poser sa main sur la poignée et prit doucement l’arme des mains de Dearing.
     — Si vous le souhaitez, je peux vous montrer comment la manier.
     — Pourquoi pas. Répondit-elle avec plaisir.
     Il lui enseigna alors comment effectuer quelques coups de botte et d’estoc, et à chaque fois qu’il terminait son geste, il lui repassait l’épée pour qu’elle le reproduise et lorsqu’elle faisait des erreurs, il la corrigeait et lui donnait des conseils. Même si certains de ses hommes paraissaient être de véritables rustres, ce n’était visiblement pas son cas. Il ne fit même pas allusion à sa déchéance du statut de directrice ou au mépris que le Conseil lui accordait, comme s’il considérait que c’était nullement ses affaires. Il était patient, courtois, et sa voix calme et posée avait quelque chose de très apaisant. 
     Une fois ce cours d’escrime improvisé terminé, Dearing repassa l’arme à son propriétaire et le remercia.
     — Au plaisir. Lui avait-il répondu.
     Elle lui souhaita bonne chance pour la mission et elle alla ensuite retrouver Grady, toujours dans le sas de l’enclos en train de s’occuper des achillobators. Elle s’arrêta devant la grille.
     — Je peux entrer ? Lui demanda-elle.
     Il répondit par un hochement de tête et elle ouvrit la porte.
     — Alors on faisait ami ami avec le chevalier templier ? S’enquit le soigneur d’un ton empreint d’une pointe de jalousie.
     — Ce n’était rien d’autre qu’un petit cours d’escrime. Rétorqua-elle dans le but de chasser ses craintes. Il manquerait plus qu’un triangle amoureux superflu à cette histoire.
     Grady se décontracta un peu.
     — Je te taquine. Le gars est prêtre à la base de ce qu’on m’a dit donc je savais qu’il n’y avait aucun risque. Mais faut reconnaître que sa grosse épée a de quoi impressionner.
     Elle remarqua que malgré la bienveillance et la bonne volonté dont il faisait preuve à son égard, il ne croyait qu’à moitié à ce qu’il disait, comme si il avait été pris d’un manque d’assurance. 
     Elle se rapprocha de lui.
     — Surement mais ce n’est pas une raison pour te dévaloriser. Tu es l’Homme qui murmure à l’oreille des raptors. Peu peuvent prétendre à ce titre.
     Dearing regarda les achillobators puis les mercenaires dehors.
     — Tu veux vraiment participer à cette mission ?
     — Il le faut. Je dois être présent pour garder un œil sur elles.  M’assurer à ce qu’il leur arrive rien… Ajouta-il d’une voix basse alors qu’il avait rivé ses yeux rivés vers le sol.
     Notant son anxiété, elle lui prit tendrement la main et il releva son regard pour le plonger dans ses yeux.
     — Restes prudent. Dit-elle. Reviens en un morceau, d’accord ?
     Il posa son autre main sur la sienne et dit :
     — J’essayerai…
     C’est alors que Blue émit un grognement qui fit sursauter Dearing. Lorsqu’elle se tourna vers l’achillobator, elle s’aperçut qu’elle avait retroussé l’une de ses lèvres, découvrant ses dents.
     — Qu’est-ce qu’elle a ? S’inquiéta-elle.
     — Oh ne fais pas attention. Elle est juste jalouse. La rassura Grady.  T’as jamais connu de chats incapables de blairer le copain ou la copine de leur maître ?
     — Aucun qui m’éviscérerait d’un simple coup de griffe…
     — Je vais demander à Jean-Masturbin d’attendre dans la jeep avec toi. Déclara-il quelques instants plus tard en parlant de Léon. Ce n’est pas pour qu’il veille sur toi mais plutôt l’inverse. Ajouta-il en voyant Dearing froncer des sourcils comme si elle croyait qu’il pensait qu’elle était incapable de veiller sur elle-même alors qu’elle avait prouvé sa valeur. Gare la jeep près du bâtiment de nuit. Si jamais un animal dangereux vient par ici, enfermez-vous dans la loge, compris ?
     Elle hocha de la tête.
     A peu près une heure après l’arrivée de Grady au camp, alors que le lancement de la mission n’était plus que dans quelques minutes, Dearing retourna à leur jeep et s’installa dans le siège conducteur. Quelques secondes plus tard, Grady arriva avec le stagiaire et lui demanda de monter dans le véhicule. Tandis que Leon s’installait à l’arrière, le soigneur et l’ex-directrice échangèrent quelques mots et elle lui souhaita bonne chance avant qu’il n’aille terminer les derniers préparatifs. Dearing et Leon restèrent un instant silencieux avant que le jeune homme ne prenne la parole :
     — Madame la directrice ?
     — C’est juste Claire maintenant. Lui précisa-elle.
     — Euh Claire… Hésita Leon. Vous croyez que c’est pertinent si je raconte tout ça dans mon rapport de stage ?
     Dearing rit.
     — Tout dépend des consignes que t’ont données tes professeurs. Si le nombre de pages de ton rapport n’est pas limité, je pense que tu peux. Par contre, si jamais ça tourne mal, évite de décrire précisément tout ce qui concerne les morts et les blessures. Je doute que t’ailles une bonne note si l’un des membres du jury d’examen vomit dans une poubelle en lisant la manière dont Jean-Jacques le Mercenaire a agonisé après s’être fait éventré par un Achillobator.
     Leon ne réalisa véritablement le caractère très hasardeux de la mission et le fait qu’ils étaient loin d’être en sécurité qu’à cet instant.
     — J’aurais dû écouter ma mère et faire mon stage à Zoo de Cincinnati avec les gorilles… 
     Elle vit alors les pourfendeurs et les mercenaires se rassembler au cœur du camp.
     — Oh, je crois que ça commence.
     Une grande partie des pourfendeurs, à l’exception notable des deux Tun-Si qui se tenaient un peu en retrait, s’étaient alignés et alors qu’il déclamait une prière en latin, Sherman passa devant chacun d’eux et bénit leurs armes.
Une fois la prière terminée, le chef des pourfendeurs fit un signe de tête au pilote de leur hélicoptère. Celui-ci lui répondit et l’appareil décolla avec deux équipes de mercenaires à son bord comme prévu. Il s’envola vers l’est, comptant effectuer un survol de la zone entre l’enclos et la montagne avant d’aller déposer l’une des équipes sur les pentes occidentales de la deuxième.
La pluie de cendres commença à redoubler d’intensité à cet instant et en raison de cela, tout ceux dehors se mirent à porter des foulards, des cache-nez ou des masques respiratoires jetables pour empêcher les particules très fines des cendres volcaniques d’entrer dans leurs poumons.
     On releva dans un premier temps la grille extérieure du sas, laissant Grady y pénétrer et s’avancer vers la grille intérieure derrière laquelle les achillobators revenues dans l’enclos le regardaient avec un vif intérêt.
Le soigneur tenait dans sa main droite le morceau de chair de l’I.rex et alors qu’il s’approchait de ses protégées, il le leur tendit, leur permettant de le renifler longuement et rapidement, elles retrouvèrent l’odeur de la chimère dans l’air et l’excitation les gagna. 
Alors qu’elles se collaient contre la grille, ressentant grandement le besoin de sortir de l’enclos pour remonter la piste, Grady quitta le sas à reculons, ne quittant pas ses animaux des yeux, puis longea les murs de l’enclos pour rejoindre les autres auprès des véhicules dans la bande séparant l’enclos de la jungle.
Toute personne présente dans le camp avait été priée de se rendre là afin qu’au moment où les achillobators sortiraient de leur enclos, nul ne soit sur leur route ou dans leur champ de vision, ce qui aurait déclenché une réaction non-désirée et dangereuse de la part des animaux susceptible de mettre en péril toute la mission.
Grady enfourcha sa Triumph, mit sa carabine en bandoulière, releva son foulard jusqu’au niveau de ses narines et regarda Sembène, assis sur sa moto, et le reste du groupe de chasse, se tenant près des Caiman et des buggys. Derrière, Hoskins, le groupe de mercenaires gardant le camp, les quelques soigneurs encore présents ainsi que Dearing et Leon dans leur jeep attendaient.
Ils lui indiquèrent qu’ils étaient prêts par un hochement de tête et montèrent dans leurs véhicules respectifs, prêts à partir.
On enclencha enfin le processus d’ouverture de la grille intérieure et avant même qu’elle soit totalement relevée, les achillobators s’élancèrent en avant toutes en même temps, traversèrent le sas puis le camp en courant sans s’arrêter, ne prêtant pas même attention à l’équipement laissé là.
Au moment où elles s’apprêtèrent à disparaître dans la jungle, Grady démarra sa moto et partit en premier, suivit quelques secondes plus tard par Sembène et les troupes d’InGen. Suivant les raptors, ils s’évanouirent eux aussi dans la jungle, laissant ceux restés au camp revenir dans la tente pour observer sur l’écran d’un des ordinateurs portables les images des caméras embarquées.

     Suivant la trajectoire empruntée par les achillobators en regardant par intermittence l’écran de la smartwatch accrochée à son poignet, Grady slalomait au milieu de la végétation, évitant si possible le feuillage des buissons et des arbrisseaux afin d’éviter qu’ils ne lui fouettent le visage.
Remarquant qu’elles s’éloignaient, il accéléra pour les rattraper, laissant de la distance entre lui et le reste du groupe de chasse. Il disparut à leur vue, et lorsqu’il regarda sa smartwach un peu plus loin, il s’aperçut qu’il était allé jusqu’à dépasser les achillobators. D’après l’écran, elles se trouvaient à une centaine de mètres derrière lui et avant même qu’il ne puisse s’écarter de leur route, elles émergèrent des buissons derrière lui et arrivèrent à son niveau avant même qu’il n’eut le temps de faire quoi que ce soit.
Il se retrouva à rouler entre Blue et Charlie, qui passèrent si près de lui qu’elles auraient pu aisément saisir sa tête entre leurs mâchoires rien qu’en tendant la tête sur le côté et en le temps d’un battement de cil. Alors qu’ils avançaient à la même vitesse, Blue adressa un regard curieux envers son soigneur avant de le réorienter droit devant elle. Elles étaient si concentrées sur la traque de l’Indominus qu’elles ne lui prêtèrent que peu ou pas d’attention.
La sensation qu’il ressentit à cet instant fut étrange : D’un côté, il n’était pas à l’aise de par le danger potentiel de la situation mais d’un autre côté, le fait de rouler avec ses protégées, presque en tant qu’égaux, avait un côté très exaltant et il souhaita même que cet instant puisse se prolonger ainsi.
Cependant, il préféra rester prudent et ralentit, les laissant le distancer.
Sembène, ayant observé la scène non sans inquiétude, accéléra et rattrapa son collègue.
     Un peu plus loin, ce dernier jeta un coup d’œil à sa smartwatch et s’aperçut que la vitesse des achillobators décroissait.
     — Elles ralentissent ! Cria-il à Grady.
     Grady pencha sa bouche vers le micro accroché au col de son T-Shirt :
     — On se rapproche ! Informa-il les troupes.
     Enfin, après avoir roulés sur près de deux kilomètres depuis l’enclos, le terrain commença à devenir trop accidenté et les arbres trop rapprochés pour que les véhicules circulent, même les motos. Les deux soigneurs stoppèrent et mirent pied à terre, allant garer leurs motos à l’abri d’un fourré épais et saisir leurs fusils avant d’aller attendre l’arrivée des troupes d’InGen à un point de rendez-vous qu’ils venaient de définir avec Sherman, situé à côté du lit d’une rivière asséchée depuis longtemps.
     Lorsqu’ils arrivèrent, les pourfendeurs et les mercenaires descendirent des véhicules armes en main et commencèrent à se déployer tandis que Sherman communiquait leur statut dans la radio et s’informait de celui des équipes parties avec l’hélicoptère. L’une des équipes arrivées dans les véhicules partit presque immédiatement dans la direction de l’est là où les deux autres ainsi que les pourfendeurs et les soigneurs formèrent un seul groupe comptant suivre les achillobators. Les pourfendeurs abaissèrent leurs masques faciaux et positionnèrent des lunettes de vision nocturne devant leurs yeux. On donna à Grady et Sembène les leurs et après les avoir mis, ils virent le monde sous différentes nuances de vert. La compagnie formée se mit en marche, suivant à distance respectable et le plus prudemment possible les achillobators.
      La fin de la piste étant proche, elles s’étaient arrêtées de courir et marchaient désormais silencieusement en file indienne, Blue en tête, avec la tête bien dressée regardant droit devant et les narines humant l’air fréquemment.
Elles progressaient vers une pente assez raide et alors qu’elles passèrent à côté du squelette quasi complet d’un Giraffatitan situé non loin du pied de cette dernière, quelques chauves-souris les survolèrent. Blue, Delta et Echo, focalisées sur la piste de l’Indominus, les ignorèrent mais Charlie, d’humeur espiègle et davantage curieuse, bondit en l’air et en attrapa une au vol avant d’aller la montrer fièrement à Blue, tenant la chauve-souris dans sa gueule alors que le mammifère volant se débattait et battait vainement des ailes tout en poussant des sons stridents. Blue regarda le cadeau que sa sœur cadette lui offrait mais le refusa et poursuivit, poussant Charlie à faire de même en lui adressant un petit cri. Charlie lâcha alors la chauve-souris sur le sol et se remit en marche. Delta, au milieu de la file, ne s’intéressa guère au chiroptère mais lorsque Echo, fermant la file, arriva à son niveau alors qu’elle tentait de s’éloigner en rampant parmi les feuilles mortes, elle se pencha en avant, comptant ne pas laisser filer une proie si facile et délaissée par ses sœurs qui plus est. L’achillobator noir saisit la chauve-souris blessée entre ses dents avant de broyer son corps frêle dans ses mâchoires et de l’avaler précipitamment, comme si elle craignait que les autres ne se retournent subitement pour venir lui ravir son repas. 
      Quelques instants plus tard, les humains arrivèrent à leur tour près du squelette gigantesque et commencèrent à gravir la pente, empruntant un sentier étroit décrivant plusieurs lacets jusqu’à son sommet. En se retournant au niveau de l’une des courbes du sentier, on pouvait apercevoir au détour d’une large trouée dans la canopée les eaux de la sinueuse Cartago, luisant à la lumière de la lune, le village fantôme qu’était devenu le Comptoir de la Jungle, le dôme de la grande volière dans les gorges en plein milieu du cours de la rivière ainsi que tout au sud, les lueurs lointaines de Burroughs. Une autre dans la direction opposée donnait sur la jungle du nord, en flammes.
      Lorsqu’ils arrivèrent au sommet, les achillobators étaient sur le point d’émerger de la jungle aux abords de ce qui semblait être une étendue d’eau au pied de hautes parois rocheuses et remarquant cela sur l’écran de la tablette qu’ils avaient pris avec eux et où était affichée une retransmission des quatre caméras des raptors, Sherman donna des ordres.
Les deux équipes de mercenaires se séparèrent des pourfendeurs et s’éloignèrent, chacune d’un côté, allant prendre position plus loin et prenant soin de se déplacer avec le plus grand des silences possibles au milieu de la végétation, se servant d’elle pour cacher leurs mouvements, et de rester sous le vent.
Les soigneurs et les pourfendeurs prirent les mêmes précautions mais suivirent le chemin emprunté par les achillobators avant de bifurquer pour rester à distance de lisière donnant sur les berges rocailleuses. Les protégées de Grady ayant considérablement ralenti le rythme de leur progression, marchant lentement alors qu’elles longeaient le plan d’eau, un bassin de forme ovale alimenté par une haute cascade, ils les eurent à nouveau en vue et les suivirent depuis l’obscurité totale des sous-bois.
Sherman vit un gros tronc couché non loin de là où ils se tenaient, suffisamment long pour qu’ils puissent tous se tenir derrière, et il le désigna du regard au reste de la compagnie afin qu’ils aillent se positionner derrière, hors de vue.
En s’approchant, ils remarquèrent que du côté où ils comptaient aller, le sol formait un creux suffisamment profond pour qu’un Homme se tenant debout puisse voir par-dessus le tronc alors que ce dernier le cachait en grande partie. Ils virent aussi que le tronc ne reposait pas entièrement sur le sol, laissant des interstices plus ou moins hauts donnant sur l’autre côté, et que son état de décomposition était si avancé que le bois s’effritait si on s’appuyait trop dessus. En certains endroits, les animaux xylophages avaient tant creusé qu’il y avait de véritables trous dans le tronc faisant office de sortes de judas, permettant de surveiller à loisir ce qu’il y avait à loisir de l’autre côté du tronc. Ayant à disposition tous ces points d’observation cachés, ils n’eurent nul besoin de s’hasarder à pointer le haut de leurs têtes par-dessus le haut du tronc et prendre le risque d’être repéré, de visu du moins.
Une trentaine de mètres séparait leur cachette de la berge du bassin et entre les deux, il n’y avait presque aucun arbre, leur conférant un champ de vision dégagé, et le tronc s’était couché au sommet d’un talus, les herbes et plantes basses entre la berge et le pied du talus ne les gênèrent pas.
Les achillobators apparurent sur leur droite, allant précautionneusement à la rencontre de celle pour laquelle ils avaient faits tout ce chemin.
      L’I.rex était couchée sur le flanc dans le bassin, dos à eux, se baignant paisiblement à la lumière de la lune. Elle gardait son cou arqué en arrière avec la gueule grande ouverte, laissant un groupe de rhamphorhynchus, des ptérosaures à longue queue à l’extrémité en forme de gouvernail et d’une envergure comparable à celle d’un goéland, venir se poser dans sa gueule et saisir les morceaux de chair coincés entre ses dents.
Entendant l’approche des achillobators, l’I.rex interrompit sa séance de toilettage et se leva, poussant les ptérosaures à décoller de sa gueule et aller se poser plus loin.
Alors que la chimère sortait de son bain et marchait vers eux tandis que l’eau ruisselait le long de ses flancs, les achillobators reculèrent un peu, intimidées, mais comme pour les rassurer et leur signifier, à la surprise de tous, qu’elles étaient les bienvenues, l’Indominus émit une série de doux roucoulements suivie d’une sorte de grondement.
Voyant que l’étrange et inquiétante créature qu’elles avaient face à elles ne se montrait pas hostile, les achillobators cessèrent de reculer et regardèrent longuement l’I.rex tandis que les humains observèrent avec attention la scène, grandement étonné par le comportement adopté par la chimère.
Cette dernière se détourna momentanément des raptors, allant jusqu’à un amoncellement de pierres près du bord du bassin et commença à le défaire. Lorsqu’elle eut suffisamment enlevé de pierres, elle plongea une main dans le cœur du tas et quand elle ressortit, ce fut avec le corps inerte d’une jeune femme vêtue de l’uniforme bleu marine de la J-SEC, l’agente De Lorenzo, alors affectée aux enclos de quarantaine lors de l’attaque.
La transportant délicatement, l’I.rex vint la déposer à mi-distance entre elle et les achillobators avant de reculer et de les encourager à s’approcher en poussant légèrement du museau le corps mutilé dans leur direction. Prudemment, les achillobators avancèrent, Blue en tête.
Lorsqu’elles furent à un pas ou deux du corps, l’achillobator bleue s’arrêta pour regarder l’I.rex dans les yeux, comme si elle vérifiait qu’il ne s’agissait pas d’un piège. Voyant la chimère transparaître aucun signe d’agressivité, elle se mit à renifler longuement le corps et à lécher ses blessures béantes tandis que ses sœurs se regroupaient autour du corps.
Parmi la compagnie, l’idée de regarder les raptors dévorer la dépouille de l’agente De Lorenzo était inconfortable pour la majorité, surtout pour les soigneurs qui se demandaient comment les achillobators allaient les considérer après avoir goûté pour la première fois à de la chair humaine et s’être rendu compte que le corps humain était si fragile. Lorsque Parker suggéra Sherman s’il ne fallait pas attaquer maintenant pour les empêcher de mutiler davantage la victime, il lui répondit que c’était encore trop tôt, Grady n’ayant pas donné son feu vert :
     — Il faut les laisser faire malheureusement. Déclara le chef des pourfendeurs non sans amertume. La mission ne doit pas être compromise.
     Quand Blue mordit dans l’abdomen et arqua tout de suite après le cou en arrière, arrachant un morceau de chair, Grady détourna momentanément le regard et Sembène réprima un haut le cœur.
Après avoir avalé quelques morceaux, Blue permit enfin à ses sœurs de manger elles-aussi. Elles se précipitèrent sur le corps et alors qu’elles mangeaient, il arrivait qu’elles se bousculent de temps à autre et se chamaillent, s’adressant des sifflements ou battant vivement des ailes. Echo, tout en bas de la hiérarchie, eut grand peine à obtenir les morceaux qu’elle désirait et lorsqu’elle voulut se faire une place plus près du corps, Blue la grogna et l’achillobator au plumage noir ne préféra pas chercher querelle. Sa cicatrice sur le museau était là pour lui rappeler ce qui s’était passé la dernière fois qu’elle avait défiée Blue.
Alors que les raptors commençaient à enfoncer leur tête dans la cage thoracique et l’abdomen déchiré de la victime, l’I.rex fit un pas dans leur direction et poussa un aboiement rauque, attirant l’attention des raptors qui relevèrent leur tête rougie de sang.
Grady et Sembène avaient écarquillés les yeux de surprise en entendant l’aboiement puisqu’il était l’imitation quasi-parfaite de celui d’une autre espèce de dinosaure qu’ils connaissaient que trop bien. Certains des pourfendeurs, ayant reconnu eux aussi l’aboiement, s’échangèrent des regards circonspects. L’I.rex continua d’émettre d’autres aboiements à l’égard des achillobators.
     — Ce sont des cris de neoraptors. Murmura Butu.
     — Exactement. Répondit Grady.
     — Comment est-ce possible ?  Aurait-elle de l’ADN de Neoraptor ? Demanda Parker.
     — Pas sûr. Le langage n’est pas inscrit dans les gènes. Il n’est pas inné, il s’apprend. Lui rétorqua Grady. Elle est peut être juste une bonne imitatrice, à l’instar du mainate religieux ou de l’oiseau lyre. Utiliser des vocalises de Neoraptor pour tenter de communiquer avec une espèce très semblable… Fascinant. Malgré le fait que son idée ne risque pas d’aboutir, je suis forcé de le reconnaître qu’elle a de la tête.
     — Troublant… Fit Sembène. Profondément troublant…
     — Les vôtres sont des achillobators, c’est bien ça ? Demanda Decker. C’est comme si elle parlait japonais a des vietnamiens…
     — Plutôt anglais à un Néanderthalien… La corrigea Sembène.
     Les achillobators avaient interrompus leur repas et relevé la tête, regardant d’un air confus l’I.rex, ne sachant pas ce que cette dernière leur voulait alors qu’elle continuait à pousser divers sons de Neoraptor, tentant désespérément de communiquer avec elles.
     — Elles doivent biter que dalle alors. Dit le pourfendeur prénommé Kevin.
     — Et ça la frustre… Ajouta Sherman, qui n’avait pas quitté l’I.rex des yeux.
     La chimère faisait de plus en plus preuve d’impatience face au manque de réponses concrètes, battant l’air de sa queue et poussant les cris avec davantage de véhémence, les interrompant parfois avec des grognements.
Arriva un moment où elle en eut assez. Elle se subitement sur ses quatre membres et énervée, s’élança en avant pour chasser les achillobators.
Elles paniquèrent et abandonnèrent le corps, bien que Delta prit soin d’emmener dans sa gueule un morceau d’intestin avant de décamper, échappant de peu aux mâchoires de l’Indominus rex qui se refermèrent presque sur sa queue. Elle ne prit pas la peine de les poursuivre mais dans leur fuite, les raptors foncèrent droit en direction du tronc derrière lequel les humains s’étaient cachés à leur insu.
En les voyant débouler ainsi, Parker prit peur et alors qu’il s’apprêtait à s’enfuir, Grady le saisit fermement et l’intima à rester là où il était.
      — Ne bougez surtout pas et gardez votre calme ! Siffla-il à l’ensemble des pourfendeurs.
      Alors que les achillobators gravissaient le talus, ils se plaquèrent tous dos au tronc en s’accroupissant et croisèrent les doigts en espérant qu’elles ne les remarquent même pas.
Ils entendirent des griffes racler l’écorce et une ombre survola Grady et Sembène. Ils ne levèrent pas les yeux, ça n’en valait pas la peine, car un battement de cil plus tard, Blue atterrit sur le sol à seulement quelques mètres d’eux, l’éventail de plumes au bout de sa queue les fouettant presque. Charlie et Echo bondirent à leur tour par-dessus ou du tronc lui-même, faisant s’effriter des parties du tronc sous leur poids, laissant des copeaux tomber sur ceux en dessous.
Lorsque Delta prit pied sur le tronc, un pan entier sous elle se désolidarisa du reste et tomba droit vers Méndez. Avant que le morceau ne tombe sur ce dernier, Arana tira promptement son collègue vers lui en l’empoignant par le bras. S’il ne l’avait pas fait, Méndez se serait non seulement pris le morceau de tronc sur le coin du crâne, ce qui l’aurait fait tomber, mais Delta, entraînée par la chute du pan de tronc, serait tombée droit sur lui.  Au moment où elle s’aplatit sur le sol, Grady et Sembène se pétrifièrent sur place, priant en leur for intérieur qu’elle ne se retourne pas, craignant non seulement bien entendu que l’achillobator brune soit prise par surprise et se sente menacée, allant jusqu’à rappeler ses sœurs qui détalaient alors en direction des profondeurs de la jungle, mais aussi qu’à l’opposé, un ou plusieurs de leurs compagnons perdent leur sang-froid et se mettent à tirer, ne se doutant pas que certains devaient avoir la gâchette facile.
Fort heureusement, Delta se releva derechef et courut pour rattraper le reste de la meute, n’adressant pas même un regard en arrière. La compagnie la regarda s’évanouir dans les ténèbres des sous-bois.
Ils se détendirent :
     — Non seulement elles ne répondent pas mais en plus, elles partent en volant à moitié la nourriture. Vous les avez bien élevées à ce que je vois. Fit Kevin, sarcastique, à Grady.
     Ce dernier ne répondit pas et alla plutôt s’adresser à Sherman :
     — Elles ne sont plus dans votre ligne de mire. Vous avez le champ libre…
     — Entendu… Restez cachés derrière ce tronc.
     Sherman ordonna à ses hommes de se mettre en position et lui-même vint se dissimuler derrière un gros arbre à seulement quelque pas du tronc couché. Il attendit que tous les pourfendeurs soient en place avant de jeter un rapide coup d’œil en direction de l’I.rex : Elle leur tournait dos, regardant d’un air inexpressif le bassin.
Le chef des pourfendeurs tourna la tête et adressa un signe de tête à Decker, cachée derrière un arbre voisin. Son second lui répondit par un hochement et il tira son épée, alors que son rythme cardiaque s’accélérait et que sa respiration se faisait plus vive. Il attendit un peu puis, après s’être mordu la lèvre inférieure, lança l’assaut d’un signe de la main.
Cependant, lorsqu’ils surgirent de leurs cachettes, ils se rendirent compte d’une chose qui freina leur élan guerrier : L’I.rex avait le regard braqué droit sur eux, semblant nullement surprise par leur embuscade.
Elle avait déjà abaissé l’avant de son corps, écarté ses bras et ouvert la gueule, comme si elle s’était préparée à les recevoir alors qu’ils finissaient de préparer leur attaque.
En vérité, elle les avait entendus discuter à voix basse lors de sa tentative de communication avec les achillobators et avait dès lors feint d’ignorer leur présence, comptant se retourner qu’au moment où les pourfendeurs surgiraient des buissons pour leur retourner l’effet de surprise.
Alors qu’ils se préparaient à tirer, elle fit étonnamment soudain volte-face pour s’élancer dans le bassin et y plonger.
     Lorsque les pourfendeurs atteignirent le bord, elle avait disparu. Les deux équipes de mercenaires déployées au nord et au sud du bassin accoururent également mais Sherman leur cria de ne pas s’approcher du bassin, craignant que l’I.rex ne se soit tapie au fond de ce dernier et qu’elle n’attende qu’ils s’avancent dans l’eau avant de les attaquer.
L’hélicoptère rejoignit leur position et à son bord, l’un des mercenaires braqua un projecteur puissant au niveau du bassin, allant jusqu’à presque illuminer les profondeurs de ce dernier. Ne voyant rien, il en informa Sherman par radio mais le chef des pourfendeurs, ayant été briefé comme ses collègues au sujet des capacités de l’I.rex, craignit qu’elle se soit camouflée là où la lumière du projecteur n’arrivait pas à l’atteindre. Il préféra utiliser un moyen pas des plus conventionnels pour se prémunir contre une potentielle embuscade :
     — Mieux vaut vérifier qu’elle ne nous la mette pas à l’envers… Grenades ! Ordonna-il.
Plusieurs des mercenaires ainsi que McNamara, Arana et Olsen acquiescèrent et jetèrent un peu partout dans le bassin des grenades, soit à la main soit avec un lance-grenades. Quelques secondes plus tard, alors que l’hélicoptère restait en vol stationnaire au-dessus du bassin, on entendit plusieurs bruits d’explosion étouffées et la surface de l’eau bouillonna à l’endroit où les grenades avaient atterris.  Alors que la surface de l’eau se calmait, on balaya à nouveau l’ensemble de la surface de l’eau, à la recherche d’une tache de sang ou mieux, du corps de l’Indominus. Ils ne virent rien.
     — Où est-elle ? Se demanda Parker.
     — A l’intérieur de la montagne. Répondit Sherman.
     Tandis qu’on gardait le projecteur braqué sur le bassin et que des mercenaires scrutaient la surface de l’eau, les pourfendeurs relevèrent leurs masques et Sherman se rapprocha du bord pour contempler le bassin. A quelques pas de lui, les deux Tun-Si, regardèrent d’un air pensif la cascade et le sommet déchiqueté de la montagne, comme si ils appréhendaient le fait de devoir chercher l’I.rex à l’intérieur, plus que leurs collègues mais pas pour les mêmes raisons.
Les soigneurs quittèrent le tronc et les rejoignirent. Ils voulurent au départ partir à la recherche des achillobators mais l’I.rex venant de révéler une facette insoupçonnée de son comportement, Sherman préféra garder les soigneurs à leur côté jusqu’à la fin de la mission.
     — Pour des raisons évidentes, on ne peut pas la suivre par cette voie. Dit Grady en regardant l’eau. Il y a une autre voie qui mène à l’intérieur de la montagne ?
     — Oui, il y en a une. Répondit le chef des pourfendeurs sur un ton mystérieux sans détourner son regard.



A SUIVRE...


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Hors ligne

#149 12-12-2018 13:05:20

The Geeky Zoologist
Gallimimus
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Bonjour à tous,

Voici la deuxième partie de La Montagne Hantée.
Arrivant à un point de l'histoire où il commence à y a voir quelques révélations et retournements de situation majeurs, j'invite ceux qui souhaitent revenir sur ceux-ci à le faire sous balise spoils afin de ne pas spoiler ceux qui compteraient lire la fic plus tard.
Bonne lecture et à vendredi ou samedi pour la troisième partie.



                                                        Chapitre XIV : La Montagne Hantée
                                                                         (Partie 2/4)


     En entendant la réponse de Sherman, Cortès fronça des sourcils et vint après échanger une messe basse avec l’ancien aumônier. Des bribes que les soigneurs perçurent, il semblait être question d’un défilé qui avait été obstrué. Au même moment, on entendit un bruit d’explosion plus au sud et Sherman dit :
     — L’équipe de Custer vient de le dégager.
     Ils se détournèrent du bassin et rejoignirent le reste de la compagnie, laissant l’hélicoptère et l’une des équipes de mercenaires les ayant accompagnés sur une partie du chemin garder le bassin et ramener les restes de l’agente De Lorenzo aux véhicules. Sherman reprit la tête du groupe composé des pourfendeurs et des soigneurs et le fit longer le bassin, se dirigeant vers le lieu où avait eu lieu l’explosion.
     Ils remarquèrent qu’en son extrémité sud, le bassin était barré par un amoncellement de rochers dont la création résultait de l’effondrement d’une partie du flanc de la montagne à cause de l’érosion ou suite à un séisme des siècles plus tôt. Si le bassin existait, ce n’était que grâce au barrage de rochers qui avait empêché l’eau déversée par la cascade de poursuivre son cours naturel. Retenue, cette dernière avait emplit le petit cirque qui s’y trouvait jadis et lorsque le niveau du bassin montait trop suite à une période de fortes pluies, le trop plein d’eau se déversait par-dessus l’amoncellement, coulant jusqu’au lit asséché près duquel on avait garés les véhicules plus en aval. 
La compagnie passa devant la seconde équipe de mercenaires et Sherman demanda à la moitié de celle-ci de les suivre pour qu’ils aillent plutôt renforcer celle de Custer.
     Alors qu’ils revenaient dans l’obscurité sous les arbres, descendant les pentes en se dirigeant vers le sud-est, comme pour contourner la montagne elle-même, Parker demanda où Sherman les conduisait :
     — Où allons-nous ?
     Cortès, marchant entre Parker et Sembène, lui répondit dans un murmure :
     — Nous allons emprunter le Chemin des Morts. 
     Le jeune pourfendeur déglutit en entendant ce nom.
     — Vous avez l’air de connaître cette montagne. Remarqua Sembène.
     — J’y ai été lorsque j’étais enfant, avec mon grand frère. Répondit Cortès après un instant de silence. Nous n’aurions pas du car cette montagne est taboue pour mon peuple. Elle est hantée.
     — Hantée ? Répéta le soigneur comme s’il craignait avoir entendu ce mot.
     — Encore ces conneries d’histoires de fantômes... Grommela Faraci.
     — Ne fais pas ta fiotte, Reynald ! Si on rencontre des fantômes, Gregor leur montrera son épée et avec de la chance, ils ne nous feront pas chier. Plaisanta Kevin.
     — Mais les fantômes de qui ? Demanda Sembène.
     — Vous verrez. Répondit laconiquement Cortès.
     La présence de Tun-Si parmi les troupes d’InGen avait beaucoup interpellé les deux soigneurs, étant donné le lourd passé qui existait entre la tribu et la compagnie.
Le contact entre les Tun-Si et le continent ayant été rétablit durant la seconde moitié du XIXème siècle, plusieurs des membres de la tribu avaient commencé dès lors à quitter l’île, attiré par de nouveaux horizons, tandis que des immigrés arrivèrent du continent durant les décennies suivantes, expliquant entre-autres la présence de patronymes d’origine hispanique au sein de la tribu. Mais l’isolement géographique aida cette dernière à vivre en paix et à préserver une grande partie de son identité culturelle, du moins jusqu’au début des années quatre-vingt où InGen se mit à rechercher une île tropicale à mi-chemin du continent et du site B d’Isla Sorna afin d’y bâtir son parc à dinosaures.
Isla Nublar remplissant parfaitement les conditions recherchées, la compagnie de génie génétique commença à démarcher le gouvernement costaricain qui accepta de louer l’île à InGen alors que nombre de Tun-Si résidaient encore sur Nublar.  La compagnie demanda à ce que la tribu tout entière quitte l’île et en retour, elle promit de fournir des logements ainsi que des services d’éducation et de soins aux insulaires déplacés. Tous ne voulurent pas quitter l’île et la situation s’envenima, poussant InGen à engager des mercenaires pour déplacer de force les membres de la tribu les plus récalcitrants et en 1987, les quelques Tun-Si encore restants furent relogés sur le continent, au milieu de quartiers défavorisés à la périphérie des grandes villes dont les logements s’avérèrent davantage être des taudis insalubres qu’autre chose tandis que les services de santé et éducatifs étaient au mieux médiocres. Depuis, les Tun-Si se mirent à maudire le nom d’InGen.
Mais le destin de ce peuple se trouva lié à celui des créatures préhistoriques recrées par la compagnie puisque par la suite, les rivaux d’InGen en engagèrent comme agents ou espions, se servant de la haine que portaient les Tun-Si à l’égard de la compagnie fondée par John Hammond pour servir leurs desseins, et cela arrivait aussi que l’on en trouve dans les équipages braconniers ayant sévit dans les Cinq Morts ou à l’inverse, parmi les troupes de la Garde Grise, aboutissant à des situations où d’anciens camarades d’école ou des gens ayant des amis en commun se retrouvaient à s’affronter en plein milieu d’escarmouches.
Entre l’incident de Jurassic Park et le débarquement des forces d’InGen Security ayant précédé le lancement de la construction de Jurassic World, certains Tun-Si, ayant eu vent qu’InGen avait abandonné Isla Nublar, tentèrent de retourner sur l’île mais le fait que cette dernière étant devenue une zone interdite combiné aux rumeurs épouvantables à son sujet découragèrent la plupart et de la poignée qui réussit à retourner sur Nublar, on n’en entendit plus parler.
Vint ensuite la construction de Jurassic World et les conflits avec les dinosaures sauvages qui en résultèrent, conflits regroupés sous l’appellation de Guerre Saurienne. Les prédateurs usant de voies inconnues des hommes d’InGen lors de certains de leurs déplacements et ayant établit leurs repaires dans quelques lieux reculés et cachés, Hoskins s’était rendu compte qu’il avait besoin de gens connaissant les secrets mêmes de l’île pour résoudre au plus vite la crise qu’il avait sur les bras. A l’instar de nombreux généraux et explorateurs pendant la conquête des Amériques, il eut l’idée de recruter des auxiliaires amérindiens et dû donc se tourner vers ceux que la compagnie avait fait déplacer sur le continent plus de seize ans plus tôt.
Mais la rancœur des Tun-Si envers InGen était tenace et craignant d’être lynché dès l’instant où il poserait le pied dans les quartiers où les anciens natifs d’Isla Nublar et leurs familles vivaient, il avait décidé de se servir de locaux comme intermédiaires, les chargeant de faire passer l’information comme quoi on rechercherait des Tun-Si pour aider à « libérer Isla Nublar » et de dire aux rares qui se montrèrent intéressés par la proposition de rencontrer Hoskins en secret. A ces derniers, l’ex-militaire promit une somme d’argent conséquente pour leurs services et dans le cas où ils viendraient à mourir, Hoskins s’engageait à reverser la somme due à leurs familles. Il leur avait également annoncé qu’il plaiderait en faveur d’une reconsidération de leur situation auprès du Conseil d’Administration d’InGen et de Masrani Global.
Cortès et Pizarro faisaient partie de ceux-là.
Le premier, ayant déjà eu à son actif quelques petits boulots d’abord en tant qu’agent de sécurité puis en tant qu’homme de main, considéra cela comme un emploi de mercenariat comme un autre et accepta l’offre pour des raisons principalement pécuniaires, bien que l’occasion de revoir Nublar y ait également contribué.
La seconde cependant, était née sur le continent, et les raisons qui la poussèrent à s’engager dans cette entreprise relevèrent davantage du désespoir. Alors orpheline depuis quelques années suite à la mort de ses parents durant un règlement de comptes entre gangs, elle avait vécu dans la rue et son avenir s’annonçait sombre. Si Cortès, alors une simple connaissance, ne lui avait pas mentionné l’offre d’Hoskins, elle se serait résolue à vivre de la prostitution dans quelque quartier malfamé de San José. Elle préférait la mort à cette perspective et quitte à mourir, autant que ce soit dignement et sur la terre de ses ancêtres qu’elle aurait la chance de voir. Hoskins avait eu des réserves en l’engageant car lorsqu’elle connut ses premiers affrontements contre des dinosaures dans les jungles de Nublar, elle n’avait que dix-neuf ans et aucune expérience de combat préalable. Ce n’est que par sa ruse et sa débrouillardise qu’elle était parvenue à le convaincre, en parvenant à s’infiltrer clandestinement sur Isla Nublar avant d’avoir le culot d’aller le venir le voir dans son bureau en plein milieu du campement et lui demander de réétudier son cas. Cortès l’a pris alors sous son aile et la forma personnellement et ensemble, ils survécurent à la Guerre Saurienne, intégrant les pourfendeurs durant le conflit.
Lorsque ce dernier fut remporté et que la date d’ouverture de Jurassic World approchait à grand pas, Hoskins tint sa promesse, lui assurant la loyauté de ceux qu’il avait recrutés. Masrani Global s’engagea à améliorer les conditions de vie des Tun-Si sur le continent et InGen employa de nombreux Tun-Si à Jurassic World en plus de permettre à ces derniers de revenir vivre sur l’île, leur consacra une salle d’exposition au Centre de la Découverte et encouragea même des artisans de la tribu à venir installer une boutique dans Burroughs. Mais la route vers la réconciliation totale était encore longue et en 2017, la situation de nombreux Tun-Si, y compris des proches à Cortès et Pizarro, restait encore très précaire malgré les engagements de Masrani Global et d’InGen, pour certains alors pas encore remplis.
     Quelques minutes plus tard, la compagnie retrouva l’équipe de mercenaires s’étant séparée d’elle aux véhicules, celle de Custer, aux abords de l’entrée d’un défilé jusque-là condamnée. Les blocs de roche bouchant cette dernière avaient été détruits à renforts d’explosifs et deux des mercenaires regardaient le défilé d’un œil vigilant. Custer vint à la rencontre du groupe.
     — Aucune trace d’hostiles n’a été répertoriée dans ce secteur. Les informa-il. La voie est libre.
     Sherman hocha de la tête et tandis que les trois mercenaires ayant marchés avec eux vinrent se positionner aux côtés de leurs collègues, il mena ses hommes et les deux soigneurs dans le défilé.
Orienté approximativement selon un axe nord-est sud-ouest, il était sinueux, étroit, sa largeur ne dépassant pas une dizaine de mètres voir moins de trois en certains points, les parois étaient si abruptes qu’elles ne pouvaient être escaladées et plus ils avançaient, plus ces dernières gagnaient en hauteur et adoptaient une forme pareille à celle d’une vague, allant jusqu’à se rejoindre à mi-chemin pour former un tunnel dont la voûte était percée çà et là sur le reste du parcours de lucarnes d’où pendaient des plantes grimpantes dont le feuillage bloquait partiellement la lumière de la lune.
     A son extrémité, à cinq minutes de marche de l’entrée, le défilé s’élargissait et le tunnel prenait fin, laissant entrevoir un bosquet d’arbres touffus recouverts de lianes.
Grady et Sembène n’avaient jamais entendu parler de ce lieu et il était en effet inconnu des employés de Jurassic World tandis que du temps de Jurassic Park, la zone environnante faisait partie de l’un des enclos, celui du tyrannosaure, ce qui faisait que nul était autorisé à y accéder. En levant les yeux vers le haut des parois raides qui les entouraient de manière quasi circulaire, formant comme une arène naturelle, ils virent que le lieu était surplombé sur une grande partie de son périmètre par un boisement de grands arbres à la cime large : Vu du ciel, ce n’était qu’un creux de plus parmi les nombreux qu’on trouvait dans le secteur et on avait donc jugé inutile de l’explorer. Mais la surprise induite par la découverte de cet endroit ne fut rien comparée à celle que suscita la vision de ce qui se trouvait tout au fond du défilé. Là, s’élevait un mur de rocher vertical pris d’assaut par des plantes grimpantes et dans ce mur, une arche ténébreuse s’ouvrait devant eux.
     — Quel est cet endroit ? Demanda Grady.
     — Nous sommes sur le seuil du Chemin des Morts. Répondit Sherman.
     — Le Chemin des Morts ? Quel nom joyeux… Fit Sembène d’un ton mi-sarcastique mi-appréhensif.
     Alors qu’ils se rapprochaient de l’arche, les deux soigneurs passèrent le faisceau de leurs lampes torches sur les montants et la voûte de l’arche.
Entre les lianes pendant des parois, Sembène distingua une série de glyphes.
     — Des glyphes ? S’étonna-il. C’est Tun-Si ?
     — Non. Répondit Cortès qui se tenait derrière eux deux. Mon peuple n’en a jamais taillé. C’est plus ancien.
Plus ancien ?
     Sembène n’avait jamais entendu parler d’une quelconque présence humaine sur Isla Nublar antérieure à celle de l’arrivée des colons espagnols et de la déportation de ceux qui allaient devenir les Tun-Si et encore moins de l’existence sur l’île d’une culture suffisamment évoluée pour maîtriser un système d’écriture similaire à celui des civilisations mésoaméricaines les plus avancées.
Cortès vint se positionner à côté de lui et commença à déchiffrer les glyphes :
     — La voie est close. Elle fut faite par ceux qui sont morts, et les morts la gardent. La voie est close. Lut-il sur un ton grave.
     Un frisson parcourut l’échine de Sembène. Il ne croyait pas aux fantômes mais rien que l’arche et ses inscriptions avaient un aspect sinistre, alors quant à ce qui se trouvait à l’intérieur de la montagne…  Il se demanda à cet instant comment le Tun-Si avait appris à lire ces glyphes laissés là par quelque civilisation mystérieuse et oubliée. 
     — Les morts ne tolèrent pas que les vivants passent. Ajouta Grady en voyant son collègue mal à l’aise.
     Sembène se tourna vers Grady et s’aperçut qu’il avait un sourire en coin et qu’il se retenait de rire. Cortès quant à lui avait perdu l’air sérieux qu’il avait adopté lors de la lecture et semblait amusé par la référence faite par Grady.
     — A chaque fois, ça marche. Constata le Tun-Si.
     Sembène lança un regard blasé à Grady.
     — Ce n’était pas drôle. Je n’ai jamais vu ce film. 
     Sherman alluma sa radio.
     — Hoskins, ici Sherman. On s’apprête à entrer dans la montagne donc ne soyez pas étonné d’un silence-radio de notre part pour les vingt prochaines minutes.
     — Bien reçu, Sherman. Répondit le directeur de la division sécurité. Bonne chance.
     Deux des pourfendeurs franchirent l’arche et disparurent dans l’obscurité avant de crier que la voie était sûre.
Cortès regarda avec davantage d’attention les glyphes.
     — Je ne sais pas les lire en fait. La langue de ceux qui les ont gravés a été oubliée depuis des lustres je le crains. De tout ce que j’en sais, ces glyphes peuvent aussi bien énoncer une mise en garde qu’indiquer le nombre de pas restants avant d’atteindre sa destination ou même décrire des consignes de bonne conduite.
     Grady abaissa son regard vers les ténèbres au-delà de l’arche.
     — Bon bin, c’est partit pour un peu d’exploration de donjon. Attention aux pièges ! Dit-il en plaisant à moitié.
     Alors qu’il s’apprêtait à entrer, Sembène l’arrêta par le bras.
     — Attendez ! Et si nous pousser à aller la chercher au plus profond de la montagne était un piège ? Fit le soigneur français avec une grande suspicion.
     — C’en est sans aucun doute un… Affirma Sherman d’un ton étonnamment confiant avant de dégainer son épée et de franchir le seuil d’un air déterminé.
     — Oh mais elle va déchanter, croyez-moi ! Déclara Faraci avec orgueil alors qu’il entrait à son tour. Elle ne sait pas à qui elle a à faire. C’est finit les amateurs, place aux professionnels !
     Le reste de la compagnie passa l’arche et ils se retrouvèrent dans une grotte au fond de laquelle on pouvait apercevoir l’entrée d’un boyau conduisant plus profondément dans la montagne.
En balayant le chemin devant eux avec les faisceaux de leurs lampes, ils virent que le sol était recouvert par endroits d’amoncellements de petits excréments noirs longilignes. Ayant une idée de leur nature, les deux soigneurs levèrent les yeux vers le plafond et y virent alors agrippées des douzaines de chauve-souris aux grandes oreilles et au museau retroussé.
     — Des chauves-souris vampires. Reconnut Grady. J’espère que vous êtes vaccinés contre la rage.
     Évitant de les déranger, la compagnie poursuivit son chemin et commença à emprunter le boyau. Ils se rendirent compte que ce dernier décrivait des lacets tout en montant doucement et pendant quelques minutes, ils ne remarquèrent rien de notable. A la sortie du boyau un peu plus loin, le chemin s’élargit tout en continuant de sinuer, bien que de manière prononcée, et le plafond était un peu plus haut. 
En passant sa lampe torche au niveau de l’une des parois, Sembène vit des crânes humains, reposants dans un long renfoncement taillé dans le roc sur tout le long du chemin. Le soigneur regarda de l’autre côté, c’était la même chose et en vérité non pas un mais plusieurs renfoncements de chaque côté, chacun étant doté de sa propre rangée de crânes. En les comptants alors qu’ils cheminaient, il estima le nombre d’individus inhumés là à plusieurs centaines. Ils avaient une véritable nécropole sous les yeux.
     — Qui sont ces gens ? Demanda Grady.
     — On pense qu’il s’agit des descendants d’une tribu originaire de la péninsule de Nicoya, venus coloniser cette île après avoir été chassés de leur patrie par les Chorotega, bien des siècles avant l’expédition de San Fernandez. Répondit Cortès. Lorsque les Espagnols sont arrivés, ils avaient déjà disparus. Cette nécropole est l’une des dernières traces de ce peuple avec l’escalier du Poing du Géant. Ce dernier devait être soit un observatoire des étoiles, soit un lieu de recueillement spirituel. On dit aussi que chaque année, ces gens partaient pour un pèlerinage au sommet du Mont Sibo ou se trouverait, ou trouvait du moins, les restes d’un autel. L’endroit étant le plus haut de l’ile, ils y étaient le plus proche de leurs dieux.  C’est les restes de la paysannerie qui reposent ici. C’est rien comparé à ce que vous verrez dans les prochaines salles…
     A certains endroits, la voie bifurquait en deux ou en trois mais ils continuèrent toujours tout droit. Les autres voies descendaient ou montaient selon le relief mais elles étaient aussi dotées de rangées de crânes.
Au détour d’une courbure dans le chemin qu’ils empruntaient, ils virent l’entrée d’un autre boyau et pénétrèrent dans ce dernier. En son sein, plusieurs alcôves avaient été taillées dans les parois et on y trouvait une ou plusieurs momies, assises avec les jambes repliées contre le corps. Mal à l’aise à leur vue, Sembène détourna son regard et se contenta de regarder devant lui.
     Un peu plus loin, ils sortirent du boyau et se retrouvèrent face à un pont en pierre enjambant un chasme sans fond en périphérie d’une caverne gigantesque dont ils ne voyaient pas toutes les limites, la lumière des torches se perdant au milieu des ténèbres avant d’atteindre les parois les plus éloignées. Le pont conduisait à une arche haute flanquée de deux hauts-reliefs fissurés représentant des figures humaines.
Marchant devant les autres, Sherman s’arrêta devant le vide laissé au milieu du pont. Ce dernier n’avait pas été détruit ou gravement endommagé mais la présence d’un treuil en décomposition près de l’extrémité opposée et de restes de cordages pendant dans l’air indiquaient la présence d’un pont-levis à cet endroit autrefois, pouvant être abaissé au-dessus du gouffre afin de permettre aux personnes d’aller et venir entre la nécropole des paysans et les salles de l’autre côté.
Aux pieds du chef des pourfendeurs, il y avait un squelette étendu sur le sol et dont une partie des ossements avaient été éparpillées. Alors que les soigneurs se demandaient pourquoi ce squelette reposait là et non pas dans quelque sépulture, Sherman recula de quelque pas pour prendre son élan et bondir par-dessus le vide.
L’un après l’autre, les autres pourfendeurs firent de même, jetant à leurs compagnons le matériel le plus lourd avant de sauter lorsque c’était nécessaire, et alors qu’il attendait son tour, Grady regarda le squelette et nota la présence d’une flèche coincée entre les côtes.
Lorsque Parker sauta, il peina à se rééquilibrer une fois de l’autre côté et alors qu’il luttait, des petits morceaux des dalles s’effritèrent sous ses pieds et dégringolèrent dans le vide. Son chef vint l’attraper par son plastron et le tirer vers lui, l’empêchant de tomber. Au même moment, on entendit une succession de plocs au fond du gouffre, trahissant la présence d’une rivière ou d’un plan d’eau tout au fond.
Grady et Sembène sautèrent prudemment à leur tour puis, fermant la marche, ce fut au tour de Cortès.
     Ils franchirent ensuite l’arche, traversèrent une antichambre de la taille d’un bureau de poste qu’ils supposèrent être une salle de gardes et gravirent la centaine de marches d’un escalier large. Là aussi, ils trouvèrent quelques squelettes jonchant le sol sans raisons visibles mais la plupart ne s’en préoccupèrent pas car une fois au sommet de l’escalier, les yeux d’une partie des pourfendeurs et des deux soigneurs s’écarquillèrent.
A la manière d’une haie d’honneur, des momies étaient alignées des deux côtés d’un passage long et rectiligne, comme pour accueillir les arrivants. Ainsi, elles n’étaient non pas couchées ou assises mais debout les bras croisés contre le torse dans des niches et leurs pieds reposaient sur un socle. Les momies étaient celles d’hommes grands, atteignant pour beaucoup les un mètre quatre-vingt de haut, et leur ossature fine mais néanmoins solide laissait supposer qu’ils étaient de constitution athlétique de leur vivant. Ils n’avaient pour tout vêtement qu’un pagne en peau décoré de feuilles et de plumes et reposant sur la peau assombrie et desséchée de leur torse laissant transparaître des côtes saillantes, il y avait deux colliers, l’un de fleurs désormais fanées et un de dents ou de crânes de petits animaux et d’oiseaux. Parmi les premières, Grady reconnut celles de crocodiles ou de caïmans, de singes, de serpents, de requins et même d’humains. Il supposa rapidement que les macchabées étaient des chasseurs ou même des soldats.
     — Encore des momies, dit Sembène en frissonnant, je déteste les momies.
     Bien que la plupart des momies alignées tenaient encore debout, quelques-unes étaient tombées en avant dans l’allée. La plus proche d’eux avait pour particularité de n’avoir plus que le haut du corps, le reste ayant disparu pour des raisons inconnues aux deux soigneurs. Un peu plus loin, il y en avait une autre, entière, en plein en travers du chemin. Faraci, alors envoyé ouvrir la marche, ne sembla pas vouloir la contourner et lorsqu’il arriva à son niveau, il lui lança :
     — Dégages de là le poussiéreux !
     Il repoussa la momie sur le côté d’un coup de pied brutal au niveau du torse, ce qui lui valut de recevoir un regard noir de la part des deux Tun-Si.
     — Reynald, dit Cortès, nous ne sommes pas là pour déranger les morts.
     — Qu’est-ce que ça peut te foutre ? Lui rétorqua Faraci sèchement et avec désinvolture. Je croyais que ces gus n’étaient pas tes ancêtres.
     — Ils ne le sont pas mais ce n’est pas une raison pour nous comporter comme des sauvages en ces lieux. Le temps et les profanations ne les ont que trop dégradés déjà.
     — Ce guerrier avait probablement plus de valeur que tu n’en auras jamais Reynald. Ajouta Pizarro.
     — Des indiens qui me traitent de sauvage ! Quelle ironie… Pesta Faraci. Je crois surtout que vous croyez encore en ces conneries de malédiction païenne de votre peuple.
     Grady et Sembène, qui regardaient la scène avec une gêne non dissimulée, virent Cortès refermer ses poings tout en soutenant avec sévérité le regard de Faraci et entendirent Pizarro murmurer une insulte dans sa langue.
De son côté, leur camarade sino-américain ricanait.
     — Et c’est toi qui le dis… Dire que tout à l’heure, t’arrivais même pas à cacher le fait que les fantômes te filaient la frousse.
     — Kevin… Commença Faraci, irrité.
     Leur querelle commença à user la patience de Sherman.
     — Messieurs, restez concentrés ! S’il vous plaît… Leur lança-il avec autorité mais sans crier cependant.
     Les pourfendeurs impliqués acquiescèrent et ils reprirent la marche, empruntant un tournant au bout de l’allée. Après ce dernier, on pouvait observer des bas-reliefs sur les parois et à une douzaine de mètres plus loin, la compagnie passa à côté de fenêtres sur leur droite, régulièrement espacées, taillée dans la paroi-même et donnant sur la grande caverne vue juste avant. Les fenêtres avaient pour particularité de chacune faire face à des passages creusés dans la paroi sur la gauche du groupe et où des escaliers plongeaient dans un noir absolu.
Ils dépassèrent un certain nombre de fenêtres et d’escaliers mais lorsque le faisceau des lampes leur montra l’état de la route qu’ils comptaient emprunter, un sentiment d’incertitude envahit certains : Emportée lors d’un séisme par le glissement dans le gouffre des roches sur lesquelles elle avait aménagée, l’allée n’était plus et tout ce qui subsistait en marges de l’endroit où a eu lieu le glissement étaient quelques plateformes rocheuses, à la fois trop espacées, trop petites et trop escarpées pour que le groupe ne saute d’une en une en toute sécurité.
Après un bref instant de réflexion, ils rebroussèrent un peu chemin, jusqu’au dernier escalier laissé derrière eux qu’ils empruntèrent alors.
L’escalier n’était pas bien haut, une quarantaine de marches tout au plus, et le groupe atteignit rapidement sa base. Ils se retrouvèrent dans une salle de forme rectangulaire en tout autour d’eux, Grady vit un grand nombre d’alcôves basses et longilignes, se succédant aussi bien en longueur qu’en hauteur et creusées de manière à pouvoir contenir chacune le squelette allongé d’un guerrier.
     — On se croirait dans Skyrim… Siffla-il, admiratif.
     Ils traversèrent la salle et empruntèrent un passage conduisant à une salle similaire. Au fil de leur progression, ils remarquèrent que cette zone de la nécropole était organisée selon un plan en damier. Malgré la similarité entre les salles qui avaient de quoi dérouter, les deux soigneurs furent surpris par l’aisance avec laquelle les pourfendeurs les guidaient au milieu de ce labyrinthe.
Non loin de la sortie de la nécropole des guerriers, ils tombèrent sur plusieurs squelettes en travers du chemin et en les observant, Grady s’aperçut que certains os avaient été brisés tandis que d’autres comportaient des traces de griffures ou de morsures dont la taille indiquait qu’elles ne pouvaient avoir été faites que par des dinosaures prédateurs d’assez petite taille.
     — L’œuvre de ceux de la race de Main-fantôme, des profanateurs... Désigna Cortès.
     Le fait qu’il n’avait pas attardé un regard aux squelettes interpella Grady. Comment Cortès pouvait savoir que des procératosaures étaient à l’origine de la dégradation des ossements ?
Ceci, avec le fait qu’ils semblaient savoir où aller lui mis la puce à l’oreille.
     — Ce n’est pas la première fois que vous foulez le Chemin des Morts n’est-ce pas ?  Demanda Grady.
     — En effet, répondit Sherman. Nous avions découvert qu’après la destruction de leur ancien antre, Main-fantôme et son clan sont venus investir ces lieux. Lorsque nous sommes arrivés pour tenter de les en déloger, ils avaient repris des forces et appris à connaitre les moindres recoins de cette montagne. Des hommes sont tombés dans ces tunnels et leurs restes reposent maintenant au fond des puits noirs. Dit-il en braquant le faisceau de sa lampe l’abîme sur leur droite qu’ils longeaient.
     Quelques pas derrière le chef des pourfendeurs, Decker s’aperçut que Parker jetait des regards vifs et nerveux à ses alentours.
     — T’as l’air nerveux Parker… Lui fit-elle remarquer.
     — C’est rien. J’ai juste envie de chasser de la goule…
     — Restes sur tes gardes, mon fils. Lui lança Sherman. J’ai promis à ta mère de te ramener sain et sauf à la maison. Ne sois pas comme ton père. Il était trop sûr de lui, c’est ce qui lui a coûté la vie…
     Sherman ralentit brièvement le temps que Grady parvienne à son niveau.
     — Le père de ce garçon m’avait sauvé la mise une fois. Lui expliqua-il. Sans son sacrifice, je serais mort à l’heure qu’il est. Ayant ainsi une dette envers lui, j’ai aidé la mère à l’élever. C’est avec moi qu’il est allé à son premier match de baseball, bu sa première bière, est allé dans un bar à strip-tease pour la première fois…
     — Un aumônier dans un bar à strip-tease ? On dirait le début d’une blague… Fit le soigneur, mi- étonné mi- amusé.
     Sherman rit.
     — Techniquement, je ne fais plus partie des ordres mais ça n’empêche pas de continuer à aimer et servir Dieu. Je n’ai fait qu’emprunter un autre chemin que celui de mes confrères ecclésiastiques.
     Avant que Grady n’ait eu le temps de lui demander la raison pour laquelle il avait été radié, il revint sur le sujet de Parker.
     — Damian a du potentiel et je lui fais confiance mais il ne devrait pas être ici, pas en cette veille de Noël du moins. J’aurais souhaité qu’il soit plutôt aux côtés de sa mère. Elle est gravement malade…
     Sa mine devint grave, presque attristée.
     — Elle pourrait être soignée mais ils n’ont pas assez d’argent pour la lui procurer. Au retour de la mission, sa prime et la mienne serviront à les payer…
     Soudain, ils entendirent des pierres dégringoler de l’autre côté de l’abîme et instinctivement, une partie du groupe braqua ses armes dans cette direction. Ils restèrent sur place quelques instants et tendirent l’oreille. Il n’eut aucun autre son hormis celui de leur respiration les instants suivants. Sherman finit par intimer le groupe à poursuivre sa route tout en redoublant de vigilance. La plupart étaient conscients que quelque chose pouvait très bien les épier tout en étant caché par les ténèbres.
     — Qu’est-ce que tu crois qu’il y a au fond de ces abysses ? Demanda Sembène à son ami alors qu’ils avaient le regard plongé vers le fond de l’abîme.
     — Tout sauf des Gobelins et des Skavens, j’espère. Répondit Grady.
     — Il y a l’I.rex, c’est déjà bien assez. Tu crois qu’ils ont une idée d’où elle se trouve ?
     — Je ne sais pas mais ils ont l’air d’avoir une idée….
     Grady demanda alors à Sherman où le chemin qu’ils empruntaient menait :
     — Il retrouve le grand tunnel qui relie la cascade à une plus grande salle au cœur même de la montagne, le Temple. L’I.rex doit s’y trouver.
     Ils passèrent alors au milieu d’une douzaine de squelettes humains et là, Grady et Sembène eurent une idée des causes derrière la chute du peuple ayant aménagé la nécropole. Des lances et des flèches étaient fichées entre les côtes de plusieurs des individus et d’autres avaient eu le crâne fracassé avec des armes contondantes.
Ce n’était pas un tombeau, c’était un champ de bataille.


     Une jeep de la garde grise vint se garer sur le parking de l’Administration et Darbinian et Yu en sortirent, se dirigeant vers l’entrée du bâtiment tandis qu’une pluie de cendres tombait tout autour d’eux.
Alors que les neveux de Dearing étaient toujours chez Grady, Brunet avait convié Yu et Darbinian pour s’accorder sur la manière dont ils allaient approcher les garçons et obtenir d’eux les informations qu’ils détenaient. Ils s’étaient mis bien entendu d’accord sur le fait qu’ils ne devaient pas paraître intimidants et agir plutôt de manière affable afin de ne pas effrayer ces garçons innocents profondément affectés par les évènements qu’ils avaient vécus. Ainsi, ce fut non-armés et portant uniquement leurs uniformes qu’ils allèrent à leur rencontre. Cependant, alors qu’ils les interrogeraient, un micro dissimulé dans l’uniforme de Darbinian allait retransmettre à la caserne la conversation ayant lieu avec eux.
Lorsque celui ayant suivi la jeep de Grady les avait informés que l’ex-directrice avait déposé ses neveux à l’Administration, Yu et Darbinian étaient partis le plus rapidement possible.
     Mais alors qu’ils finissaient de traverser le parking, ils remarquèrent que leur route était barrée par deux agents de la J-SEC gardant le pont et portant des masques anti-poussière.
     — Halte-là ! Les arrêta l’un des factionnaires. Nous devons vous soumettre à une fouille, simple protocole de sécurité.
     — C’est nouveau ça… Marmonna Darbinian derrière son cache-nez en feignant d’être surprise, sachant qu’elle et
     Brunet n’étaient pas totalement étrangers à sa mise en place.
Ils s’exécutèrent et l’autre agent vint les fouiller à corps.
Lorsqu’il se rendit compte qu’ils n’avaient aucune arme sur eux, il s’écarta et leur permit d’avancer, bien qu’il resta sur ses gardes.
     — C’est bon, vous pouvez passer.
     Darbinian et Yu traversèrent le pont, grimpèrent l’escalier et après s’être époussetés les épaules de la cendre qui y était tombée, entrèrent dans l’Administration et abaissèrent leurs cache-nez.
     Le bâtiment entier était en effervescence : Des employés ne cessaient de courir d’un bout à l’autre du bâtiment, souvent le téléphone à l’oreille, pour transmettre des directives ou transporter des documents tandis que des journalistes étaient rassemblés dans l’Atrium, faisant le pied de grue dans l’attente de nouvelles informations. Parmi ces derniers, on pouvait reconnaître Cassandra Landis, la journaliste du San Diego Herald qui avait tenté de prendre des photos en catimini de l’Indominus rex la veille.
Ignorant où exactement se trouvaient les neveux de Dearing, les deux gardes décidèrent de se séparer et de se contacter dès que l’un d’eux les retrouverait.
     Zach et Gray étaient dans la salle de repos. Ils n’y étaient pas seuls puisque que quelqu’unes des personnes travaillant à l’Administration avaient profité d’un moment de répit pour venir là. L’un d’eux avait allumé la télévision et choisit une chaîne d’informations américaine. Là où Gray s’était allongé sur le divan et dormait, Zach n’avait pas réussi à retrouver le sommeil et regardait lui aussi la télévision qui affichait alors des images de la Bataille de Burroughs, prises depuis un téléphone portable en live. On voyait des gardes avancer en tirant tandis que la fumée recouvrait en grande partie la rue qu’ils empruntaient et que des cris de terreur étaient poussés. Une ombre passa au-dessus de celui qui avait filmé les images.
     — Ces images ne proviennent pas d’un pays en guerre mais des allées du parc à thème mondialement connu Jurassic World. Déclara le présentateur avant de raconter l’attaque des ptérosaures sur la cité et le chaos qu’ils avaient provoqués.
     Il passa ensuite à l’éruption du Mont Sibo.
     — A seize heures deux heure locale, un séisme de magnitude 7.2 sur l’échelle de Richter a frappé l’île et engendré de lourds dégâts dans tout le parc. Dit-il alors qu’une vidéo de Burroughs subissant l’assaut du séisme occupait l’écran. Il fut ressenti jusque dans les Cinq Morts ainsi qu’à Liberia, Puntarenas et Jaco, soit à plus de deux cent kilomètres de l’épicentre, et a duré deux minutes et seize secondes.
     « A seize heures six, le dôme de lave solidifié au sommet du Mont Sibo a explosé, libérant des téphras en grande quantité. Alors que je vous parle, le panache a atteint une altitude de dix-sept mille mètres et est en passe de recouvrir toute l’île. Les garde-côtes craignent que le nuage de cendres empêchent prochainement toute circulation aérienne au-dessus de l’île, rendant difficile son évacuation et l’acheminement des secouristes et de leur matériel.
     « Bien que rares étaient ceux qui ne s’attendaient pas à ce que le volcan entre en éruption prochainement étant donné la recrudescence depuis quelques mois de l’activité tellurique sur l’île, personne ne s’attendait à ce que le volcan n’entre en éruption aujourd’hui et de manière aussi soudaine et violente. »
     Les images de l’éruption et des avions bombardiers d’eau des garde-côtes tentant d’éteindre les incendies de forêt laissèrent place à celles filmées par drone de la débandade du troupeau dans lequel le camion safari avait été pris.
     — Selon InGen, ce regain d’activité a affolé en fin de matinée un Mamenchisaurus qui dans sa panique, a libéré de son enclos une meute de metriacanthosaures qui s’est en est pris à un troupeau et un camion de touristes qui disparut après la débandade montrée dans ces images. La Garde Grise est partie à la recherche des passagers mais n’a  retrouvé qu’un charnier. Les métriacanthosaures responsables de ce massacre ont été abattus. Selon certaines sources, seuls deux rescapés sont parvenus à rejoindre le parc et en ce moment-même des visiteurs sont toujours portés disparus. Pour le moment, le bilan total de la crise fait état de cent soixante-treize morts et sept cent quarante blessés. Les hôpitaux et cliniques de la côte Pacifique du Costa Rica ont déjà reçus leurs premiers d’entre eux il y a quelques heures et s’attendent à en voir arriver d’autres d’ici les prochaines heures et demain.
     « D’après l’une de nos consœurs du San Diego Herald, la directrice du parc Claire Dearing aurait été congédiée par le Conseil d’Administration d’InGen et la gestion de la crise serait revenue au directeur de la division sécurité Victor Hoskins, connu pour s’être illustré seize ans plus tôt lors de l’incident d’Horseshoe Bay où lui et son équipe avaient abattus des ptéranodons échappés d’Isla Sorna. Dit le présentateur alors qu’ils rediffusaient la conférence de presse donnée en urgence par Hoskins.
     « Le président a annoncé sur Twitter qu’il allait avoir un long entretien avec son homologue costaricain Luis Guillermo Solis au sujet d’une gestion collaborative de la catastrophe à l’échelle du pays. A ce sujet, la Navy annoncé que l’un de ses destroyers, l’USS Errinwright, a mis le cap sur Isla Nublar. Monsieur Solis a déclaré qu’il s’agissait de la plus grande tragédie survenue sur le territoire costa-ricain depuis la guerre civile de 1948 et partout dans le monde, on prie pour les victimes comme l’atteste le hashtag PrayforNublar en tête des tendances sur les réseaux sociaux. »
     Le reportage illustrait cette partie du discours par une image de la Tour Eiffel qui montrait le logo de Jurassic World projeté sur la Dame de Fer, ainsi qu’une capture d’écran de Twitter où un grand nombre de tweets, dont certains de célébrités, comportant ce hashtag défilaient. Le défilement s’arrêta sur l’un d’eux, sobre mais percutant, écrit par nul autre que le professeur Ian Malcolm :

     Nous prions parce que nous savons que nous ne contrôlons rien. Nous sommes à sa merci. #PrayforNublar

     — Au nom de toute la chaîne, je vous informe que toutes nos prières vont envers les victimes de la catastrophe et les équipes du parc. Je vous souhaite malgré tout de passer un bon réveillon de noël. Termina le présentateur.
     Alors que le générique de fermeture défilait, Darbinian passa devant la salle de repos et vit les deux garçons. Elle appela alors Yu et celui-ci accourut peu après. Ils entrèrent ensemble.
     — Bonsoir. Dit Darbinian à Zach. Pouvons-nous vous parler un moment ?
     — Oui, bien sûr. Leur répondit le jeune homme.
     Il était incertain de ce que les deux gardes gris qui venaient d’entrer dans la salle, une russe et un chinois, lui voulait mais en regardant la première, il la reconnut.
     — Je vous reconnais. Vous êtes celle qui a abattu le quetzalcoaltus qui nous poursuivait. Merci de nous avoir sauvés, nous vous sommes redevables.
     — Je ne faisais que mon devoir. Répondit Darbinian humblement.
    Elle se racla la gorge.
    — Si nous sommes venus vous voir c’est pour vous demander des informations. Déclara-elle, venant s’asseoir sur le divan à côté de lui alors que Yu positionnait sa chaise en face du jeune homme.
    Gray commença à se réveiller à ce moment-là.
    — C’est à propos de vos collègues, ceux qui ont été assassinés ? Devina Zach.
    Darbinian hocha gravement de la tête.
    — L’une des deux recrues qui a été tuée, c’était la nièce de mon collègue ici présent, le lieutenant Yu. Cela nous aiderait si tu nous racontais exactement ce qui s’est passé.
    Voyant que Zach semblait mal à l’aise à l’idée de devoir ressasser la scène horrible dont il avait été témoin, Darbinian posa avec douceur une main sur le poignet du neveu de Dearing.
    — Prends ton temps…
    Il inspira profondément et leur narra alors cette étape de leur périple. Il mentionna entre-autres le fait que Bellamy avait l’air de connaître les assassins et qu’elle avait tenu une conversation avec eux alors qu’ils l’avaient à leur merci.
    — Durant leur conversation, as-tu entendu quelque chose en particulier ? Demanda Yu.
    — L’un des mercenaires, celui avec la massue. Il semblait en vouloir beaucoup au sergent Bellamy. A un moment, il s’est querellé avec un dénommé Leng.
    Darbinian et Yu écarquillèrent des yeux de surprise et échangèrent un regard troublé. Zach sut qu’il les avait peut-être menés sur une piste.
    — Leur chef. Il psalmodiait en latin quand il a exécuté les deux recrues. Ajouta Gray.
    Le regard de Yu s’assombrit et il porta son poing devant sa bouche avant de se mettre à souffler.
    — Je suis désolé mais c’est tout ce dont on se souvient. On espère quand même que ces informations vous aideront à trouver les coupables.
    — Et elles le feront. Lui répondit Yu, la voix serrée. Merci infiniment.
    Lui et Darbinian se levèrent et s’en allèrent.
    Alors qu’ils descendaient les marches devant l’entrée du bâtiment, Yu se mit à fulminer à l’égard de l’assassin de sa nièce. Il savait désormais qui il était.
    — Je vais lui faire la peau ! Déclara-il.

    Ayant écouté toute l’entrevue grâce au micro dissimulé dans l’uniforme de Darbinian, Brunet se cala dans son fauteuil, pensif et énervé. Il l’était non pas parce que l’entrevue n’avait rien donné, bien au contraire. Les quelques indices révélés par les deux garçons leur avaient suffi de démasquer les meurtriers. Ces derniers étaient sur l’île et ils les connaissaient que trop bien. Dans le garage, les gardes présents avaient eux aussi écoutés la conversation via l’une de leurs radios calibrées sur la fréquence choisie par Brunet et Darbinian et ayant eux aussi découverts l’identité des assassins, discutaient vivement.
    — Maláka ! Rugit l’un d’eux. Les pourfendeurs étaient derrière tout ça, on aurait dû s’en douter dès leur arrivée « providentielle ». Je vais les envoyer rendre visite à Hadès ! Qui est avec moi ?
    Il eut comme réponse plusieurs cris d’approbation et on commença à entendre certains se préparer à partir mais lorsque Brunet sortit du bureau du capitaine et vint se positionner sur la passerelle métallique surplombant les garages, ses subordonnés le regardèrent et parmi eux, Chapuy demanda :
    — Que fais-t-on Lieutenant ?
    Alors Brunet réfléchit un court instant, inspira profondément puis déclara avec force :
    — Rassemblez les hommes. Nous marchons sur Burroughs !


A SUIVRE...


"I'm a simple man. I like pretty, dark-haired women and breakfast food" Ron Swanson, Parks and Recreations

"I have come up with a plan so cunning you could stick a tail on it and call it a weasel." Black Adder the Third

Hors ligne

#150 14-12-2018 10:09:00

The Geeky Zoologist
Gallimimus
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Messages : 732

Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Bonjour à tous,

Voici la troisième partie de La Montagne Hantée.

Dans l'attente de vos retours, je vous souhaite une bonne lecture.


                                                        Chapitre XIV : La Montagne Hantée
                                                                             (Partie 3/4)


     — Leng. Passes-devant ! Ordonna Sherman.
     Kevin Leng acquiesça et partit devant en éclaireur. Le groupe était sur le point de pénétrer dans la troisième et dernière zone de la nécropole, celle du clergé et de la noblesse avait précisé Cortès aux deux soigneurs.
Elle était composée d’un réseau de tombeaux, contenant chacun un ou plusieurs sarcophages refermés par un couvercle de pierre. D’après les suppositions du Tun-Si, chacun des tombeaux appartenait à une famille en particulier et on pouvait avoir une idée du rang social qu’elle occupait en s’intéressant au nombre, à la qualité et à la rareté des objets et du mobilier répartis dans le tombeau, que ce soit juste à côté des sarcophages ou dans des niches creusées dans les murs : Bijoux et artefacts ornés de pierres de jade et autres gemmes vertes, meules cérémonielles, sceptres en pierres et objets en céramiques riches en détails. La culture ayant aménagé la nécropole semblait avoir en particulier une longue tradition du travail du jade car de nombreux objets trouvés dans les tombeaux en étaient ornés et elle semblait s’être développée en grande partie sans aucune influence extérieure même si quelques œuvres présentaient des influences des artisanats Olmèques et Mayas. Nombre de motifs figurant sur les objets semblaient avoir une signification religieuse.
Mais les combats dont ils avaient vus des traces plus tôt avaient été particulièrement violents dans cette zone à en juger par le nombre de squelettes et d’armes jonchant les allées, et les traces de profanation, d’origine humaine en majorité, étaient nombreuses : plusieurs des sarcophages avaient été ouverts et on en avait extirpé leurs locataires avant de fracasser leurs restes à coup de massue et des poteries avaient volés en éclats.
     Alors qu’il explorait l’un des tombeaux sur leur route, Leng passa le faisceau de sa lampe dans un tombeau voisin par mesure de précaution mais en faisant cela, il aperçut quelque chose qui attira son regard et perturbé, il s’en rapprocha prudemment.
     — Monsieur Grady ! Monsieur Sembène ! Héla-il quelques instants plus tard. Pourriez-vous venir par ici s’il vous plait ?
     Les deux soigneurs vinrent et en arrivant dans le tombeau, ils le virent de dos, accroupi devant quelque chose au sol près du sarcophage au centre de la pièce.  Ils remarquèrent également que l’un des murs de cette dernière s’était effondré il y a longtemps et que la brèche créée donnait sur un tunnel de lave haut et large.
     — Dites, les dinosaures pondent bien des œufs ? Demanda-il.
     — Oui. Répondit Sembène.
     — Alors expliquez-moi cette merde ! Leur rétorqua-il avant de se relever et de s’écarter sur le côté, laissant les soigneurs voir ce qu’il avait trouvé.
     Le reste du groupe arriva et fit lui aussi preuve d’étonnement vis-à-vis de la trouvaille de Leng. Grady et Sembène étudièrent la morphologie de l’animal trouvé, un petit dinosaure blanc dont le corps était encore enduit d’un liquide transparent et visqueux presque totalement séché.
De la taille d’une panthère, il était de constitution gracile et possédait des membres antérieurs très longs bien qu’il s’agissait d’une créature principalement bipède à l’âge adulte. Sa peau était couverte d’ostéodermes, son museau allongé et modérément étroit, et sa mâchoire inférieure avait pour particularité d’être légèrement courbée vers le haut tandis que l’extrémité de la mâchoire supérieure formait un crochet venant se placer devant les dents de devant lorsque la gueule était fermée. Malgré l’absence de crêtes et de cornes au niveau du crâne, il n’y avait aucun doute quant à la nature de la créature : C’était un petit Indominus rex, mort-né.
     — Reproduction vivipare ou ovovivipare. Marmonna Grady en passant ses doigts sur le liquide amniotique alors que lui et Sembène étaient agenouillés auprès du corps.
     — En anglais s’il vous plait. Le pria Leng.
     — Dans le premier cas, la mère donne naissance à des petits vivants, comme chez les mammifères, et dans le second, les œufs incubent et éclosent dans le ventre de la mère. Expliqua Grady.
     En se relevant, les deux soigneurs virent que les pourfendeurs recevaient cette explication avec scepticisme.
     — Beaucoup plus de reptiles que vous ne l’imaginez suivent ce mode de reproduction. Ajouta Sembène. Caméléons, crotales, certaines vipères, boas... Chez ces espèces, les petits sont également autonomes quelques heures après la naissance.
     — Une chance pour nous qu’elle ait fait une fausse couche. Je n’aurais pas aimé croiser ce petit salopiot dans ces tombeaux ou dans les tunnels. Déclara Decker.
     — Elle a de l’ADN de boa constrictor. Se rappela Grady. Elle a dû hériter je ne sais comment de son mode de reproduction ovovivipare. C’est la seule espèce de la liste que Wu a bien voulu nous transmettre doté de l’un des deux modes que j’ai cité.
     — Et il a été fait comment ? Par l’opération du Saint-Esprit ? Les interrogea Leng avec sarcasme.
     — Non. Par parthénogenèse, répondit Sembène, un mode de reproduction où un embryon se développe même si l’ovule n’a pas été fécondé. Les boas se reproduisent parfois ainsi. Un ancien collègue à moi du zoo en France où je travaillais avant de venir ici l’a appris à ses dépens.
     — Je ne ferais pas deux fois les mêmes erreurs, avait déclaré Wu lorsqu’on l’a interrogé à propos des conséquences de l’inclusion d’ADN de grenouille d’Afrique occidentale. Se remémora Grady. Non, il en a juste fait de nouvelles…
     Alors que les deux soigneurs s’éloignaient du corps en direction de la brèche, ils entendirent du gaz se consumer dans leur dos et ils furent enveloppés tout à coup par une chaleur étouffante. Ils se retournèrent vivement et virent alors un jet de flammes lécher le petit Indominus rex.
     — Qu’est-ce que vous faîtes ?! S’écria Grady de stupeur.
     Ford, dont le lance-flammes consumait la créature mort-née, ne daigna même les regarder lorsqu’il leur répondit sèchement :
     — J’en fais du bacon, ça ne se voit pas ?
     Avant que le pourfendeur ne prenne la décision d’incinérer le corps, les soigneurs auraient voulu le ramener après la mission afin de le faire étudier, même si ils savaient pertinemment qu’InGen les laisserait difficilement faire.
     — Ordres du Conseil. Leur dit Sherman. Si jamais on apprend que du matériel génétique d’Indominus se trouve ici, je ne donne même pas quelques jours avant que des employés des rivaux d’InGen débarquent et viennent en prélever sur ce corps. Une fois la mère abattue, son corps subira le même sort. Vous n’avez rien vu, compris ?
     Grady et Sembène regardèrent d’un air perdu la peau blanche de l’animal se carboniser puis levèrent les yeux pour balayer le gros des pourfendeurs qui s’était assemblé en demi-cercle autour du sarcophage central et à distance respectable du corps tandis que les flammes projetaient leurs ombres contre les murs du tombeau. Cortès et Pizarro avaient déjà franchis la brèche et attendaient la venue du reste du groupe tout en gardant leurs fusils braqués en direction de l’obscurité oppressante du tunnel. Les deux soigneurs préférèrent aller les rejoindre mais lorsqu’ils tournèrent les talons pour commencer à gravir les restes du mur, ils se retrouvèrent face à Olsen, debout parmi les gravats. Ils tentèrent bien de le contourner mais le soldat s’interposa en travers de leur chemin et sa haute taille combinée au fait qu’il se tenait plus haut sur le tas de gravats fit qu’il les dominait de haut. Ils entendirent pour la première fois le son de sa voix :
      — Gregor vous a posé une question. Leur rappela-il. On aimerait avoir votre réponse.
      Sa voix était étonnamment calme et posée, contrastant avec son apparence massive, presque monstrueuse, mais on sentait toutefois la menace derrière sa question et il plongea ses yeux dans les leurs, leur adressant un regard terrible, et la vue de son cache-nez de si près les fit blêmir. 
      — Compris… On ne dira rien, Lâcha Grady, bien qu’il ne comptait pas tenir parole et fuiter cette découverte dès qu’ils seraient loin de ces individus.
      Les rumeurs au sujet des pourfendeurs semblaient être vraies en fin de compte et par la suite, lui et Sembène furent davantage mal à l’aise et redoublèrent de méfiance à l’égard de leurs compagnons. Ils auraient préféré se tenir à proximité d’un nid de neoraptors au beau milieu d’une nuit d’orage sur Isla Sorna que de passer davantage de temps avec les pourfendeurs dans les sombres recoins de la montagne connus que d’eux seuls et où il aurait pu être si facile de les abandonner dans quelque dédale de tombeaux ou de tunnels, les jeter dans un abîme, on aurait pu prétendre à un accident, ou pire, les enfermer vivants dans l’un des sarcophages.
      Ils se remirent en route, remontant le tunnel en direction de l’est, croisant de nombreux squelettes sur leur route. A un moment, alors qu’il balayait la paroi sur leur droite, le faisceau de lampe torche de Grady rencontra une fresque. Lui et Sembène s’en approchèrent pour la regarder.
Elle représentait une scène ayant lieu dans une grande salle entourée et surplombée de galeries, probablement le Temple mentionné par Sherman. Au niveau d’une plateforme au centre, il y avait un homme suspendu en l’air les bras écartés, tenus uniquement au niveau de ses poignets par des cordes tendues reliées à deux piliers situés de part et d’autre de l’homme. Sous ce dernier, un bûcher brûlait de plus belle et ses flammes enveloppaient en partie le supplicié. Au premier plan, en contrebas des marches conduisant au bûcher, un grand personnage aux traits androgynes que les soigneurs présumèrent être un prêtre se tenait les bras levés en l’air. A gauche et à droite du prêtre, une foule considérable s’était rassemblée et regardait l’immolation sans aucune trace de remords dans leur expression. Surplombant la plateforme du bûcher et la foule, il y avait la sculpture d’une tête terrible, probablement celle d’un dieu malfaisant auquel le sacrifice était destiné.
Grady et Sembène se demandèrent alors si le culte dépeint n’était pas à l’origine de la chute de la civilisation de Nublar.
     Ils se détournèrent de la fresque mais soudain, Grady crut entendre des bruits de pas feutrés derrière eux mais en passant le faisceau de sa lampe à l’endroit d’où le bruit de pas lui semblait provenir, il ne vit rien. Le sentiment d’être suivi que lui et le groupe avait ressenti plus tôt à la sortie de la nécropole des guerriers l’envahit de plus belle et le rendit nerveux.
Ils n’avaient toujours pas vu de traces des neoraptors et des procératosaures échappés et la dernière fois que leurs puces avaient retransmis leur emplacement, bien des minutes avant que le groupe ne pénètre dans la montagne, les coordonnées reçues indiquaient qu’ils se trouvaient quelque part sur ses pentes. Et si eux aussi avaient trouvé un moyen d’entrer dans la montagne, empêchant la réception du signal de leurs puces par le satellite ? Et si certains des prédateurs, cachés parmi les ténèbres, prenaient le temps de les traquer pour ne les attaquer qu’au moment propice ?
     A un furlong plus loin, le groupe parvint en vue de l’extrémité du tunnel, marquée par une arche haute et large, taillée dans les parois et la voûte rocheuse même. Des visages humanoïdes taillés dans les montants et à l’allure impassible et sévère accueillaient les arrivants.
     — Le Temple est juste au-delà de cette arche, dit Sherman alors en tête de file, mais si on passe par là, l’I.rex nous verra tout de suite si jamais elle est là.
     Il mena alors le groupe vers l’entrée d’un boyau sur leur gauche et étant donné son étroitesse, ils s’y engagèrent un par un, longeant des couloirs tortueux et gravissant un ou deux escaliers avant de parvenir à la galerie d’où ils surplomberaient la salle du Temple et, si l’I.rex s’y trouvait, pourraient planifier leur attaque.


     — Harriman, où est le commandant Torres ? Demanda soudainement la voix de Brunet. Je désire lui parler. En face à face.
     — Ça à l’air important, fit le technicien sans se préoccuper plus que ça de la raison pour laquelle Brunet devait parler au second d’Hoskins. Il est descendu aux laboratoires.
     — Très bien. Merci.
     Brunet raccrocha mais quelques minutes plus tard, Harriman remarqua que les points sur la carte en temps réel correspondants aux gardes s’éloigner de la caserne et de la rivière au nord du Zoo. Circonspect, il rappela Brunet afin d’en savoir plus.
     — Pourquoi les gardes sont en train de quitter leurs postes aux abords du Rio Iris ? Pouvez-vous donner les raisons derrière cette manœuvre ?
     — Nous avons trouvés qui étaient les assassins de Turner, Tian et Bellamy. Lui apprit Brunet. Un conseil Harriman, restez en dehors de ca et ne quittez pas la salle de contrôle. Brunet, terminé.
     Tout ce remue-ménage et la découverte de l’identité des meurtriers perturbèrent grandement le technicien de liaison. A quelque pas derrière lui, l’un des hommes de Torres, ayant entendu ce dernier échange, activa son oreillette pour informer promptement son commandant de la venue de Brunet.


     — La voilà, dit Sherman en désignant du regard l’Indominus dans le temple, comme je l’avais prédis. 
     Ayant atteints l’une des galeries surplombant la salle, ils avaient éteints leurs lampes torches et s’étaient couchés pour observer la chimère au travers de leurs lunettes de vision nocturne. La façon dont elle était allongée, sur le flanc avec le haut du corps redressé et les membres antérieurs étirés vers l’avant, n’était pas sans rappeler celles des félins et comme ces derniers, elle semblait affectionner les endroits surélevés par rapport au reste et ainsi son lieu de repos était une plateforme octogonale au centre-même de la salle et qu’on gravissait au moyen de quatre escaliers opposés deux à deux. A son sommet, on trouvait les deux piliers dépeints dans la fresque vue plus tôt mais du dernier bûcher dressé là, le temps en avait effacé les traces.
     Le temple était un lieu aux dimensions respectables qui n’avaient rien à envier à celle de la rotonde du Centre de la Découverte de Jurassic World ou même celles des plus grands temples des civilisations de la Méditerranée antique. Il avait été aménagé dans une cheminée volcanique car la Montagne Hantée est, comme plusieurs autres massifs montagneux d’Isla Nublar, un ancien volcan désormais éteint. Ainsi, le plancher de la salle coïncidait avec le haut d’une remontée de lave n’ayant pu être expulsée et s’étant solidifiée suivant l’extinction de l’activité volcanique dans les profondeurs de la montagne suite au déplacement vers le nord du point chaud à l’origine même de la création de l’île. Quant au cratère, il existe toujours et permit cette nuit-là à la lune de jeter sa lumière sur la plateforme des sacrifices et l’Indominus.
Au-dessus d’un large balcon à l’opposé de l’entrée, doté d’un trône en pierre sculptée et de deux passages, dont l’un obstrué, conduisant à ce qui devait être les appartements de la classe dirigeante, la sculpture de la tête du dieu vénéré autrefois s’était disloquée et il ne restait en place plus que la moitié du visage.
Creusées sous le milieu du balcon et de ses deux extrémités, trois grandes arches conduisaient dans d’autres secteurs de la cité troglodyte, les lieux de vie plus particulièrement. Le passage au-delà de celle du milieu semblait plonger en direction des entrailles mêmes de la montagne.
Mais le plus choquant à propos du lieu était le nombre de squelettes humains qui recouvraient le sol, si nombreux qu’ils formaient presque comme un tapis. Au milieu d’eux, il y avait des armes en grands nombres : Lances, propulseurs, massues à pointes, gourdins, couteaux et même quelques boucliers… L’impression que cela dégageait était si saisissante que c’était comme si la compagnie pouvait avoir un aperçu de la terrible bataille qui avait eu lieu là et ils songèrent qu’il n’était pas impossible que cette dernière ait vu la mort des derniers membres de la civilisation décadente de Nublar.
Bien qu’elles fussent assez hautes et larges, les arches au fond étaient trop petites pour pouvoir être empruntées par l’Indominus. Sachant qu’elle ne pouvait aller plus profondément dans la montagne, les pourfendeurs songèrent qu’en s’interposant entre elle et la grande arche marquant l’entrée du temple, ils lui barreraient toute retraite et la forceraient à livrer bataille.
     Après l’avoir observé pendant quelques instants, ils se retirèrent de la galerie et revinrent sur leur pas au milieu des couloirs exigus afin de revenir au précédent croisement et descendre les marches conduisant à la galerie la plus basse.
Les pourfendeurs remirent leurs masques et un par un, ils s’engagèrent dans la galerie, les premiers tournants sur leur gauche et la longeant. Ils avaient beau se déplacer assez furtivement, le bruit de leurs bottes effleurant les morceaux de pierres fut perçu par l’I.rex qui tourna alors la tête dans leur direction.
Pouvant voir au milieu de l’obscurité à l’instar de nombreux prédateurs, elle les vit mais se contenta de les regarder se déployer cependant. Du bout de l’une de ses griffes, elle se mit à faire tournoyer sur lui-même l’un des crânes humains reposant près de ses mains.
Une fois tous les pourfendeurs dans la galerie, Sherman tendit aux soigneurs des casques anti-bruit et leur indiqua de rester caché derrière un pilier effondré, l’un de ceux qui soutenaient la galerie. Puis, il sauta du rebord de la galerie, se réceptionnant moins de deux mètres en contrebas avec aisance, fléchissant à peine des genoux. Ses hommes suivirent son exemple et ils s’avancèrent d’un pas lent et prudent mais sûr en direction de la plateforme, passant au milieu des squelettes. Ils ne jugèrent pas utile de garder leurs lunettes de vision nocturne et allumèrent à la place les lampes fixées à leurs épaulières ou à leurs armes, se dévoilant ouvertement. Puisqu’ils passèrent sous les rebords du cratère, le signal émis par les petites caméras accrochées sur le côté de leur casque put quitter l’intérieur de la montagne et transmettre à nouveau des images vidéo au camp et à la salle de contrôle.
Alors que les pourfendeurs convergeaient, l’I.rex continuait de jouer avec le crâne, s’amusant à le faire de tourner de plus en plus vite jusqu’à ce que, lassée, elle ne se décide à l’écraser sous sa main avant de relever lentement ses yeux vers les intrus et de soutenir leur regard.
     — Non mais regardez-là ! S’exclama Méndez, exaspéré par son comportement. Elle se fout de notre gueule ma parole !
     — Elle ne va pas faire la maline longtemps ! Dit Faraci. C’est l’heure de ta correction grognasse ! Lança-il à la chimère.
     Leur haussement de ton l’énerva et elle répondit en retroussant des lèvres et en grognant. Elle se décida enfin à se redresser sur ses quatre membres et s’apprêter à descendre de la plateforme.
Sherman leva le poing en l’air, intimant aux pourfendeurs de s’arrêter, puis se tourna en direction des soigneurs et leur fit signe de mettre leurs casques.
Voyant que ses assaillants s’étaient arrêtés, l’I.rex leur adressa un rugissement du haut des marches, les défiant de s’approcher alors que Leng approchait une main d’un interrupteur sur le boîtier accroché à sa ceinture.
Soudain, un son aigu et strident déchira l’air et l’Indominus, très incommodée, recula en secouant de la tête et en geignant. Cependant, l’intensité du son crut et devint douloureux, finissant par la faire chanceler contre les piliers, faisant tomber l’un d’eux en arrière avant de s’effondrer. Les pourfendeurs reprirent leur avance à ce même moment, marchant en formation triangulaire, et lorsque Sherman posa le pied sur la première marche,  l’Indominus lutta de toute ses forces contre le supplice qui lui était infligé et releva la tête pour pousser une succession de cris rauques saccadés qui couvrirent momentanément le bruit du dispositif et semblèrent se propager dans tout l’intérieur de la montagne.
     En les entendant en tant que bruit de fond dans leurs casques, les soigneurs se figèrent. Ils les avaient déjà entendus mais pas de la gueule de l’I.rex mais de celle des neoraptors qui les poussaient souvent lorsqu’ils étaient dans une situation de détresse.
     — Elle appelle à l’aide… Fit Grady d’une voix blanche. Sherman ! Il faut partir d’ici, c’est un piège ! Cria-il en s’époumonant.
     Mais les pourfendeurs ne l’entendirent pas et continuèrent de monter les marches.
     — Bon sang ! Jura le soigneur.
     Les soldats atteignirent le haut de la plateforme et retrouvèrent l’I.rex recroquevillée et haletante, la pupille de ses yeux s’arrondissant au fur et à mesure que la peur et la douleur la submergeaient et la pointe de ses griffes griffant la pierre sous elle. Tels des loups autour d’un élan aux abois, ils se répartirent autour d’elle, lentement, comme s’il voulait qu’elle soit le plus longtemps soumise à la torture infligée.
     — Mais pourquoi est-ce qu’ils prennent autant de temps bordel ?! Ils l’ont à leur merci, qu’ils l’achèvent ! S’emporta Sembène.
     Ils se rendirent compte que les pourfendeurs comptaient s’amuser avec elle avant de la tuer. Comme pour confirmer ses suppositions, quelques-uns des pourfendeurs se mirent à infliger des coups un peu partout sur son corps, en des points non-vitaux dans un premier temps avant de se rapprocher de ces derniers peu à peu.
     — Ce n’est pas de la chasse… Fit Grady d’un ton mi- choqué mi- énervé. Les gardes avaient raison : Ces gens n’ont aucun honneur !
     L’I.rex parvint à repousser ceux vers sa queue quelques mètres plus loin, juste au bord de la plateforme mais ils se relevèrent presque aussitôt. Parmi ceux-là, Decker s’élança et bondit en direction de la croupe de la chimère, allant y enfoncer la pointe de l’une des lames de sa double-faux, poussant l’Indominus à gémir de douleur en réaction.
Butu, alors à quelques pieds seulement de la gueule, se mit à contempler la dentition fort bien garnie de leur victime.
     — Oh les belles quenottes ! S’exclama-il.
     Il déposa la machette qu’il avait en main et sortit une grosse pince d’une poche de son pantalon.
     — Je vais en ajouter une à ma collection… Ajouta-il en s’humectant les lèvres.
     Au départ, il voulut se contenter de prendre l’une des dents à l’extrémité de la mâchoire inférieure mais rapidement son regard se braqua vers l’un des grands crocs qui dépassaient de sa gueule. Cependant, sa pince était trop petite pour qu’il puisse en arracher un avec. Il lui fallait quelque chose de plus gros.
     — Reynald ! Je peux avoir ta masse d’armes s’il te plaît ?
     Faraci, alors sur le point de frapper les doigts de l’I.rex avec son arme, la tendit à son collègue congolais, l’intimant de se dépêcher cependant.
Butu s’empara de la masse d’armes, calcula son angle de frappe pendant un court instant et lorsqu’il fut prêt, abattit la masse à la base de l’un des crocs de la mâchoire inférieure, donnant un coup puissant qui fit voler le croc plus loin. 
Tout à coup, le son se tut et un silence s’abattit parmi les pourfendeurs. Leng se mit à tapoter sur son boitier tout en lançant des injures à tout va mais Sherman, par prudence et craignant surtout que l’appareil soit tombé en panne, hurla à ses hommes de reculer. Pris de peur, Butu lâcha alors la masse d’armes, qui fut immédiatement reprise par Faraci qui oublia sur l’instant, ou délaissa volontairement selon les versions, Butu au profit de sa propre peau. Le Congolais fit volte-face et s’élança en direction du rebord de la plateforme, voulant récupérer au passage le croc, mais il ne fut pas assez vif et tel un chat avec une mouche, l’I.rex le plaqua au sol de sa main gauche et le maintint sur place tout en se relevant. Lorsqu’elle fut debout, elle passa ses doigts sous son corps et le souleva sous les yeux impuissants des autres, regroupés au pied de l’escalier.  Une partie du panache volcanique passa au même moment au-dessus de la Montagne Hantée, s’interposant entre la lune et le temple.  Une obscurité totale, perturbée uniquement par les faisceaux des lampes des pourfendeurs, s’y abattit.
Alors que l’I.rex grognait et secouait Butu qui hurlait dans sa main, allant jusqu’à le faire perdre son casque, Cortès entendit comme un bruit de pas légers et en tendant l’oreille, il situa l’origine du bruit au niveau de l’arche sous le balcon. Quelque chose arrivait du passage, quelque chose d’assez petit. Le Tun-Si distingua plusieurs bruits de pas. Peu importe ce qui venait, il n’était pas seul.
     — Il faut quitter cet endroit ! Avertit-il ses collègues. Maintenant !
     — Pas sans Butu ! Lui rétorqua Sherman. On la tient de plus !
     — Ford, grille-lui la gueule ! Aboya Faraci.
     Butu, l’ayant entendu, se mit à les implorer de ne pas faire ça.
     — T’es malade ?! Rétorqua le pourfendeur au lance-flammes. Je risque de le toucher en faisant ça.
     Au travers de leurs lunettes de vision nocturne, les soigneurs virent les êtres à l’origine des bruits de pas. Franchissant le seuil de l’arche, vint une douzaine de petits dinosaures théropodes aussi gros que des loups mais trop petits pour être des neoraptors et leur silhouette n’était pas aussi droite et leur démarche pas aussi élégante que celle de ces derniers. La présence d’une crête au niveau du museau trahissait l’identité de l’espèce. Certains n’avaient qu’une petite pointe au bout du museau, les autres une crête qui s’arrêtait en avant des yeux. Des procératosaures, ceux qui s’étaient évadés lors de l’attaque sur les enclos de quarantaine. Ils entreprirent de  contourner la plateforme des sacrifices, comptant visiblement prendre les pourfendeurs sur leur flanc. 
     L’ensemble des pourfendeurs commença à entendre les bruits de pas et McNamara passa le faisceau de sa lampe à droite de la plateforme, là d’où provenait le bruit. La lumière rencontra le tapetum lucidum de plusieurs paires d’yeux qui devinrent alors brillants. L’un des animaux s’avança à travers le faisceau, se révélant.
     — Des goules !
     Les autres procératosaures leur apparurent alors qu’ils amorçaient une manœuvre d’encerclement, passant aussi derrière la plateforme pour venir se positionner à gauche des pourfendeurs. Ils ne semblaient pas effrayées le moins du monde par l’I.rex et leur venue ne sembla pas du tout la déranger, comme si eux et la chimère savaient qu’une collaboration était grandement profitable à chacun, et elle les laissa se rapprocher peu à peu des humains.
Les pourfendeurs commencèrent alors à reculer lentement en prenant soin de ne faire aucun mouvement brusque. L’Indominus les regarda reculer mais ne descendit pas pour autant de la plateforme et des procératosaures vinrent se positionner devant cette dernière, émettant parfois des sifflements et des grognements. Les pourfendeurs ignoraient quel était l’intention précise de l’I.rex à leur égard. Ils doutaient qu’elle les laisserait partir ainsi après ce qui lui avait faits mais quoiqu’il en fût, leur retraite se retrouva barrée.
Loin derrière eux, quelque chose bondit de l’une des galeries et se réceptionna au sol avec grâce avant de se mettre à marcher en direction du centre du temple. Les pourfendeurs à l’arrière du groupe se retournèrent et virent qu’à la périphérie de la salle, il y avait une silhouette, celle d’un animal bipède aussi haut qu’un Homme et doté d’une longue queue en balancier, d’un cou en forme de S, de jambes puissantes et d’une griffe en forme de faucille à chaque pied. Un Neoraptor.
Derrière lui, trois autres silhouettes similaires apparurent, formant ensemble une ligne, puis les quatre s’avancèrent en adoptant une formation triangulaire, foulant le tapis d’ossements et d’armes. Dans son avance, l’individu de tête, dont le pied fut illuminé par le faisceau de l’une des lampes, marcha sur un crâne. Lorsque le faisceau remonta, le neoraptor s’avança au travers de sa trajectoire. Il s’agissait d’une grande femelle à la robe blanc crème maculée de noir, belle mais terrible, une iroquoii femelle et ceux qui la suivaient étaient de la même souche et du même sexe. A l’extrémité opposée de la salle, quatre neoraptors d’un coloris plus sombre, des individus de la souche hybride, émergèrent d’un passage donnant sur l’une des galeries inférieures et sautèrent dans le temple, eux aussi allant en direction des pourfendeurs.
     Alors qu’ils regardaient impuissants les groupes de neoraptors arriver les uns après les autres et converger vers le cœur du temple, Sembène aperçut du coin de son œil gauche l’iroquoii mâle qui venait de faire irruption dans la même galerie qu’eux via l’entrée d’un couloir à moins d’une dizaine de mètres d’eux. Il tapota délicatement l’épaule de son collègue pour l’en avertir :
     — Owen…
     Grady tourna la tête et vit à son tour l’animal qui marchait lentement d’un air alerte, sa crête de plumes hérissée au sommet de son crâne. Le plus silencieusement possible, ils passèrent de l’autre côté du pilier et s’aplatirent derrière. Depuis l’extrémité du pilier effondré, Grady regarda les iroquoii mâles descendre les uns après les autres. Sembène tapota à nouveau sur son épaule et désigna du doigt un groupe de tigris venant de la grande archée d’entrée. Ils comptèrent les raptors et arrivèrent au nombre total de vingt-trois, douze mâles et onze femelles. Ils étaient tous là.
     Voyant qu’ils étaient pris entre les procératosaures et les neoraptors, les pourfendeurs s’organisèrent de manière à former un cercle défensif et orientèrent leurs armes en direction des animaux. Cependant, les neoraptors ne s’approchèrent pas à plus d’une demi-douzaine de mètres des pourfendeurs et le regard d’une partie des nouveaux-venus se tourna vers les procératosaures qui leur sifflaient dessus. Quelques-uns des neoraptors se rapprochèrent d’eux en grognant et en se rendant compte du fait qu’il y avait la forte probabilité qu’un combat éclate entre les deux espèces, les pourfendeurs regagnèrent espoir car ils pourraient profiter de l’affrontement pour s’échapper.
     — Allez entretuez-vous ! Lança Faraci, encourageant les animaux. Ça nous fera moins de travail !
     Mais ils se rappelèrent rapidement que si cela devait arriver, ils devaient trouver le moyen de libérer Butu des griffes de l’I.rex. De plus, au dam des pourfendeurs, les tensions entre les deux groupes de carnivores furent promptement calmées par l’Indominus elle-même d’une manière qui stupéfia d’étonnement et de terreur les humains. Grâce à l’interaction qu’elle avait eu avec les achillobators plus tôt devant le bassin, ils savaient qu’elle était capable d’imiter les cris et autres sons des neoraptors et qu’elle savait lesquels utiliser selon le contexte dans lequel elle se trouvait mais ce qu’ils ignoraient c’est qu’elle avait également appris la façon de communiquer des procératosaures car elle adopta l’une des postures particulières de cette espèce, consistant à écarter les bras et à adresser des sifflements aux individus en conflit, intimant chacun à se calmer. Lorsqu’elle se tourna vers les neoraptors, elle ajouta bien entendu le cri occupant la même fonction chez eux et tous les animaux dans la salle non seulement la comprirent mais surtout, et c’était le plus effrayant dans tout ça, se plièrent à sa volonté.
Lorsque les neoraptors arrivèrent au niveau des procératosaures, ces derniers se contentèrent de s’écarter un peu et les laissèrent les premiers se mêler à eux tandis que certains des seconds allèrent se positionner auprès du gros des neoraptors, entre les pourfendeurs et l’entrée du temple. Les pourfendeurs regardèrent tout autour d’eux : Chacun des dinosaures avait le regard braqué sur eux et était paré à les attaquer, attendant juste un quelconque signal.
     — Ils se sont alliés ! Bredouilla Faraci, commençant à être gagné par la peur. C’est quoi ce bordel ?!
     Face à ce retournement de situation, certains perdirent tout espoir de s’en sortir en vie.
     — Nous n’aurions jamais dû entrer dans cette montagne. Elle sera notre tombeau ! Déclara Arana.
     L’I.rex, ciment et dirigeante de cette alliance inattendue, s’avança jusqu’en haut des marches et contempla la scène d’un air impérieux, comme un souverain venant d’échapper de peu à un attentat sur sa personne et qui était sur le point d’assister à l’exécution des conspirateurs par ses gardes du corps.
Son regard s’abaissa ensuite sur Butu et sur le collier de dents qu’il portait. Elle remarqua alors les nombreuses dents de procératosaures qui le garnissait. Elle approcha sa main droite du torse de sa proie et toucha le collier de la pointe de la griffe de son deuxième doigt (celui correspondant à l’index chez les humains), la passant plus particulièrement sur les dents des congénères défunts des procératosaures.  Elle regarda ensuite ces derniers et Butu vit les yeux de la chimère s’illuminer de malice comme si une idée venait de subitement germer dans son esprit retord. Il sut à ce moment ce qu’elle comptait faire de lui et alors qu’il commençait à implorer sa pitié, elle referma sa main libre autour du bras gauche puis, à la manière d’un enfant vicieux prenant un plaisir pervers à arracher des parties d’une poupée ou d’un jouet, elle tira d’un coup sec et l’arracha tout entier pour le jeter plus loin. Du sang se mit à couler abondamment de l’aisselle déchirée du Congolais.  Alors qu’il pleurait à chaudes larmes, elle resserra sa poigne autour de son corps, déformant son squelette dont les os vinrent perforer les organes, et elle ne s’arrêta que lorsqu’elle entendit sa cage thoracique se briser. Ses poumons venant d’être transpercés par ses côtes, Butu n’eut pas assez de souffle pour crier et alors qu’il agonisait, sa tortionnaire le jeta dans un mouvement de revers juste devant les dinosaures rassemblés sur le flanc droit des pourfendeurs.  Plusieurs des carnivores se précipitèrent sur Le Fléau de Goules dès qu’il atterrit au sol, commençant à le dévorer alors qu’il vivait toujours devant les yeux horrifiés de ses propres camarades.
     — Non ! Poussa McNamara.
     L’I.rex se recoucha devant les piliers et regarda de haut les pourfendeurs encerclés, les toisant de ses yeux cruels tandis que Butu était littéralement mis en pièces. Tandis que l’un des neoraptors à la robe orange tigrée le maintenait fermement sur place en ayant ses mâchoires refermées autour de sa gorge, l’égorgeant à moitié, plusieurs procératosaures étaient regroupés autour de son ventre, le mordant et l’éviscérant, tirant les intestins en dehors de l’abdomen. Les doigts de Butu bougeottaient pendant ce temps et des sons inintelligibles coupés de râles sortaient de sa bouche. Ses yeux désespérés étaient tournés vers ses collègues, les implorant de mettre à terme à ses souffrances et pris de pitié, McNamara pointa subitement le canon de son fusil en direction du crâne de Butu, attendit que sa ligne de tir soit dégagée, jugeant qu’abattre l’un des dinosaures provoquerait la furie de tous les autres, et acheva le Fléau de Goules d’un tir à la tête.
La détonation de l’arme et le passage de la balle si près des carnivores fit sursauter ces derniers et ils se retournèrent vers les pourfendeurs en sifflant vivement, postillonnant du sang devant eux, et au sommet de la plateforme, l’I.rex se redressa soudain et vint poser ses pattes antérieures en haut de l’escalier. Pour elle, le coup de feu était une provocation et tout en lançant aux humains un regard si terrible qui les pétrifia de peur, les faisant presque laisser tomber leurs armes au sol, elle retroussa ses lèvres et entrouvrit la gueule avant de siffler bruyamment puis de lancer un fort aboiement qui vint se répercuter contre les parois du temple.  D’un seul et commun élan, les procératosaures et les néoraptors fondirent sur les pourfendeurs mais au même moment, on entendit comme plusieurs objets métalliques tomber au sol et soudain, une fumée grise pâle commença à monter du sol tout autour des pourfendeurs car alors qu’ils étaient encerclés, Sherman avait échangé un bref regard avec Pizarro et celle-ci avait passé discrètement à ses collègues les grenades fumigènes qui étaient jusque-là accrochées à sa ceinture. Ainsi, la confusion s’empara des dinosaures en plein milieu de leur élan et méfiants envers la fumée, ils freinèrent et s’arrêtèrent à seulement trois mètres des soldats. Profitant de cela, ces derniers entreprirent de sortir du piège qui s’était refermé sur eux en se taillant un chemin parmi leurs assaillants et quelle ne fut pas la surprise des carnivores sur leur route vers l’entrée du temple lorsqu’un jet de flammes apparut d’un coup devant eux pour venir les rôtir. Bien que la plupart d’entre eux purent s’écarter in extremis à l’exception notable d’un procératosaure qui se prit de plein fouet les flammes, une partie des animaux eurent le dos ou la queue roussi et alors qu’ils jappaient de douleur, Ford émergea de la fumée, suivit de ses collègues, et ils franchirent la brèche laissée dans l’anneau formé par les animaux. Leur tentative d’évasion ne resta pas sans réponse de l’Indominus qui en conséquence, lança un rugissement de fureur et commença à descendre de la plateforme.
     Sans leurs lunettes de vision nocturne, Grady et Sembène n’auraient vu de toute cette partie de la confrontation que les faisceaux des lampes des pourfendeurs dansant dans tout le temple, à la manière de projecteurs de discothèque qu’on aurait laissé fonctionné en toute anarchie, et illuminant de temps à autres les gueules des dinosaures. Lorsqu’ils virent les pourfendeurs parvenir à s’échapper de la nasse, ils surent qu’il fallait qu’eux aussi partent.
     Une fois que le dernier de ses collègues l’eut dépassé, Ford se retourna pour faire face aux dinosaures. L’I.rex marchait désormais au milieu des prédateurs plus petits et accélérait le pas pour rattraper les fuyards. L’ancien marine appuya alors à nouveau sur le piston de son lance-flammes, balayant d’un jet toute la zone comprise entre eux et les dinosaures. Instinctivement, ils reculèrent face aux flammes et l’I.rex elle-même n’osa pas s’approcher, regardant désemparée les pourfendeurs lui échapper.
     — Descendez de là et venez, vite ! Cria Sherman aux deux soigneurs restés derrière leur cachette lorsqu’ils furent suffisamment proches du pied du mur pour qu’ils puissent les rejoindre en sécurité.
     Grady et Sembène sautèrent du rebord et vinrent se mêler aux soldats en retraite puis, ensemble, ils progressèrent à reculons en direction de l’arche d’entrée et du tunnel de lave au-delà tandis que Ford continuait de projeter des flammes en direction des dinosaures grognant et que Leng tentait de réparer tant bien que mal son boîtier tout en se déplaçant.
     — Mon réservoir n’est pas illimité alors magne-toi ! Lança le premier.
     — Je fais ce que je peux, bordel ! Rétorqua le second, stressé.
     Alors qu’ils remontaient la pente douce les séparant de l’entrée, Ford diminua la puissance de son jet et attendit que les prédateurs finissent d’hésiter et se relancent à l’assaut avant de raugmenter la puissance de son lance-flammes et de projeter un jet dans leur direction pour les faire reculer davantage.
Quelques-uns des autres pourfendeurs tirèrent vers les dinosaures, les poussant à s’éparpiller et à aller se protéger des tirs dans les galeries ou derrière la plateforme.
     — Economisez vos munitions ! Les reprit Sherman. Ne tirez que s’ils sont sur le point de nous submerger !
     Les dinosaures étant tenus à distance par le lance-flammes, ils purent ainsi franchir l’arche et passer dans le tunnel mais lorsqu’ils furent presque revenus à la fresque, Ford se rendit compte que le niveau de liquide dans le réservoir de son lance-flammes avait baissé de deux tiers alors qu’il était totalement remplit au début de la mission. 
     — Leng ! Tonna-il tout en ne quittant pas des yeux les prédateurs, alors dans la pénombre, en marge de la zone éclairée par les flammes.
     — Encore quelques secondes…
     Sherman s’adressa au groupe :
     — Une fois l’appareil réparé et réactivé, on fonce droit à la nécropole ! Restez groupés à tout prix !
     Quelques dizaines de secondes plus tard, Leng parvint enfin à réparer l’appareil et se doutant qu’il allait le remettre en marche dès que possible, les deux soigneurs remirent leurs casques anti-bruit et se tournèrent vers le chef des pourfendeurs.
Malgré l’isolation phonique procurée par les casques, ils entendirent le bruit caractéristique de l’appareil s’élever au sein du tunnel et virent les dinosaures reculer dans les ténèbres, ténèbres qui enveloppèrent également le groupe lorsque Ford éteignit son lance-flammes. Les humains firent immédiatement volte-face et leurs seules lampes éclairant leur route, ils s’élancèrent en courant sous la voûte du tunnel, fonçant vers les tombeaux.

A SUIVRE...


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#151 21-12-2018 10:34:30

Monsieur ADN
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Ça fait presque un an que je ne me suis pas replongé dans ton histoire, va falloir que je me réserve de plages horaires pour rattraper mon retard The Geeky.  wink


"Dans d'autres siècles, les êtres humains voulaient êtres sauvés, ou améliorés, ou libérés, ou éduqués. Mais dans le nôtre, ils veulent êtres divertis. La grande peur de notre siècle n'est pas la maladie ou la mort, mais l'ennui. Un sentiment de temps libre entre nos mains. Un sentiment de ne rien faire. Le sentiment de ne pas être divertis."
Micheal Crichton

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#152 22-12-2018 15:29:06

The Geeky Zoologist
Gallimimus
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Cool. J'ai hâte d'avoir tes retours sur les chapitres sortis entretemps.


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#153 24-12-2018 00:38:05

The Geeky Zoologist
Gallimimus
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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Bonsoir à tous,

Juste avant la veille de Noël, je vous laisse avec la quatrième et dernière partie de La Montagne Hantée.

Je vous souhaite une bonne lecture en attendant vos retours.



                                                      Chapitre XIV : La Montagne Hantée
                                                                           (Partie 4/4)


     Alors que minuit approchait, Henry Wu profita d’un instant de répit en attendant le retour du camion, venant s’asseoir derrière son bureau pour se reposer. Il avait débarrassé son plan de travail que de ce dont il ne pouvait abandonner là, incluant son ordinateur portable et divers documents importants, et un sac à dos était posé à ses pieds. Cependant, en regardant en direction du coin du bureau opposé à celui où se trouvait l’ordinateur, Wu remarqua qu’il avait laissé un grand cadre dans lequel était insérée une vieille photographie. Il saisit le cadre et la regardant, ses yeux s’illuminèrent tout à coup de nostalgie. 
On y voyait une vingtaine de personnes, la plupart des hommes et des femmes en blouse blanche, debout dans les marches de l’escalier devant l’entrée de l’Administration Embryonnaire du Site B. Dans le coin inférieur droit de l’image, on avait écrit au feutre noir l’année à laquelle elle avait été prise : 1987.
Au centre du premier rang, au milieu même de la photo, se tenait fièrement John Hammond, prenant appui sur sa fameuse canne en bambou, et à droite du président directeur général d’InGen, Wu souriait timidement à la caméra tout en tenant un bébé tricératops dans ses bras, le premier dinosaure qui survécut plus de six mois. 
     L’un des subordonnés de Wu, le docteur Preston, un jeune homme de taille assez menue  aux cheveux châtains et ayant la fin de la vingtaine, arriva à ce moment-là pour venir lui faire un rapport sur la progression de l’évacuation des laboratoires.
     — Plus qu’un voyage et nous aurons emportés le reste. Robert est partit il y a dix minutes commencer la suppression des données des serveurs. Il s’est porté volontaire pour rester et veiller au bon déroulement du processus. C’était tendu mais on a réussi dans les temps…
     Il remarqua que Wu semblait absorbé dans sa contemplation de la photo.
     — Ça va, Henry ?
     Wu releva des yeux émus vers lui, lui adressant un regard bienveillant.
     Il avait rencontré Preston alors que ce dernier venait d’entrer en première année de licence à Stanford. Etant considéré au départ comme un étudiant parmi tant d’autres au milieu de tous ceux de sa promo, Preston n’avait parvenu à attirer l’attention sur lui du célèbre généticien qu’en faisant nombre d’interventions pertinentes lors des cours données en amphithéâtre ainsi qu’en lui demandant s’il pouvait effectuer un stage facultatif d’été au sein du département de génétique, dirigé par Wu. Le jeune homme ayant des bonnes notes en génétique et un comportement irréprochable, Wu n’y vit aucune objection et accepta. Lors de son stage, Preston fit part de son grand intérêt pour les travaux de son professeur ainsi que les prouesses d’InGen en matière de génétique et il en discuta longuement avec Wu. Au fur et à mesure de leurs échanges au cours des années qui suivirent, le professeur et l’étudiant commencèrent à nouer une forme de complicité qui se changea peu à peu en amitié.
Preston poursuivit ses études avec brio, obtenant sa licence puis son master, dont le stage fut effectué à l’usine génétique d’InGen de San Diego, avant de commencer la préparation de son doctorat aux laboratoires Norman Atherton, l’amenant à déménager sur Isla Nublar. Wu devant fréquemment retourner aux Etats-Unis pour assurer ses fonctions d’enseignant-chercheur à Stanford et de directeur de la division génétique d’InGen à Palo Alto et San Diego, il arriva un moment où il confia au doctorant en devenir la supervision des laboratoires de Jurassic World malgré la présence sur place de généticiens plus âgés et expérimentés. Ces derniers eurent tôt fait de se rendre compte qu’il n’y avait pas qu’une simple amitié entre Wu et Preston, les ayant déjà vus auparavant se rendre ensemble à des soirées, que ce soit celles données dans les hôtels les plus luxueux de Nublar ou celles plus arrosées ayant lieu dans un cadre plus privé dans certains bars tendances de Burroughs, au Chicxulub, ou la résidence de quelque cadre du parc.
     — C’est tout une ère qui se termine… Déclara Wu. Vingt-trois ans plus tôt, je n’aurais jamais cru retourner sur cette île et pourtant, le temps m’a prouvé le contraire. Mais maintenant, je n’entrevois aucune raison qui nous pousserait à revenir ici.
     Preston prit une chaise et vint s’asseoir à côté de lui. Il regarda la photo. 
     — Tu penses toujours à eux ?
     Wu eut un petit sourire nostalgique.
     — Parfois. Je me remémore encore les débuts de cette aventure. La venue d’Hammond au laboratoire à Stanford, les premières expérimentations dans le sous-sol du manoir de Lockwood, le Site B… Ces souvenirs semblent si lointains, comme si c’était dans une autre vie. Tant de choses sont arrivées entretemps… Sans moi, ces murs, cette ville, ce parc, les créatures qui le peuplent… rien de tout cela n’existerait et la plupart des événements arrivés aujourd’hui n’auraient jamais eu lieu. Tous ces gens ayant perdu la vie seraient encore en vie…
     — Sottises, ce n’est pas de ta faute. Ne culpabilises pas pour tout.
     Preston posa affectueusement une main sur l’épaule de Wu.
     — Tu n’as pas à porter ce poids seul, Henry. L’équipe est là si tu en as besoin. Je suis là pour toi.
     Wu posa sa main sur celle de Preston et croisa son regard.
     — Merci Ivan.
     Alors qu’il s’apprêtait à mettre le cadre dans son sac, le commandant Edward Torres, un quinquagénaire chauve arborant un bouc, entra précipitamment dans le laboratoire et courut jusqu’au bureau de Wu.
     — Professeur ! Nous devons partir ! Immédiatement !
     Sur le coup, Wu attrapa bel et bien son sac mais il oublia d’y mettre le cadre, le laissant retourné sur le bureau. Les deux scientifiques se levèrent et les trois hommes prirent la direction de la sortie alors que la demi-douzaine de mercenaires les ayant aidés à charger le matériel rassemblaient les derniers généticiens pour les escorter hors du laboratoire.
     — Mais nous n’avons pas fini de tout évacuer. Fit signifier Wu au second d’Hoskins.
     — Malheureusement, nous n’avons pas le temps. Laisser le reste en plan !
     Ils sortirent du laboratoire et rejoignirent le couloir autrefois emprunté par les visiteurs, commençant à le remonter dans le sens inverse de la visite en marchant à un rythme rapide.   
     — Et Robert est partit aux serveurs ! Ajouta Preston.
     — J’ai demandé à ce qu’un agent vienne le rejoindre. Rien ne devrait lui arriver… Le rassura Torres.
     Ils quittèrent la zone du bâtiment abritant les laboratoires Norman Atherton et descendaient dans la rotonde où quatre autres mercenaires les rejoignirent. Torres s’approcha de Wu et lui murmura :
     — Il est impératif que vous soyez évacué et je crains que nous ne soyons plus en sécurité ici au moment où je vous parles.
     Preston, marchant juste derrière eux alors qu’ils contournaient la maquette géante d’Isla Nublar, l’entendit :
     — Des dinosaures se sont-ils introduits dans la Cité ? Demanda-il. Mon Dieu… Mais que font les troupes de la Garde Grise ?
     Comme en guise de réponse, ils virent les hauts battants de bronze de la porte du centre être poussés vers l’intérieur et lorsqu’ils furent suffisamment écartés, ils laissèrent apparaître le lieutenant Brunet, en équipement d’intervention, armé de pied en cap et lançant un regard noir envers Torres et ses mercenaires. Alors que la porte n’était pas totalement ouverte, le Français entra, marchant d’un pas rapide, se dirigeant vers la rotonde, avec le lieutenant Yu à sa gauche et le sergent Drekanson à sa droite. Derrière eux, une horde des gardes les suivaient. Etant comme Brunet armés et en équipement d’intervention, ils formaient une compagnie bien intimidante aux yeux des généticiens et même des mercenaires, moins nombreux et moins équipés. Ces derniers intimèrent aux scientifiques de rester derrière eux et Torres se mit devant le groupe.
     — Que faîtes-vous ici ? Demanda-il aux gardes.
     Brunet s’arrêta et fit stopper ses collègues à la périphérie de la rotonde.
     — Torres. Les pourfendeurs sont derrière l’attaque de l’I.rex sur nous et l’assassinat de trois des nôtres !
     Une expression de surprise apparut sur le visage du second d’Hoskins. Il n’en croyait pas ses oreilles et le fait est que les gardes détestaient les pourfendeurs étant bien connu, il se demanda si les premiers n’avaient pas accusés les seconds directement sans investigation sérieuse.
     — C’est insensé. Dit-il. Quelles preuves avez-vous ?
     — Le témoignage des neveux de Claire Dearing. Répondit de Brunet avant de lancer l’enregistrement sur son téléphone.
     Alors que Torres écoutait attentivement l’enregistrement de la conversation s’étant déroulée dans la salle de repos de l’Administration entre les garçons et Darbinian et Yu, ses hommes entendirent du mouvement dans les galeries supérieures. D’autres gardes, songèrent-ils. Ils redoublèrent de vigilance et regardèrent ceux rassemblés entre l’entrée et la rotonde avec une grande méfiance.
     — Kevin Leng est mentionné et deux des descriptions correspondent à celles de Gregor Sherman et Reynald Faraci. Dit Brunet.
     Torres secoua la tête.
     — Ils ont dû nous trahir, c’est impossible. Nos rivaux ont dû les acheter pour semer la zizanie… Je peux vous assurer que la division sécurité d’InGen est votre alliée.
     — Une alliée vous dites ?! Fit Brunet sèchement, comme si ce mot l’avait provoqué. Quel genre d’allié vient chez vous, partage la même nourriture et boisson que vous mais viole par la suite votre hospitalité en violentant celle que vous considérez comme votre sœur et en frappant le frère la défendant.
     Il faisait référence à un incident ayant eu lieu à Caer Draig une douzaine d’années plus tôt où les pourfendeurs, venant d’effectuer une mission d’abattage sur Sorna en collaboration avec la garde, avaient été invités à célébrer la fin de cette dernière avec les gardes lors d’une réception donnée dans le grand hall. Cela avait été suggéré par les responsables de la Mission des Nations Unies dans l’Archipel des Cinq Morts dans le but de signifier à InGen qu’elle restait un partenaire essentiel et privilégié dans la gestion de la faune des Cinq Morts.  La soirée s’était déroulée de façon convenable jusqu’à ce qu’alors qu’elle tirait vers sa fin, l’un des pourfendeurs violente l’une des gardes. Une bagarre éclata alors entre d’une part les camarades de l’agresseur et d’autre part les collègues de la violentée, incluant Hamada, Brunet et Bellamy.
     — Tout ça est de l’histoire ancienne. Fit Torres, désireux de ne pas remettre cela sur le tapis.
     — Jamais le responsable de cet incident n’a fait amende ! S’énerva Brunet.
     — Ni ceux qui ont envoyé deux de mes hommes dans le coma ! Et pourquoi parlons-nous de cet incident ?
     La bagarre avait dégénéré à un tel point que des menaces de mort avaient été proférées et qu’elle avait conduit à une hospitalisation prolongée de l’agresseur et d’un de ses camarades, jeté dans l’escalier descendant de l’entrée du hall. Contrairement à l’autre, ne se réveilla jamais et dû être débranché après plusieurs années passées dans le coma. Nombreux étaient ceux des deux côtés qui pensèrent que sans l’intervention du commandant de la garde d’alors, Yusuf Fadlân, et d’Hoskins, présent lui aussi en cette occasion avec le commandant Torres, la rixe aurait fini en fusillade et ses conséquences seraient devenues catastrophiques.  Dès lors, les gardes n’acceptèrent plus jamais que les pourfendeurs ne reposent le pied à Caer Draig sous peine de, selon les mots de certains, être jetés en pâture à la faune s’ils les croisaient.
     — Car nous savons tous deux que l’animosité entre les pourfendeurs et la Garde ayant résulté fut suffisamment grande qu’elle a pu constituer une petite motivation supplémentaire pour les pourfendeurs d’organiser notre massacre !
     — Hormis ce témoignage, quelles autres preuves avez-vous ? Hoskins m’a rapporté ce que l’aîné lui avait dit et ce dernier n’avait aucunement mentionné des éléments en lien avec certains des pourfendeurs. Qu’est-ce qui nous dit que vous n’avez pas poussé les neveux de Dearing à revoir leur récit de manière à servir vos intentions belliqueuses, lieutenant Brunet ?
     — Ne me prenez pas pour un imbécile ! Je vois bien que vous essayez de couvrir Sherman et ses hommes. L’accusa Brunet.
     Voyant que son collègue perdait patience, Drekanson intervint, s’avançant de deux pas en adoptant une attitude diplomate :
     — Nul besoin de règlement de compte sanglant d’avoir lieu. Il vous suffit d’ordonner aux pourfendeurs de se rendre pour qu’ils comparaissent devant la justice.
     — Et en autorisant Wu a dévoilé tout ce qu’il sait au sujet de l’I.rex. Ajouta Brunet derechef.
     Torres se retourna brièvement pour adresser un regard à Wu.
     — Cette dernière requête n’est pas de mon ressort…  Dit-il à Brunet.
     Il avait raison sur ce point. Malgré sa position au sein de la division sécurité, Torres n’avait bien entendu aucun pouvoir en ce qui concernait la divulgation des recherches d’InGen. Seuls Wu et les membres du Conseil d’Administration le pouvaient.
     — Et si je le pouvais, jamais je ne le ferais ! Après votre atteinte à ma personne plus tôt, vous pouvez aller vous brosser ! Lança le généticien en chef à Brunet.
     — Tu vas cracher le morceau, serpent ! Lui répliqua l’une des gardes en montrant son poing.
     Voyant que le tempérament des gardes s’échauffait et que leur attitude devenait de plus en plus agressive, les mercenaires braquèrent leurs fusils vers eux.
     — Baissez vos armes ! Les somma Brunet.
     — Vous venez en ces lieux, un bâtiment possédé par InGen, armés, nous acculer et menacer un cadre de la compagnie le tout sans l’approbation de votre commandant ou d’une quelconque autorité, donc en toute illégalité… Vous agissez en hors-la-loi ! Fit remarquer Torres aux gardes. En conséquence, nous garderons nos armes braquées sur vous tant que vous resterez en travers de notre route.
     En réponse à cela, les gardes laissèrent leurs hoplomaques se mettre tout devant où ils se mirent en formation, opposant au groupe d’InGen un mur de boucliers hérissé de lances, avant d’avancer lentement dans la rotonde, pas à pas.
     — Faites un pas de plus en direction du Professeur et je vous descends ! Leur lança l’un des mercenaires, un jeune homme émacié aux yeux plus durs que le granite.
     Brunet, se tenant devant les hoplomaques, adressa un regard noir aux soldats d’InGen.
     — Baissez vos armes ! Répéta-il, sa voix résonnant dans toute la salle. Je ne le dirais pas une troisième fois…
     Ils ne cédèrent aucunement. Le malaise qu’avaient ressenti jusqu’alors les généticiens se transforma en un sentiment de peur en voyant les deux groupes de soldats à couteaux tirés, prêts à attaquer à la moindre provocation, et instinctivement, ils se serrèrent les uns contre les autres et reculèrent lentement vers le fond de la rotonde. L’un d’eux vit la silhouette d’un sniper se détacher de l’ombre de la galerie du deuxième étage pour aller se coller contre la balustrade et pointer le groupe avec son arme. Un point rouge apparut sur le torse de l’un des hommes de Torres peu après. Le jeune mercenaire émacié releva immédiatement les yeux vers l’origine du laser et vit le sniper.
     — Sniper ! Cria-il.
     Il n’attendit pas que le sniper appuie sur la détente et il tira le premier. On entendit un râle, puis le tireur bascula par-dessus la balustrade derrière laquelle il se tenait et tomba aux pieds de ses collèges. Ils regardèrent d’un air atterré son corps désormais sans vie puis portèrent leur regard sur Torres et les mercenaires.
Derrière ces derniers, les généticiens virent les yeux de Gilbert Brunet s’embraser de fureur et ses poings se refermer. C’était comme si un démon enfouit il y a longtemps au plus profond de son être se réveillait et prenait le contrôle de son corps.
Soudain, en le temps d’un battement de cil, le Français tira son sabre, fondit sur le mercenaire le plus proche de lui et lui asséna un coup mortel.
Les autres mercenaires tentèrent de le l’abattre mais tout en se servant de celui qu’il venait de tuer comme bouclier, il dégaina l’arme du poing du mort et tira en direction de ses assaillants. Il parvint à en un atteindre un en pleine poitrine et avant que les autres ne puissent se servir de la maquette comme couverture, on leur tira dessus depuis les galeries supérieures et ceux dans la rotonde se précipitèrent dans leur direction, sabres au clair et lances et baïonnettes en avant en hurlant.
     — Fuyez ! Hurla Torres à ses hommes et aux scientifiques.
     Avant qu’ils ne soient complètement encerclés dans la rotonde, ils foncèrent vers l’arche nord-ouest et gagnèrent le couloir derrière. Brunet lança une grande partie des gardes à leurs trousses mais ordonna cependant à une poignée de rester avec lui dans la rotonde.
Acculé contre la fresque, il ne restait plus qu’un mercenaire, le jeune homme émacié qui avait abattu l’un de leurs snipers. Il avait perdu son fusil d’assaut pendant la cohue et tenait son pistolet tout tremblotant. Son regard, tourné vers Brunet qui s’approchait de lui d’un pas rapide, était plein d’effroi. Des balles percutèrent le sol juste aux pieds de Brunet mais ça ne stoppa pas l’avance inéluctable de ce dernier qui attrapa le bouclier qu’on lui lança.
     — Pitié, ne me tuez pas ! Pleurnicha le mercenaire. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je suis tell…
     Brunet le fit taire en lui assénant un coup de bouclier au visage. Il le saisit ensuite par le col, le secoua comme un chien puis le jeta au sol près du haut des marches avant de venir le plaquer contre le dallage avec son genou et de tirer sa tête en arrière en l’attrapant par les cheveux. Puis il la frappa contre le rebord de la plus haute marche, plusieurs fois de suite, chacune plus violente que la précédente. A un moment, on entendit la boite crânienne se briser mais Brunet continua et lorsqu’il s’arrêta enfin, une partie du cerveau du mercenaire était exposé à l’air libre et des morceaux de cervelle avaient atterris non loin. Des filets de sang se mirent à descendre les marches en cascades.
Alors qu’il se relevait en haletant et la main droite couverte de sang, Brunet croisa le regard de ses subordonnés : La peur se lisait dans les yeux et il se rendit compte qu’ils le craignaient tant désormais qu’ils étaient prêts à exécuter le moindre de ses ordres pour ne pas subir son courroux.

     Tirant derrière eux tout en restant en mouvement, les mercenaires d’InGen tenaient à distance les gardes qui les pourchassaient. Ayant descendu l’escalier conduisant au sous-sol, eux et les scientifiques foncèrent vers la salle des hologrammes car au fond de cette dernière, il y avait une porte dérobée leur permettant de rejoindre les Profondeurs. Torres comptait semer leurs poursuivants dans le dédale de couloirs qui les constituaient et s’en servir pour rallier leur point d’extraction. Le groupe parvint à la salle des hologrammes et Wu leur pointant la porte recherchée, de la même couleur que les murs et surmontée du symbole vert d’évacuation d’urgence, les généticiens coururent jusqu’à elle et l’ouvrirent, s’y engouffrant avant d’être suivit par les mercenaires. Torres et deux de ses hommes couvrirent leur fuite, tirant en direction des deux entrées de la salle, empêchant les gardes de progresser davantage sous peine d’être abattus.  Ils finirent par rejoindre la porte des Profondeurs et franchissant le seuil en dernier tout en tirant vers les quelques gardes ayant osé pénétrer dans la salle, Torres ferma la porte et la verrouilla.
Ils se trouvaient dans un tunnel, haut et large, faisant le pourtour du sous-sol du Centre de la Découverte, formant un anneau autour de ce dernier, et d’où rayonnaient des voies de même taille conduisant à des sorties de secours à la périphérie de la moitié nord de Burroughs et même au-delà. Les généticiens s’en étaient même servis pour faire transiter les actifs des laboratoires en direction des Docks de l’Est. Alors que les gardes tambourinaient à la porte et tentaient de l’enfoncer, Torres mena la groupe plus au nord et plus loin, ils tournèrent à droite pour emprunter une autre porte qu’ils verrouillèrent aussi derrière eux Des gardes étant susceptibles d’arriver par les sorties de secours, et rapidement puisque le tunnel de secours avait des dimensions suffisantes pour laisser circuler des cavaliers et même des véhicules en son sein. Torres préférait passer par les couloirs périphériques reliant différentes zones clés des Profondeurs et celui qu’ils empruntèrent dès lors était si étroit qu’ils couraient presque les uns derrière les autres.
     — Où allons-nous ? Demanda Wu alors qu’ils descendaient hâtivement les marches d’un escalier un métal. Je crains qu’on ne puisse plus rejoindre le Anne B, ils savent qu’on était supposé rejoindre le bateau.
     — Nous n’irons pas aux docks. Répondit Torres. Il faut sortir de la Cité et vite avant qu’on nous enlève toute possibilité de quitter l’île !
     Ils descendirent de deux niveaux, suivant une indication fléchée pointant la direction des gradins du spectacle nocturne, les amenant à passer sous l’étang lui-même.


     Pour Grady et Sembène, la fuite à travers le Chemin des Morts eu l’air d’un rêve très étrange, à mi-chemin entre l’hallucination et le cauchemar. Ayant toujours leurs lunettes de vision nocturne devant les yeux, ils voyaient leur environnement en vert et les pourfendeurs devant et derrière eux avaient l’air de spectres. Avec les casques recouvrant leurs oreilles et le sifflement du boîtier en bruit de fond, ils n’entendaient même plus le bruit de leurs foulées et avaient presque l’impression d’être devenus sourds, comme si ils étaient dans un vieux jeu-vidéo d’horreur. Surtout, ils n’osaient pas se retourner, de peur d’apercevoir la grande meute multi-espèces que l’I.rex avait lancées à leurs trousses malgré le fait que le son du boîtier les tenait considérablement à distance.
Ils étaient parvenus à traverser les tombeaux des classes supérieures sans encombre et couraient à présent dans le chemin de corniche qui descendait en sinuant à la nécropole des guerriers. Mais alors qu’ils arrivaient à mi-chemin de cette dernière, une réplique sismique secoua les profondeurs de l’île et fut particulièrement ressentie à l’intérieur de la Montagne Hantée. Courant près du bord de la corniche, Leng chancela et perdit l’équilibre, menaçant de tomber en avant dans le gigantesque chasme et son précieux boîtier, accroché à la ceinture que par un mousqueton, se mit à pendre au-dessus du vide.
Decker rattrapa son collègue in extremis en passant ses bras autour de son torse, le retenant de tomber, mais alors qu’elle le ramenait en arrière, ceux derrière eux qui s’étaient arrêtés dans leur course virent avec horreur le mousqueton du boîtier, mal refermé plus tôt dans la précipitation de la fuite, glisser de la ceinture et s’en décrocher, laissant l’appareil d’abord se fracasser contre une saillie rocheuse quelques dizaines de centimètres plus bas puis chuter droit vers les abysses.
Le boîtier diffusant toujours le puissant sifflement, ce fut en vain que les autres hurlèrent pour avertir Leng et il ne réentendit leurs voix à sa grande surprise que lorsque le son se mit à rapidement s’évanouir, entraîné par l’appareil dans sa descente vers les fondations de la montagne. Les deux soigneurs enlevèrent leurs casques anti-bruit et n’entendirent rien d’autre que le même silence mortifère présent lors de l’aller. Le silence était bien plus effrayant qu’une cacophonie de grognements et de cris car en prenant soin de traquer et de pourchasser leurs proies le plus discrètement possible, tout le contraire d’une meute de chiens de chasse à courre ne cessant d’aboyer, les neoraptors et les procératosaures empêchaient le groupe d’avoir une idée de la distance qui les séparaient. Ayant de surcroît le pied léger, ils pouvaient très bien surgir des ténèbres à n’importe quel moment.
Sherman se tourna vers Arana pour lui murmurer son ordre et une fois qu’il eut finit, le Costaricain partit au quart de tour, sprintant vers la nécropole des guerriers et le chef des pourfendeurs exhorta alors le reste du groupe à reprendre sa course.
Les soigneurs devinèrent aisément qu’Arana avait été envoyé chercher l’aide des mercenaires stationnés au défilé mais même au pas de course, il fallait plusieurs minutes pour rejoindre ne serait-ce que l’arche d’entrée du Chemin des Morts et ce temps serait à doubler ou plus avant de le voir revenir et il ne faisait aucun doute quant au fait que les dinosaures les rattrapent entretemps.
Devant restés collés les uns aux autres pour se protéger au mieux de toute attaque potentielle et donc adopter le rythme des plus lents (plus particulièrement Ford à cause de son lance-flammes), ils furent rapidement distancés par Arana et les lampes de ce dernier, telle une fusée de détresse dans un ciel nocturne sans étoiles, se rétrécirent progressivement jusqu’à disparaître au milieu de l’obscurité. Parker se retourna et illumina le chemin derrière eux avec la lampe de son fusil, cherchant les prédateurs.
     — Où sont-ils ?
     — Proches. Et de plus en plus. Ils nous rattraperont avant même qu’on n’atteigne la nécropole des paysans. Lui répondit Sherman. A la nécropole des guerriers, nous les retiendrons là-bas ! Cria-il à l’encontre de tout le groupe.
     Sherman comptait utiliser à leur avantage la configuration l’étroitesse des couloirs de cette nécropole et de tenir un siège dans l’une des chambres en attendant l’arrivée de renforts. Une fois les neoraptors et les proceratosaures éliminés avec leur aide, ils reviendraient au temple pour en finir une bonne fois pour toute avec l’I.rex.
     — Mais c’est une véritable souricière ! Dit Sembène à Grady. Si jamais ils nous submergent là-bas, on est foutus !
     Alors que l’extrémité du faisceau de la lampe de Sherman parvint à frapper l’arche par laquelle ils étaient sortis des tombeaux des guerriers, un neoraptor apparut subitement au milieu du groupe en plaquant Parker au sol et ils eurent à peine le temps de s’écarter de la zone d’atterrissage d’un deuxième individu qui, comme le premier, bondit d’une corniche surplombant celle empruntée par les humains. Tandis que le premier animal, une femelle tigris, tentait de griffer et de mordre au travers des protections de sa victime, le deuxième, de la même souche et du même sexe, tenta d’empêcher les autres pourfendeurs de porter secours à leur collègue mais elle fut immédiatement abattue. L’autre lâcha alors Parker et détala en zigzagant pour éviter les tirs. On relava promptement Parker mais au même moment, le groupe fut pris à revers.
Des procératosaures, ayant empruntés une corniche étroite sous celle empruntée par les humains, grimpèrent par-dessus le rebord et l’individu de tête se jeta directement vers Méndez, le plus proche du bord, et s’agrippa sur son dos. Pris de panique, il se mit à bouger dans tous les sens et ses pieds se heurtèrent aux rocs bordant le rebord. Il trébucha en poussant un cri de surprise et son casque partit en avant, tombant dans le vide. Alors qu’il glissait, Méndez attrapa un interstice dans la roche avec ses doigts et s’y agrippa in extremis, s’empêchant de chuter. Il tenta de remonter mais le procératosaure agrippé à son dos et dont les griffes s’étaient enfoncées dans les épaulières, constituait un poids qui le tirait en arrière. Tout en évitant les mâchoires claquantes de l’animal, il cria à l’aide mais Decker, qui était la plus proche de lui, était elle aussi occupée avec un procératosaure accrochée à son dos et ne fut pas en mesure de venir à son secours. Un autre procératosaure fut attiré par cet appel et vint refermer ses mâchoires autour du crâne de Méndez, lui faisant pousser un hurlement de douleur. L’animal ne se préoccupa même pas du fait que sa proie risquait fortement de tomber et son congénère avec à cause de lui. Méndez, sur le point de défaillir, attrapa fermement alors le bras du procératosaure dans un ultime effort avec sa main libre et lorsqu’il lâcha prise, il chut ainsi avec lui et l’autre.
Decker parvint enfin à se débarrasser de son assaillant dans un mouvement vif de volte-face mais un deuxième vint aussitôt se jeter en direction de sa gorge en ouvrant grand la gueule. In extremis, elle brandit sa double-faux au-dessus d’elle et le dinosaure referma ses mâchoires sur la hampe. Suspendu au-dessus du sol, il se mit à griffer le plastron de Decker à l’aide des griffes de ses pattes arrière mais avant que ces dernières ne parviennent à s’enfoncer dans la chair sous l’armure, Leng abattit l’animal, payant ainsi sa dette envers sa collègue. Surpris par la mort soudaine de leur congénère, les procératosaures reculèrent mais les pourfendeurs n’eurent cependant pas le temps de souffler car la neoraptor les ayant fuis attira leur attention en poussant le cri rauque caractéristique de son espèce. Une partie du groupe se tourna vers elle et l’éclaira avec ses lampes mais ils virent à ce moment le reste de la meute accourir en vitesse.
Les humains prirent les jambes à leur cou et s’engouffrèrent dans le passage. Encore une fois, Ford retint les animaux à distance avec son lance-flammes alors qu’ils reculaient dans les tombeaux des guerriers. Ils traversèrent plusieurs chambres et se souvenant du chemin qu’ils avaient emprunté, Sherman estima qu’il n’en restait plus que deux.
L’attaque vint des côtés.
En cherchant à contourner l’obstacle qu’était le lance-flammes de Ford, des neoraptors avaient suivis l’ancienne route et étaient tombés sur le trou laissé par l’effondrement d’une partie de cette dernière et qui avait poussé les humains à passer par les chambres. Bondissant de plateformes en plateformes, les raptors avaient pu le franchir et donc finir par attaquer de flanc les humains en fondant dans leur dos depuis deux des chambres annexes à celles où ils se trouvaient.
La confusion qui s’ensuivit empêcha ceux directement attaqués de riposter adéquatement car d’une part le manque de luminosité gênait grandement visée et d’autre part, on craignait de tirer sur son camarade en croyant viser l’un des assaillants. Les raptors peinaient toutefois à infliger des blessures profondes, le corps des pourfendeurs étant presque intégralement recouvert d’équipement de protection, et s’ils voulaient les terrasser, ils devaient lutter longuement avec eux pour leur arracher des pièces d’armure aux endroits vitaux avant de leur porter un quelconque coup fatal. Ainsi, les pourfendeurs purent résister, à renforts de coups de poings donnés sur le museau principalement, malgré la surprise de l’attaque mais les neoraptors ne se démenèrent pas et s’adaptèrent à leur adversaire. Changeant de tactique, ils décidèrent d’isoler l’un de leurs ennemis et ce fut sur Pizarro qu’ils jetèrent leur dévolu. L’un d’eux la fit tomber d’un coup de queue et un autre vint immédiatement la saisir par la cheville. Cortès, venant de repousser un troisième raptor en lui lacérant le museau avec son poignard, fut saisit de détresse.
     — Esmeralda ! Cria-il, la voix pleine de désespoir.
     Il se précipita vers son amie alors qu’elle était tirée hors de la chambre. Elle parvint à s’accrocher au montant de l’encadrement de la sortie et Cortès passa ses bras sous ses aisselles, la tirant vers lui. Leurs regards se croisèrent et il vit que ses yeux pleuraient, l’implorant de la tirer de ce mauvais pas.  Mais un autre neoraptor vint aider celui qui l’avait saisie et étant plus forts ensemble que Cortès, ils tirèrent Pizarro hors des bras de son ancien mentor, la traînant sur le ventre alors qu’elle tentait d’enfoncer vainement ses doigts dans la pierre. Le hurlement de terreur qu’elle poussait derrière son masque se poursuivit au milieu des ténèbres et ne cessa que lorsqu’elle fut égorgée dans quelque recoin de l’une des chambres.
Apercevant que le Tun-Si s’était tétanisé sur place suite à la perte de Pizarro, Sherman se précipita vers lui, le releva vivement et l’emmena de force pour lui sauver la vie. Il le poussa devant lui, le faisant rejoindre les autres qui avaient pu se regrouper et qui jetaient des ossements en direction des dinosaures, assommant même l’un des procératosaures avec un crâne. L’un des théropodes crêtés et un neoraptor hybride mâle gisaient morts dans la chambre, le second avec les boyaux sortant d’une grande blessure béante, le résultat d’un coup infligé par le labrys d’Olsen. Tirant de temps à autre pour les éloigner, ils revinrent à la première chambre qu’ils avaient traversée en venant et remontèrent l’escalier. Sherman balaya le groupe du regard et ne s’aperçut que là que les deux soigneurs avaient également disparus.

     Adossés à la paroi rocheuse et debout pieds joints sur une corniche donnant sur le chasme abyssal, la même que les procératosaures avaient empruntés pour les prendre par surprise et si étroite qu’un Homme un peu trop corpulent aurait basculé dans le vide, Grady et Sembène écoutaient attentivement, à l’affût de tout son pouvant provenir de l’autre corniche au-dessus d’eux ou de l’entrée des chambres où reposaient les restes des guerriers.
Ils s’étaient cachés là dès qu’ils avaient vus le gros de la meute arriver, pensant que suivre les pourfendeurs dans la nécropole des guerriers relevait du suicide. Ni les dinosaures, focalisés sur les soldats, ni ces derniers, occupés à fuir ne les avaient vus leur fausser compagnie et pour ne pas être repérés, ils avaient même éteints leurs lampes.
Lorsqu’ils se furent assuré du mieux qu’il pouvait qu’il n’y avait plus aucun dinosaure au-dessus d’eux et qu’ils étaient tous partis vers les chambres, ils pivotèrent délicatement sur eux-mêmes et remontèrent vers la corniche qu’ils avaient prises en venant et en fuyant. Une fois qu’ils se fussent hissés par-dessus son rebord, ils commencèrent à remonter la route de la corniche en courant, comptant revenir le plus vite possible aux tombeaux des nobles. Leur plan consistait à rallier le tunnel de lave au-delà de ces derniers pour ensuite bifurquer vers l’ouest pour sortir de la montagne par le passage que l’I.rex avait pris pour y pénétrer. Peut-être qu’ils éviteraient ainsi les neoraptors et les procératosaures, trop occupés à se battre contre les pourfendeurs, mais les soigneurs prenaient le risque de se jeter droit dans la gueule de l’Indominus. Ils priaient fortement pour que la possibilité que des humains n’osent revenir vers le temple ne lui traverse pas l’esprit. Ils doutèrent momentanément de leur décision mais comme pour les conforter dans leur choix, ils entendirent le hurlement de Pizarro au moment où ils atteignirent l’endroit où Leng avait perdu le boîtier et les autres sons qu’ils percevaient les laissaient sous-entendre qu’ils auraient été mis en pièce s’ils avaient suivis les pourfendeurs.

     — Le pont est proche, dépêchez-vous ! Cria Sherman à ses hommes alors qu’ils étaient parvenus à l’allée bordée par les momies debout.
     Poursuivis par qu’une partie de la meute, l’autre étant occupée à se disputer le corps de Pizarro, il ne leur restait plus qu’à atteindre le bout de l’allée, descendre l’escalier, traverser la salle des gardes et sauter par-dessus l’espace vidé laissé au milieu du pont avant d’atteindre l’entrée de la nécropole des paysans, position aisément défendable face à une horde d’ennemis, surtout si ces derniers doivent franchir un obstacle alors qu’ils sont à portée de tir. Cependant, en évaluant de tête la vitesse des dinosaures et la leur, Sherman se rendit rapidement compte qu’ils les rattraperaient avant qu’ils ne puissent tous parvenir de l’autre côté du pont. Il avait déjà perdu Butu, Méndez et Pizarro. Il refusait de perdre un autre de ses Hommes. S’il pouvait faire gagner aux autres quelques secondes de plus…
Alors que les pourfendeurs en tête de file commençaient à descendre les escaliers, leurs poursuivants apparurent au tournant de l’allée. Trottant devant les autres, il y avait un grand iroquoii mâle, le dominant du groupe d’étude auquel il appartenait. Sherman s’arrêta près du haut des escaliers et laissa passer tous ses collègues devant lui. Le raptor s’aperçut alors que le bretteur lui barrait la route et grogna à son encontre.
Ayant attiré l’attention du raptor, Sherman braqua alors le faisceau de la lampe droit vers sa gueule et ses yeux, l’irritant. Ses congénères voulurent s’élancer en direction de l’humain mais il les dissuada en claquant des mâchoires à leur encontre.
     — L’orgueil est un vilain péché, créature. Lança Sherman à l’iroquoii.
     Le raptor retroussa ses lèvres, arqua le cou en arrière et s’élança en avant en poussant un cri et en écartant ses bras.  Sherman resserra sa poigne autour de son épée et tint fermement sa position.
L’iroquoii couvrit la distance le séparant du chef des pourfendeurs à une vitesse effroyable, presque le temps d’un battement de cil, sautillant par-dessus les momies tombées, et lorsqu’il jugea être suffisamment près, il bondit toutes griffes dehors. Alors que le raptor s’apprêtait à le plaquer au sol à la fin de son bond, Sherman s’écarta brusquement au dernier moment et profitant du court instant où son adversaire se ressaisissait, il lui asséna un coup d’épée à la base du cou, le tranchant presque, avant d’achever l’animal d’un coup d’estoc en plein poitrail.
     — Tes pêchés sont absous. Déclara Sherman avant de partir rattraper ses hommes.
     Momentanément dissuadés d’avancer par la mort de leur congénère, les autres neoraptors se refusèrent à avancer pendant quelques instants. Les procératosaures présents, eux, se précipitèrent presque directement sur le corps de l’iroquoii pour commencer à le dévorer. Cela déclencha la fureur des autres qui les en chassèrent immédiatement, les poussant à se rabattre sur Sherman qui avait atteint la salle des gardes.
Ce dernier franchit l’arche et arriva près du pont. Tous les autres avaient déjà sautés et certains commençaient même à s’engouffrer dans le tunnel conduisant à la nécropole des paysans.
Mais derrière lui, Sherman entendit nombre de grognements et de sifflements : le reste de la meute arrivait.
     — Gregor ! Hurla soudainement Decker, qui se tenait l’autre bout du pont, prêt à le réceptionner.
     Elle ne cessait de balayer le seuil de l’arche et la salle des gardes au-delà avec le faisceau de sa lampe et le chef des pourfendeurs perçut le son d’un animal courant par grandes foulées et rétrécissant rapidement la distance qui le séparait de lui. Un neoraptor, bien plus rapide que les procératosaures, était à ses trousses et il n’avait même pas dépassé le treuil. Il songea un instant à se retourner et faire face à son poursuivant mais si ce dernier n’était pas seul, il risquait fort de succomber à leurs assauts. Cependant, s’il continuait de courir, le raptor le plaquerait au sol en bondissant sur lui et aurait définitivement l’avantage sur lui. Alors qu’il acceptait l’idée que sa mort puisse arriver bien assez tôt, Sherman entendit comme un bruit d’air comprimé et vit un objet fuselé traverser la caverne avant de ressentir dans son dos le souffle d’une explosion qui le fit presque tomber.
Malgré cet événement inattendu qui fit taire les dinosaures à ses trousses, Sherman ne s’arrêta pas et réussit à poser le pied sur le pont. Il sauta par-dessus l’espace, s’effondrant sur ses genoux de l’autre côté. Decker l’aida à se relever et lorsqu’il se retourna, il vit que le neoraptor qui avait été sur le point de rattraper avait littéralement éclaté en plusieurs morceaux. Il émit un soupir de soulagement. Au-delà de l’arche, les autres dinosaures s’étaient arrêtés et se tenaient cois, regardant avec méfiance l’entrée du tunnel de la nécropole des paysans.
Arana, Custer et quelques autres mercenaires, dont l’un équipé d’un lance-roquettes encore fumant, s’y tenaient devant et faisaient signe à Decker et à Sherman de se dépêcher de les rejoindre.
Les deux pourfendeurs accoururent et s’engouffrèrent dans le tunnel, suivit d’Arana et de la plupart des mercenaires. Deux d’entre eux restèrent sur place quelques secondes de plus, le temps de poser des charges explosives à l’entrée du tunnel et de lancer le compte à rebours des détonateurs, avant de prendre leurs jambes à leur cou.
     Voyant les humains prendre la fuite, les dinosaures se décidèrent à franchir l’arche et à s’approcher du pont. Les procératosaures sautèrent de l’autre côté et s’avancèrent vivement vers le tunnel mais en entendant le bip produit par les détonateurs, les neoraptors, empreints d’une grande prudence, hésitèrent grandement à avancer et n’allèrent pas au-delà du pont. Le rapprochement de plus en plus accru des bips les dissuada encore plus de s’approcher et certains, ayant vus les Hommes poser ces étranges objets, craignaient un mauvais tour de leur part. Certains des procératosaures commencèrent à être gagnés par la méfiance et firent demi-tour, retournant vers le pont. Soudain, l’écart entre les bips se rétrécit tant qu’ils formèrent comme un bruit continu. Quelques secondes plus tard, le compte à rebours arriva à zéro et il eut une puissante explosion dont l’onde de choc renversa tous les animaux. La plupart, ayant été suffisamment éloignés, en ressortirent indemnes hormis une surdité temporaire mais trois des procératosaures, proches de l’entrée du tunnel au moment de l’explosion, avaient été pris dans la gerbe de flammes crée et leurs maigres restes reposaient maintenant sous un tas d’éboulis de plusieurs dizaines de tonnes condamnant le passage. La poursuite ayant été coupée court, les dinosaures revinrent dans la nécropole des guerriers, comptant revenir auprès de l’Indominus.

     Malgré la distance, l’explosion fut entendue par Grady et Sembène, toujours en chemin vers les tombeaux des nobles.  Se doutant que les troupes d’InGen venait de condamner un passage dans le but de stopper les dinosaures, ils réalisèrent qu’ils n’avaient maintenant pas d'autre choix que de continuer.  Quelques instants plus tard, ils entendirent l’I.rex pousser un appel, probablement depuis le tunnel de lave, et peu après, des neoraptors lui répondirent, leurs cris se répercutant contre les parois. En les écoutant attentivement, les soigneurs remarquèrent qu’ils se faisaient de plus en plus proches. Ils devaient se hâter.
L’entrée des tombeaux de la noblesse étant en vue, ils accélèrent la cadence et s’y précipitèrent à la recherche d’une cachette tandis que les neoraptors et les procératosaures remontaient le chemin en vitesse.


     Lorsque les mercenaires et les généticiens ressortirent à l’air libre, ce fut juste à côté des gradins du spectacle nocturne.
S’hasardant au-delà de la porte dérobée qu’ils venaient d’ouvrir, Torres tendit l’oreille et une fois qu’il s’eut assuré qu’il n’y avait personne à proximité, il fit longer au groupe les gradins jusqu’à leur extrémité nord où ils les remontèrent rapidement, tout près de la végétation dense qu’il y avait à ce niveau afin de pouvoir s’y cacher rapidement si besoin. Des lumières étant allumées au Grand Nublarian tout proche, ils comptaient sur la nuit et la pluie de cendres pour masquer leur mouvement.
Une fois au sommet, ils tournèrent sur leur gauche, se dirigeant vers le nord-est et pénétrèrent dans les jardins botaniques, s’étendant entre le zoo à l’ouest et le bras de mer à l’est où se jetait le Rio Iris. S’éloignant ainsi de la Cité, ils évitèrent d’emprunter les allées et coupèrent plutôt à travers la végétation, au cas où des gardes seraient en train d’y patrouiller. Ils en aperçurent un au travers d’un trou dans le feuillage d’ailleurs, un cavalier en train de remonter une allée au sommet d’une crête voisine, se dirigeant vers l’ouest.
Lorsqu’ils furent au milieu d’un sous-bois si dense qu’ils y étaient très bien cachés, Torres communiqua le plus discrètement possible leur position à l’hélicoptère de transport et définit un point de rendez-vous avec le pilote. Ils se remirent ensuite immédiatement en route et se dirigèrent vers le dit point de rendez-vous, situé au sommet d’une petite butte près de l’extrémité d’un vallon, en vue de l’embouchure du Rio Iris et surplombant une plage le long du bras de mer. Ils dévalèrent un talus et rejoignirent le chemin pavé qui suivait un ruisseau au milieu du vallon en direction du point de rendez-vous, à un peu plus de deux cent cinquante mètres de leur position.  Le chemin sinueux était bordé de part et d’autre de diverses plantes d’agrément et parfois, il venait traverser le ruisseau au niveau de pontons en pierre. Comme pour atténuer le sentiment oppressif dégagé par la végétation dense présente sur les talus ou les rideaux et blocs de fourrés et de hautes herbes çà et là dans le vallon, le doux clapotis du ruisseau avait quelque chose d’apaisant.
En voyant le Merlin apparaître dans le ciel et amorcer sa descente vers la butte, l’espoir de s’échapper sain et sauf d’Isla Nublar regagna les mercenaires et les scientifiques. Mais alors qu’ils continuaient de traverser le vallon et que l’hélicoptère se posait, ils entendirent une branche se craquer au-delà d’un rideau de hautes herbes derrière eux ainsi que le bruit de respiration d’un animal, caché parmi les herbes. Ils craignirent d’abord qu’il s’agisse de l’un des dinosaures échappés mais le son d’une bouche mordant dans un mors leur indiqua que ce n’était pas le cas et que l’animal en question était beaucoup plus familier des humains. Etant donné le contexte, cela ne les inquiéta qu’encore plus... Le cheval se mit à piaffer et son cavalier remua un peu dans sa selle.
     — Courrez ! Cria Torres.
     Ils prirent leurs jambes à leur cou et le cavalier sonna dans un cor, alertant tous les gardes à proximité. Puis, tenant dans une main les rennes de son cheval lancé à plein galop, il surgit des hautes herbes et commença à faire tournoyer le bolas qu’il tenait dans l’autre main alors que sa monture rattrapait les fuyards. De l’amont du vallon, d’autres cavaliers arrivèrent et des fantassins dévalèrent les talus de chaque côté du vallon. Tous convergeaient vers les employés d’InGen.
Le cavalier finit par lancer son bolas en direction du groupe et les poids vinrent s’enrouler autour des jambes de l’un des mercenaires, le faisant chuter face contre terre en plein dans sa course. Il regarda les autres s’enfuir avant d’être assommé par leur poursuivant d’un coup de crosse de fusil. Les autres cavaliers dépassèrent leur collègue et les fantassins commencèrent à franchir le ruisseau. Arrivant à proximité des fuyards, une partie commença à faire tournoyer leurs bolas au-dessus de leurs têtes tandis que d’autres, équipés de pistolets à fléchettes tranquillisantes, mettaient en joue les mercenaires.
D’autres bolas furent lancés. Les fuyards se dispersèrent et se mirent à courir en zigzags afin de les éviter au mieux mais l’un des mercenaires ainsi que l’un des généticiens furent cloués au sol et capturés. Dans la confusion, l’un des mercenaires paniqua et s’écarta considérablement du groupe, allant disparaître dans la jungle environnante.
Torres, trois des mercenaires, Wu et la moitié des généticiens entreprirent l’ascension de la butte en ahanant alors que l’hélicoptère leur semblait à la fois si proche et si lointain. Alors qu’ils montaient, Wu se retourna et vit le reste du groupe arriver, Preston parmi eux.
Ils redoublaient d’effort pour gagner le pied de la butte et les rattraper mais les gardes rétrécissaient la distance les séparant d’eux et ils furent bientôt à portée de tir. L’un d’eux, devant les autres, s’arrêta et mit en joue le groupe. Il tira et la fléchette vint s’enfoncer dans la cuisse de Preston. Le généticien retira la fléchette en gémissant et s’élança en avant pour tenter de s’échapper mais sa cuisse commença à s’engourdir et il se mit peu à peu à perdre le contrôle de sa jambe.
Un cavalier surgit de la végétation sur sa gauche et vint s’interposer entre lui et la butte.
     — Ivan ! Cria Wu.
     Deux autres cavaliers arrivèrent au niveau des retardataires et se mirent à décrire des cercles resserrés autour d’eux, les encerclant. Au moment où il fut sur le point de défaillir, Preston fut attrapé par le cavalier devant lui le jeta en travers de sa selle avant de chevaucher vers l’aval, emmenant le jeune généticien sous les yeux impuissants de Wu.
     — Professeur ! Lança soudainement Torres.
     Le second d’Hoskins saisit tout à coup Wu par la taille et le força à s’aplatir au sol. Des fléchettes passèrent au-dessus d’eux en sifflant avant d’aller se ficher dans l’herbe. Ils se relevèrent ensuite immédiatement et s’élancèrent vers le haut de la butte, tout proche, et l’hélicoptère.
L’un des mercenaires y était déjà parvenu et lorsqu’il monta dans l’habitacle, il se retourna pour lancer une salve contre leurs poursuivants mais avant même qu’il n’appuie sur la gâchette, Darbinian, qui l’avait vu se préparer à tirer, encocha promptement une flèche et tira alors que sa monture galopait vers la butte. La flèche vint transpercer la gorge du mercenaire et tout en se la tenant en poussant des bruits étouffés, il tomba en avant. Torres et les deux mercenaires restants arrivèrent et jetèrent presque les scientifiques dans l’hélicoptère avant de s’y engouffrer tandis que des flèches et des balles percutaient la tôle.  Une fois que le dernier d’entre eux eut posé le pied à l’intérieur de l’appareil, Torres hurla au pilote de décoller. Le Merlin s’éleva du sol et une fois suffisamment haut, décrivit un demi-tour pour prendre la direction de l’est.
Wu et les autres généticiens s’effondrèrent dans leurs sièges, en état de choc et terriblement inquiets pour leurs collègues capturés. Alors qu’il peinait à chasser de son esprit la vision de Preston emmené loin de lui par le cavalier, Wu leva les yeux vers Torres, assis en face de lui, et le vit lancer un regard plein de haine au travers de l’un des hublots, regardant les gardes arrêtés au niveau de la butte.
     — Des sauvages ! Ce ne sont qu’un ramassis de sauvages, de brigands et de putains ! Fulmina-il, La seule chose qui les différencie des bêtes c’est l’usage de la parole et le fait qu’ils savent se servir d’un flingue. Eux et leur pseudo-philosophie, leurs traditions… Un jour, leur maudit château-dragon brûlera et tombera en ruine tandis que les Cinq Morts dévoreront ce qui restera de cet ordre archaïque.
     Suivant le bras de mer et les mangroves sur la rive nord de ce dernier, l’hélicoptère passa au-dessus des docks de l’Est. Le Anne B y était toujours amarré et les généticiens et laborantins ayant déjà rejoints le navire attendaient toujours le dernier chargement ainsi que leurs collègues. Le Merlin braqua ensuite vers le nord-est, droit vers le continent.
     — Ne vous inquiétez pas cependant à propos du Docteur Preston. Ajouta-il à l’égard de Wu. Ils en étaient surtout après mes hommes et moi ainsi que vous-même.
     — Et s’ils l’interrogent ? Le gardent en otage ? Je m’en voudrais profondément si quelque chose venait à lui arriver. S’inquiéta Wu.
     — Auquel cas nous obtiendrons justice.  Cette insurrection ne fera pas long feu. J’ai hâte de voir leur gueules lorsqu’ils verront l’USS Errinwright pointer au large de l’île. S’ils survivent d’abord à ce que cette nuit leur réservera…
     Alors qu’ils survolaient le Pacifique sous un ciel d’encre, Wu jeta un dernier regard vers Isla Nublar. Plongée dans les ténèbres, seuls les feux dans sa partie nord trahissaient sa présence au milieu de la nuit. De temps à autre, des éclairs zébraient le gigantesque panache émit par le Sibo. Poussé par les vents du nord, il avait comme pris la forme d’une main qui étirait lentement ses doigts vers le sud et qui semblait bientôt prête à s’abattre sur l’île tout entière.

Son cheval piaffant sur place au sommet de la butte, Darbinian regarda l’hélicoptère d’InGen voler vers l’est, déçue et énervée qu’ils n’aient pas réussit à capturer Wu. Ils y étaient certes parvenus pour quelques-uns de ses généticiens subordonnés mais ignorant quel était leur degré d’implication exact dans la conception de l’Indominus voir même s’ils avaient été même impliqués, il existait la crainte que leur interrogatoire ne donne rien. Cependant, parmi eux, il y avait le Docteur Ivan Preston, connu pour être proche de Wu. Peut-être que ce dernier lui avait confié des secrets à propos de ses travaux. En attendant qu’on les ramène à Burroughs, on avait enfermé les captifs dans l’un des marauders et on n’attendait plus que la venue de Brunet, ce dernier comptant tenir une assemblée près de la butte.
A quelques mètres d’elle, le mercenaire qu’elle avait abattu agonisait toujours et les bruits qu’il poussait devenaient insupportables. Elle se détourna du bras du mer et vint auprès de lui pour le retourner sur le dos avec son pied. Du sang avait giclé entre ses doigts et continuait de sortir du trou crée dans sa gorge. Ses yeux roulaient dans ses orbites, il était à peine conscient. Darbinian dégaina sa dague et acheva le malheureux en enfonçant brutalement la lame en plein dans son cœur tandis que les autres gardes étant montés en haut de la butte regardaient la scène en frissonnant, mal à l’aise l’absence de sentiments sur le visage de la Russe à ce moment-là. Ils réalisèrent là que c’était loin d’être la première fois qu’elle tuait quelqu’un.
Lorsqu’il eut rendu son dernier souffle, Darbinian laissa son corps là et elle et ses collègues descendirent de la butte pour se diriger vers un promontoire non loin, orienté vers le nord-est, surplombant la rivière et donnant vers le Sibo et les Monts Brumeux.
Les gardes se rassemblèrent devant le promontoire et Brunet arriva peu après, monté sur un cheval noir robuste à l’encolure puissante et aux longs crins bouclés. Il monta au sommet du promontoire et de là, contempla l’assemblée et parla :
     — Mes frères et sœurs. Le choix que nous nous apprêtons tous à faire déterminera le cours de l’histoire de notre ordre. Commença-il solennellement. Le chemin que je compte emprunter est celui de la défiance et de l’insurrection.
     En répliquant contre les hommes de Torres et en les pourchassant eux et les généticiens, ils avaient déjà posé le pied sur le dit chemin mais là le Français parlait d’une guerre ouverte avec InGen, chose que Caer Draig n’approuverait jamais et tenterait même de stopper coûte que coûte avant que cela n’engendre des conséquences à échelle internationale pouvant conduire à une crise diplomatique. Alors qu’il écoutait le discours de Brunet, Drekanson commença à se caresser nerveusement la barbe et la peur des conséquences de cette déclaration d’insurrection se lut sur son visage.
     — Par crainte de représailles et de sanctions de la part de l’ONU, Störmer ne voudra pas que l’on lève la main contre les troupes d’InGen et tentera même de nous arrêter mais je refuse de courber l’échine et de laisser les pourfendeurs respirer davantage et la perfidie d’InGen impunie ! Ainsi je vous laisse le choix suivant : Venger nos camarades tombés et prendre le risque de tomber sous les balles ou d’être jeté en prison, ou ne pas intervenir et vivre le restant de vos jours en sachant que vous n’avez rien fait pour stopper InGen quand il le fallait. 
     Ceux qui étaient réticents à suivre Brunet dans sa vengeance l’écoutèrent, curieux de ce qu’il entendait dire par-là.
     — Car en vérité, les enjeux sont bien plus grands que vous ne l’imaginez : L’embuscade de l’Indominus sur mon peloton était un test d’arme et un jour, si on laisse faire, il se peut qu’elle soit retournée contre vos foyers et vos familles.
     Le souvenir de l’embuscade était encore très vivace chez les survivants du peloton de Brunet et quant autres pelotons, ils avaient perdus des amis dans cette même embuscade. Ainsi, à cause du traumatisme induit par l’attaque, une grande majorité des gardes nourrissait une haine profonde envers ceux qui avait l’avait organisée et étaient bien décidés à les faire payer.  En soulevant la crainte que d’autres I.rex soient créés et vendus en tant qu’armes, Brunet persuada quelques-uns des réticents à rejoindre la cause.
     — Je vous fais le serment que je ne céderais pas sans combattre ! Il se peut que la mort m’attende à la fin mais si tel est mon destin, ainsi soit-il. Je vous laisse le choix. Qu’il soit judicieux ! Que ceux qui comptent se joindre à moi s’avancent de cinq pas en avant.
     Sans grande surprise, ce fut Darbinian qui s’avança la première, rapidement suivie de Rössler, Maathai et de Yu qui lâcha un « Pour Mei ! » à mi-voix. En voyant leur lieutenant se joindre à Brunet, nombre des soldats de son peloton suivirent et les Forrester vinrent se mêler eux, puis ce fut au tour du reste de la garnison de Nublar et même Drekanson, qui avait observé non sans effroi le désir de vengeance consumer les autres gardes, se résigna à rejoindre les mutins, comme s’il avait espoir qu’il pouvait calmer les ardeurs guerrières de ses camarades, spécifiquement celles de Brunet, et empêcher de l’intérieur la mutinerie de dégénérer.  Les rares qui hésitaient s’avancèrent eux aussi. Parmi eux, Velasquez était déchiré en son for intérieur : d’un côté, il désirait faire payer les assassins de Turner et de Tian, et de l’autre, il se refusait à croire que son cousin Cortès ait pu jouer un rôle dans cette affaire. Il savait qu’il avait déjà fait des choses peu recommandables alors qu’il était homme de main ou simple mercenaire mais participer au massacre de soldats étrangers considérés officiellement comme des alliés était bien au-delà des limites de sa moralité. Velasquez espérait trouver un moyen de s’entretenir avec lui et lui demander si oui ou non il était présent durant le meurtre de ses collègues, avant que les autres gardes ne le tuent ou pire.
     —  Je vais laisser qu’une occasion et une seule aux pourfendeurs de se rendre. S’ils ne la saisissent pas alors que Dieu ait pitié de leurs âmes car nous n’en aurons aucune !
     Brunet dégaina son sabre et en dressa la pointe haut vers le ciel.   
     — Pas de pitié ! Entonnèrent la plupart des autres gardes, complètement galvanisés, en dressant haut leurs armes. Pas de pitié ! Répétèrent-ils.
     Leurs cris couvrirent partiellement le fort grondement qui parcourrait les entrailles de l’île, grondement qui fut suivit par une réplique sismique de magnitude intermédiaire qui les fit chanceler un peu. Juste après, une partie du flanc oriental du Sibo explosa, projetant des bombes volcaniques en direction du sud-est, droit vers la Montagne Hantée et la jungle sur ses pentes.


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#154 24-12-2018 09:54:27

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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

The Geeky Zoologist a écrit :

Cool. J'ai hâte d'avoir tes retours sur les chapitres sortis entretemps.

Je ferait ça quand j'aurai fini ma fic qui est plus en stade de procrastination qu'au stade d'avancement en ce moment. ^^


"Dans d'autres siècles, les êtres humains voulaient êtres sauvés, ou améliorés, ou libérés, ou éduqués. Mais dans le nôtre, ils veulent êtres divertis. La grande peur de notre siècle n'est pas la maladie ou la mort, mais l'ennui. Un sentiment de temps libre entre nos mains. Un sentiment de ne rien faire. Le sentiment de ne pas être divertis."
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#155 27-12-2018 18:17:06

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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

J'attendais que toutes les parties de ce chapitre soient publiées pour pouvoir donner un avis sur celui-ci :
Eh ben j'ai beaucoup aimé ce chapitre. J'ai surtout adoré la partie exploration dans la montagne et les événements qui y sont liés. wink smile

Spoiler: Cliquer pour lire

L’idée d’une civilisation antérieure aux Tun-Si est vraiment bien trouvée, c’est intéressant. J’avais l’imp De lire une aventure d’Indiana Jones avec l’aspect exploration et histoire)

Les parties avec les mercenaires et les gardes gris sont pas mal mais moins que les autres selon moi.

Spoiler: Cliquer pour lire

Je ne saurais expliquer pourquoi mais je trouve que l’insurrection des gardes gris c’est un peu too much. Par contre sympa le côté nostalgique avec Wu qui redécouvre une vielle photo et son amitié avec un autre scientifique

En tous cas j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce chapitre ! smile

Dernière modification par JurassicOne (27-12-2018 23:53:53)


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#156 28-12-2018 11:01:50

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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

JurassicOne a écrit :

Eh ben j'ai beaucoup aimé ce chapitre. J'ai surtout adoré la partie exploration dans la montagne et les événements qui y sont liés. wink smile

Spoiler: Cliquer pour lire

L’idée d’une civilisation antérieure aux Tun-Si est vraiment bien trouvée, c’est intéressant. J’avais l’imp De lire une aventure d’Indiana Jones avec l’aspect exploration et histoire)

Spoiler: Cliquer pour lire

Toute la partie à l'intérieur de la montagne fait principalement penser à Indiana Jones, Tomb Raider ou Uncharted en effet mais il y aussi de grosses inspirations du côté de chez Tolkien et les adaptations de ses œuvres (les passages dans la Moria et au Chemin des Morts dans le SDA, à Gobelinville et Dol Guldur dans Le Hobbit... mais aussi le récit de la chute de Numénor pour tout ce qui concerne le culte dans le temple), les quêtes de donjon des The Elder Scrolls (dit texto par Grady lorsqu'il fait référence à Skyrim), le film Le Treizième Guerrier de John McTiernan (lorsque les personnages vont dans l'antre des Wendol, la tribu primitive qui ne cesse d'attaquer les vikings) mais il y a également un petit parfum à la Aliens lors de la poursuite je trouves. Il y aussi une petite référence aux films La Momie de Stephen Sommers lorsque Sembène dit "Je déteste les momies", phrase qui fait écho à l'une des répliques fétiches de Rick O'Connell, le personnage incarné par Brendan Fraser dans ces films.


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#157 28-12-2018 11:59:03

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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

The Geeky Zoologist a écrit :

Spoiler: Cliquer pour lire

Toute la partie à l'intérieur de la montagne fait principalement penser à Indiana Jones, Tomb Raider ou Uncharted en effet mais il y aussi de grosses inspirations du côté de chez Tolkien et les adaptations de ses œuvres (les passages dans la Moria et au Chemin des Morts dans le SDA, à Gobelinville et Dol Guldur dans Le Hobbit... mais aussi le récit de la chute de Numénor pour tout ce qui concerne le culte dans le temple), les quêtes de donjon des The Elder Scrolls (dit texto par Grady lorsqu'il fait référence à Skyrim), le film Le Treizième Guerrier de John McTiernan (lorsque les personnages vont dans l'antre des Wendol, la tribu primitive qui ne cesse d'attaquer les vikings) mais il y a également un petit parfum à la Aliens lors de la poursuite je trouves. Il y aussi une petite référence aux films La Momie de Stephen Sommers lorsque Sembène dit "Je déteste les momies", phrase qui fait écho à l'une des répliques fétiches de Rick O'Connell, le personnage incarné par Brendan Fraser dans ces films.

Je passe pour un inculte si je dis que, parmi toutes tes sources d'inspirations, je ne connais assez bien qu'Indiana Jones (tout de même) et Tomb Raider (seulement de nom et grâce à son perso principal) et que le reste je n'ai vu aucun de ces films et joué à aucun de ces jeux ?

Dernière modification par JurassicOne (28-12-2018 12:47:47)


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#158 28-12-2018 14:38:19

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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Concernant Le Treizième Guerrier et La Momie, ce sont des films datant des années 90 et du tout début des années 2000 et vu que tu as, si je ne m'abuses, entre 18 et 20 ans je crois, tu n'as pas dû connaître leurs sorties ou même en entendre parler plus jeune (surtout que Le Treizième Guerrier n'avait pas bien marché au Box-office et est donc un peu tombé dans l'oubli en dehors des cercles cinéphiles) si ce n'était pas le genre de films que regardaient tes amis ou tes parents.

Pour The Elder Scrolls et Uncharted, ça a beau être de grosses franchises vidéoludiques avec des millions de fans, si les jeux-vidéos ne sont pas ton truc ou que tu les a délaissés depuis un certain temps, il se peut que ça te soit passé à côté.
Je n'y ais jamais joué à titre personnel mais je les ai connus via des playthroughs sur Youtube ou en tombant sur leurs bandes-annonces en publicité sur cette même plateforme.


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#159 28-12-2018 15:08:08

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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

The Geeky Zoologist a écrit :

Concernant Le Treizième Guerrier et La Momie, ce sont des films datant des années 90 et du tout début des années 2000 et vu que tu as, si je ne m'abuses, entre 18 et 20 ans je crois, tu n'as pas dû connaître leurs sorties ou même en entendre parler plus jeune (surtout que Le Treizième Guerrier n'avait pas bien marché au Box-office et est donc un peu tombé dans l'oubli en dehors des cercles cinéphiles) si ce n'était pas le genre de films que regardaient tes amis ou tes parents.

Effectivement j'ai 19 ans et tout ce que tu dis là est totalement vrai à part que je connais la Momie mais seulement de nom. wink

Pour The Elder Scrolls et Uncharted, ça a beau être de grosses franchises vidéoludiques avec des millions de fans, si les jeux-vidéos ne sont pas ton truc ou que tu les a délaissés depuis un certain temps, il se peut que ça te soit passé à côté.
Je n'y ais jamais joué à titre personnel mais je les ai connus via des playthroughs sur Youtube ou en tombant sur leurs bandes-annonces en publicité sur cette même plateforme.

En fait j'aime bien les jeux vidéos mais pas ce type de jeu car trop violent à mon goût. Mais je les connais de nom également. wink


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#160 30-01-2019 14:55:36

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Re : Jurassic World (par The Geeky Zoologist)

Bonjour à tous,

En plus de mettre ici la première partie du chapitre 15 : Le Temps des Loups, aujourd'hui, je vous annonce que celui-ci sera le dernier à être publié sur le topic même. En effet, afin de, je l'espère, créer un effet d'anticipation plus prononcé, je ne révélerais les trois derniers chapitres et l'épilogue dans la version 1.0 du PDF final qui, selon mon retroplanning, devrait être mis en ligne au début du mois de juillet.
Lorsque la troisième et dernière partie du Temps des Loups sortira aux alentours de la troisième semaine de février, je mettrais en ligne un PDF regroupant tous les chapitres sortis jusque-là afin de donner la possibilité de lire l'histoire à ceux qui attendaient qu'elle soit suffisamment avancée pour commencer la lecture.
D'ici là, je vous souhaite une bonne lecture du début du Temps des Loups.



                                                       Chapitre XV : Le Temps des Loups
                                                                          (partie 1/3)


     Une dizaine de minutes avant l'explosion d'une partie du flanc est du Mont Sibo, les pourfendeurs et les mercenaires ayant accourus pour les aider sortirent du Chemin des Morts et regagnèrent l'entrée du défilé y conduisant.
     — Où sont les deux soigneurs ? Demanda Cortès.
     — On les a perdus lors de la fuite. Répondit Sherman. Je crois qu'ils ont disparus juste avant qu'on entre dans la Nécropole des Guerriers.
     — Quand la Meute fondait droit sur nous ? Ils ont dû être mis en pièces…
     Soudain, leurs radios se mirent à grésiller et ils entendirent la voix du commandant Torres.
     — Alerte à toutes les unités ! La Garde s'est insurgée contre nous, je répète la Garde s'est insurgée. Ils ont déjà eu quatre de nos hommes. Ne retournez pas à la Cité !
     A cet instant, Torres et ses hommes n'avaient pas encore atteints les gradins du spectacle nocturne et courraient toujours dans les Profondeurs.
     — Une insurrection ? Fit Custer, perturbé par cette nouvelle pour le moins surprenante. Comment ? Pourquoi ?
A observer l'attitude et le regard des pourfendeurs, il se rendit compte qu'ils avaient quelque chose à voir là-dedans.
     — Comment ont-ils découvert que nous étions les responsables ? Fit l'un d'eux. Personne d'autre n'était là !
     — La jungle avait des yeux et des oreilles visiblement. Dit Arana. Les rumeurs sont vraies, les gardes savent parler aux bêtes et aux oiseaux !
     — Ne dis pas de sornettes ! Lui rétorqua Ford. Quelqu'un nous observait…
     — Quoiqu'il en soit ils veulent nos têtes maintenant ! Retournons aux véhicules et partons loin d'ici ! Fit McNamara.
     Mais alors qu'ils s'apprêtaient à partir, une partie des mercenaires supposés garder le bassin arriva en courant.
     — Sherman ! Les véhicules ont été sabotés ! Lui informa l'un des arrivants.
     Il aurait dû s'en douter. Les gardes avaient envoyés des hommes les espionner et dès que ces derniers avaient été informés de la découverte du fait que les pourfendeurs étaient responsables de l'attaque que le peloton de Brunet avait subi, on avait dû leur ordonner de saboter les véhicules pour empêcher les troupes d'InGen de partir en attendant que les gardes arrivent en nombre pour s'occuper d'eux.
     — Cela ne sert plus à rien de retourner au camp, ils nous attendront là-bas. Nous devons rester dans l'obscurité de la jungle mais ne nous attardons pas ici. Déclara Sherman. Les saboteurs sont probablement en train de nous surveiller… Custer, rappelez les hommes qui sont encore au bassin et dîtes-leur de nous rattraper.
     Suivit par ses hommes et les mercenaires, Sherman se mit en marche en direction du sud-est.
     — Et l'I.rex et ses sbires ? Ils pourront sortir de la montagne si plus personne ne garde le bassin. Fit remarquer Cortès.
     — Avec les dinosaures d'un côté et les gardes de l'autre, les hommes laissés là-bas seraient en grand danger si on leur demandait de rester. Dit Sherman. De plus, plus nous serons nombreux, moins ces deux parties seront tentées de nous attaquer.
     — Rappelons l'Archangel et tirons-nous d'ici ! Suggéra Faraci.
     — On ne pourra pas tous monter dedans, lui rappela Sherman, et je refuse de partir en laissant l'un de vous derrière ou en les abandonnant à leur sort. Cela arrive à cause de nous. Custer, vous et les autres évacuerez en priorité.
     Custer acquiesça et Sherman se tourna vers Parker.
     — Tu iras avec eux, Damian.
     — Non, je suis un pourfendeur ! Ma place est à vos côtés ! Je ne partirais pas sans toi et Olivia. Protesta le jeune homme.
     — Tu ne sembles pas réaliser que nous nous sommes plus en train de chasser mais en guerre désormais. Lui dit Sherman. Parmi les gardes, il y a des gens qui ont déjà tué de sang-froid, maintes fois, et qui n'hésiteraient pas une seule seconde à t'arracher le cœur parce que tu portes ce casque et arbores sur ton bras le tatouage de Saint Georges ! Nous ne sommes plus que des proies à leurs yeux… Tu monteras dans l'Archangel, c'est un ordre, pas une demande…
     Parker baissa les yeux et acquiesça à contrecœur.
     — Une fois qu'ils seront évacués, où irons-nous ? Demanda Olsen à Sherman.
     Ce dernier pointa le sommet sud des Monts Brumeux, visible au travers d'une trouée alors qu'ils s'approchaient du haut d'une pente.
     — Au sommet de cette montagne. L'endroit est assez proche de la côte et aisément défendable face à des ennemis montant les pentes. Nous y tiendrons jusqu'à l'arrivée d'une équipe d'extraction. Mais il faut nous hâter si on ne veut pas qu'on nous barre la route !


     Barry Sembène plaqua la paume de ses mains contre la surface interne du couvercle de pierre et en tendant les bras en avant, parvint à le soulever pour le décaler sur le côté, n'ouvrant que partiellement le sarcophage dans lequel il s'était enfermé. Il hasarda un regard au travers de l'ouverture formée et balaya le tombeau avec sa lampe torche. Il n'y avait rien ni personne, les dinosaures étant partis. Il poussa davantage le couvercle, jusqu'à ce qu'il puisse se redresser sur son séant, inhaler un air plus frais et surtout éloigner son visage de celui tout desséché de la momie occupant le sarcophage et à côté de laquelle il avait dû se résoudre à s'allonger pour se cacher de la Meute en train de regagner le grand tunnel de lave. A quelques mètres de là, un autre sarcophage s'ouvrit de l'intérieur et Grady s'y redressa. Les deux soigneurs restèrent silencieux quelques instants, s'assurant qu'ils étaient seuls. Une fois que ce fut le cas, Grady sortit de son sarcophage et vint rejoindre Sembène, plus proche de la sortie.
     — C'est la dernière fois que je m'allonge avec une momie. Déclara ce dernier alors qu'il s'extirpait de son sarcophage.
     — Elles ne sont pas très causantes, je sais. Sans parler de leur rigidité. Dit Grady. Ça m'étonne que tu ne les aimes pas alors que vous autres Français en avez-une comme première dame. Lança-il d'un air taquin.
     — Sa place n'est pas à l'Elysée mais dans un musée !
     Comme pour évacuer la tension précédemment accumulée, ils se permirent de lâcher un rire et de se reposer un instant.
     — Remettons-nous en route. Finit par dire Sembène.
     Ils remirent leurs lunettes de vision nocturne et revinrent à la chambre où ils avaient trouvés l'Irex mort-né, dont il ne restait plus que quelques restes calcinés, et s'approchèrent de la brèche pour vérifier qu'il n'y avait pas de prédateur à proximité. Bien que le tunnel eut été aussi vide et silencieux qu'il l'avait été pendant des siècles, les deux soigneurs étaient appréhensifs à l'idée de s'y aventurer.
     — Espérons qu'on soit en queue de file et non pas au milieu. Dit Sembène.
     Ils franchirent la brèche et descendirent le tunnel, progressant vers l'ouest.


     La mission semblant s'éterniser, Dearing et Leon patientaient du mieux qu'il pouvait dans la jeep de Grady. Ils étaient restés tendus un long moment, craignant à tout moment qu'Hoskins et ses hommes ne s'agitent sous leur tente suite à la réception d'un appel radio les informant que la mission avait tourné au vinaigre, mais de quelconques nouvelles n'arrivant pas depuis que les pourfendeurs étaient entrés dans la Montagne Hantée, ils n'en eurent pas et leur tension se relâcha peu à peu. L'ex-directrice et le stagiaire avaient parlés de banalités pendant quelques minutes puis une fois qu'ils avaient eu épuisés tout sujet de conversation qui leur venait à l'esprit, la première s'était calée dans son siège pour s'assoupir et enfin s'endormir.
Ce ne fut que le besoin d'aller aux toilettes qui la réveilla. En ouvrant les yeux, elle se rendit compte que le pare-brise s'était recouvert d'une pellicule de cendres. Dearing mit la clé du véhicule dans le contact et activa les essuie-glaces qui révélèrent au-dehors un monde de ténèbres dont la seule couleur en dehors du noir semblait être désormais un gris sombre. Pareille à une chute de neige, la cendre tombait tout autour et si jamais elle avait été d'une couleur plus claire, voir blanche, elle aurait évoquée une ambiance hivernale digne d'un mois de décembre dans les hautes latitudes de l'hémisphère nord.
Le bruit des essuie-glaces en train de nettoyer le pare-brise réveilla Leon, qui s'était lui aussi assoupit.
     — Leon ? Je ne me souviens plus s'il y a des chiottes par ici. J'ai envie de pisser…
     — Dans le bâtiment de nuit. Première porte sur votre gauche en entrant, juste à côté du placard à balais. Répondit-il de sa voix à moitié endormie.
     — Ok, merci. Je reviens vite…
     Elle tourna la clé dans le contact afin d'éteindre le moteur mais la laissa là avant de sortir du véhicule et de s'avancer vers la tente, ayant reçu plus tôt l'instruction de venir voir les hommes d'Hoskins si elle devait aller quelque part. Là, Hoskins avait une radio en main, écoutant attentivement ce que son interlocuteur disait, mais son attitude était nerveuse et les deux mercenaires qui étaient avec lui le regardaient d'un air inquiet. La mission avait-elle mal tourné en fin de compte ?
Avant qu'elle ne puisse poser la question, un troisième mercenaire apparut devant elle. Il s'agissait d'une femme blonde d'une quarantaine d'années assez grande et au physique amaigri avec des joues creusées. Elle semblait arborer en permanence un air fatigué à cause des cernes qui bordaient ses yeux. Une odeur de tabac émanait d'elle.
     — Que voulez-vous ? Lui demanda-elle sèchement de sa voix râpeuse.
     — J'ai juste besoin d'aller aux toilettes. Répondit Dearing.
     — Ah c'est problématique ça… Dit un quatrième mercenaire, un jeune homme fringant ayant entre vingt-cinq et trente ans. Je n'en vois pas et nous ne pouvons-nous aventurer dans la jungle pour vous trouver un coin tranquille.
     — Il y en a dans le bâtiment, abruti ! Rétorqua la mercenaire à son collègue. Allons-y, dit-elle sèchement à Dearing, et toi aussi. Pas question que je monte la garde toute seule.
     Ils marchèrent jusqu'au bâtiment de nuit et une fois au niveau de l'entrée sous son auvent, la mercenaire ouvrit la porte et intima Dearing d'entrer d'un signe de la tête tout en sortant un paquet de cigarettes de la poche de son treillis.
     — Vous avez deux minutes. Dit-elle à Dearing avant de porter une cigarette à sa bouche et de l'allumer.
Dearing trouva les toilettes comme Leon le lui avait indiqué. Ces dernières étant assez proches de la porte d'entrée, elle pouvait toujours entendre de là les mercenaires parler :
     — Comment tu peux fumer au milieu de cette pluie de cendres ? Demanda le plus jeune à sa collègue. T'as pas peur de te dessécher la gorge.
     — Qu'est-ce qui a ? Tu veux l'humidifier peut-être ? On fait ça quand tu veux mon mignon ! Lui lança-elle d'un air taquin.
     — Oh doucement la cougar où j'appelle les services de la faune sauvage pour qu'ils viennent s'occuper de toi ! T'es pas repoussante crois-moi, bien que tu pues la clope, mais t'est presque assez vieille pour être ma mère je te signale !
     — L'âge est juste un nombre mon petit…
     — Ne m'appelle pas mon petit ! Ça me met mal à l'aise…
     Deux minutes plus tard, Dearing sortit des toilettes et du bâtiment. Elle et les deux mercenaires s'en éloignèrent pour revenir vers la tente mais alors qu'ils faisaient cela, l'un des mercenaires sous la tente sembla soudain abordé par l'écran de l'ordinateur portable où les retransmissions des caméras des achillobators étaient affichées. Il tourna la tête dans leur direction et au milieu de son visage blême, ses yeux s'écarquillèrent en grand. Il ouvrit la bouche comme pour pousser un cri et les avertir mais avant même qu'il puisse le faire, le jeune mercenaire, fermant la marche, fut brutalement poussé par terre la face contre la terre battue et la cendre. Il tenta de se relever aussitôt mais un pied posé sur son dos l'en empêcha et un objet pointu et recourbé s'enfonça dans l'un de ses reins, lui soulevant un hurlement de douleur. Sa collègue et Dearing se retournèrent et poussèrent de concert un seul et même cri de terreur.
L'un des achillobators, Echo, avait la griffe en forme de faucille de son pied gauche enfoncé dans le corps du jeune mercenaire et sa gueule balafrée, éclairée par la lampe torche de la mercenaire blonde, ne se trouvait qu'à quelques centimètres du visage des deux femmes, balayant chacune du regard et la caméra accrochée à son crâne retransmettant leur image à la tente. Echo répondit à leur cri en émettant un sifflement à peine perceptible et alors qu'elles commençaient à prendre leurs jambes à leur cou, elle abaissa sa tête pour tordre la tête de sa proie. Un autre cri retentit à l'opposé du camp et avant que le mercenaire l'ayant poussé puisse réagir, Delta bondit et s'agrippa sur lui en enfonça ses griffes dans son abdomen. Etant bien plus grande que lui et pesant autant qu'un gros tigre mâle, le soldat bascula tout de suite en arrière et alors qu'il tombait, elle referma ses mâchoires sur son crâne avant de secouer vivement son cou, tirant la tête du mercenaire vers le haut jusqu'à déchirer son cou.
Hoskins et ceux restés jusque-là sous la tente entendirent du bruit dans les fourrés voisins et prirent la fuite, sprintant vers leur hummer. Blue et Charlie émergèrent de la jungle à leur tour et prirent en chasse les fuyards.
     Non seulement, les achillobators s'étaient rapprochées du camp en toute discrétion, prenant tout le monde au dépourvu, mais elles évitaient de pousser le moindre son même pendant leur attaque, comparable d'une certaine manière au vol silencieux d'une chouette s'apprêtant à fondre sur sa proie dans les ténèbres de la nuit, ce qui leur donnait un côté irréel accentué par le bruit doux que produisait leur course sur la cendre.
     Tandis que Charlie rattrapait Hoskins et les mercenaires encore avec lui, Blue repéra Dearing et la mercenaire avec elle et s'élança dans leur direction toutes griffes dehors et le cou tendu en avant, traversant le camp en un battement de cil. L'apercevant juste à temps, Dearing plongea en avant au moment où l'achillobator bondit vers elle, ce qui fit qu'au lieu d'atterrir sur elle, Blue percuta et renversa la mercenaire qui perdit l'arme de poing qu'elle tenait dans sa main. Dearing se redressa immédiatement et courut en direction de la jeep alors que l'achillobator bleue se rééquilibrait. La partenaire de son soigneur la distançant, Blue se focalisa plutôt sur la mercenaire qu'elle avait fait tomber à plat ventre. Cette dernière tenta bien de se relever pour suivre Dearing mais Blue l'arrêta en enfonçant l'une de ses griffes en forme de faucille dans sa cuisse. Les traits de la soldate se déformèrent sous la douleur et elle gémit mais avant que l'achillobator ne vienne la mordre, elle dégaina son poignard et se retourna vivement, prenant par surprise Blue qui évita in-extremis un coup porté en direction de son poitrail.
Alertée par le cri de douleur de la mercenaire, Dearing se retourna et la vit en train de lutter avec Blue, tentant de la poignarder à chaque fois qu'elle baissait la tête dans le but de la mordre, ne parvenant qu'à claquer des mâchoires. Elle voulut aider la mercenaire mais n'ayant aucune arme à feu à portée, elle dû se résoudre à crier et à jeter des cailloux sur le prédateur pour tenter de l'éloigner de la soldate mais rien n'y fit, Blue était totalement centrée sur sa proie et à la manière d'un aigle luttant contre un renard qui osait riposter alors qu'il jouait le rôle de la proie et non du prédateur, elle battait des ailes et sautillait sur place tout en sifflant avec véhémence.
     De son côté, Charlie avait réussi à attraper un autre des mercenaires par la cheville mais sa nature espiègle l'avait poussé à vouloir jouer avec lui avant de le tuer et ainsi, elle ne lui avait porté aucun coup mortel pour le moment. Alors qu'elle s'amusait avec sa jambe, ne cessant de la mordiller et de la remuer dans tous les sens possibles, il parvint à dégainer son arme de poing et tira une balle dans le flanc de l'animal. Ce dernier grogna de douleur et s'énerva, ouvrant grand la gueule et prêt à se jeter sur la gorge du mercenaire. C'est alors qu'un coup de feu tiré derrière lui et Charlie, abattue d'un tir à la tête, s'effondra raide morte.
Une main releva prestement le mercenaire, celle d'Hoskins. Le directeur de la division sécurité, tenant dans son autre main un pistolet au canon encore fumant, tira le blessé vers lui et le jeta presque à l'intérieur du hummer mais au moment où il voulut aider la mercenaire aux prises avec Blue, cette dernière terrassa sa proie.
     Après avoir évité de justesse un coup qui lui aurait tranché le doigt, Blue avait mordu le bras tenant le poignard avant de tirer dessus et de le déboîter, le rendant inutile. Sa proie alors désarmée, elle lui avait lacérer de ses griffes le visage d'un coup si vif, profond et puissant, s'enfonçant dans les chairs, qu'il l'avait réduit en lambeaux et crevé l'un des yeux.
Au moment où Hoskins tourna le regard vers elles, le raptor acheva sa proie en refermant ses mâchoires autour de son cou avant de lui arracher la gorge.
Ne pouvant plus rien faire, Hoskins prit place à côté du mercenaire blessé sur la banquette arrière, referma promptement la portière et ordonna à celui s'étant installé au volant de partir.
     Dearing quant à elle, s'était précipitée au même moment dans la jeep où Leon l'attendait complètement épouvanté après avoir regardé l'ensemble de l'attaque. Le hummer d'InGen Security les dépassa et s'engagea sur la piste menant à la réserve et à la volière de la Cartago.
Elle voulut le suivre et lorsqu'elle tourna la clé dans le contact, les phares s'allumèrent mais le moteur, en partie encrassé par la cendre, ne voulut pas démarrer. Elle réessaya, sans succès, et en regardant au travers de la lunette arrière, Leon vit que le hummer ne s'était même pas arrêté pour les attendre.
     — Putain, démarre ! Rugit Dearing en tapant de la paume de sa main sur le volant avant de jeter un regard inquiet aux achillobators dont les ombres se détachaient sur la seule source de lumière aux alentours, celle provenant de la tente.
Occupées jusque-là à dévorer les corps des mercenaires qu'elles avaient tués, elles s'étaient cependant rapprochées de celui de Charlie et le poussaient du bout du museau, comme pour tenter vainement de la réveiller.
Mais les crachotements du véhicule troublant leur instant de deuil, elles s'agacèrent et se tournèrent vers la jeep avant de se détourner du corps de leur sœur tombée et de s'évanouir dans l'obscurité.

     Croyant que la jeep de Dearing les suivait, Hoskins et les mercenaires survivants roulaient droit vers l'ouest, comptant fuir l'enclos des achillobators.
Juste avant que Dearing n'aille aux toilettes, Hoskins avait été contacté par radio par Torres, alors dans le Merlin en train de regagner le continent, pour l'informer de l'insurrection de la Garde. S'ils fuyaient, c'était non pas à cause des dinosaures mais des insurgés, craignant que ces derniers viennent les chercher au camp et ils roulaient vite en direction de la réserve dans l'espoir de ne pas les croiser sur l'une des routes menant au Secteur Un et à Burroughs. Hoskins s'aperçut que la jeep de Dearing n'était pas derrière eux et que l'ex-directrice du parc et le stagiaire qui l'accompagnait étaient encore à l'enclos. Sur le moment, il ne se préoccupa pas de leur sort et considéra même cette situation comme leur étant bénéfique puisque personne n'aurait su dans quelle direction le hummer serait partit.
     Il sortit son téléphone, composa un numéro et une fois son contact au bout du fil, il lui exposa la situation :
     — Susan. La situation est en train de partir en vrille ici ! Les achillobators nous ont attaqués par surprise, les néoraptors et les procératosaures se sont joints à l'I.rex, et la Garde Grise s'est insurgée contre nous ! Torres et Wu ont faillis être capturés !
     — Une insurrection de la Garde Grise, que dîtes-vous ? Fit Lynton, surprise.
     — Ne jouez pas les étonnées, Susan, vous êtes responsable de cela ! L'accusa Hoskins. C'est vous qui avez, sans m'en informer et sans mon consentement, ordonné aux pourfendeurs de se rendre sur Nublar pour envoyer l'indominus sur les gardes. Et pendant que vous êtes assise confortablement en sécurité au siège, mes hommes et moi sommes en danger de mort ! Je vous ais prévenue tout à l'heure que vous aviez fait une erreur pouvant mettre en péril toute notre opération.
     — Et vous n'avez rien fait pour empêcher les gardes de s'entretenir avec les neveux de Dearing ! Lui rétorqua-elle violemment. Il me semble que vous étiez d'accord que dans le cas où l'I.rex viendrait à s'échapper et à semer le chaos, qu'on en profite pour collecter des données sur elle afin de monter un dossier destiné aux potentiels acheteurs, histoire de limiter la casse. L'I.rex aurait attaqué les gardes tôt ou tard. Nous n'avons fait que…
     — Lui donner un petit encouragement ? Poignarder des alliés dans le dos n'est jamais une bonne solution !
     — Des alliés ? Répéta la vice-présidente d'InGen. La garde grise n'a été de toute son existence qu'une épine dans notre pied. Tout sauf des alliés ! Une nuisance au mieux… Tout ça parce que Masrani a signé ce maudit traité de San José ! Les gardes veulent la guerre ? Ils l'auront !
      « InGen est en grand péril, Vic. En tant que vice-présidente, mon devoir est d'agir pour sauver la compagnie et cela m'amène à prendre des décisions pragmatiques, quitte à sacrifier la vie de quelques soldats étrangers…»
     — Il y avait aussi des citoyens américains parmi ceux que l'Irex a tué et que les pourfendeurs ont assassinés ! S'indigna Hoskins. Leur sang est sur vos mains !
     — On ne fait pas d'omelettes sans casser quelques œufs. Se justifia Lynton. Vous êtes décidément qu'un ingrat, Vic. C'est ainsi que vous me remerciez alors que je vous ai soutenu dans votre démarche et fait la promotion de votre petit projet auprès de certains de mes amis du complexe militaro-industriel et du gouvernement. Et depuis quand vous préoccupez du fait que l'I.rex ait fait des victimes ? C'est son putain de but ! Nous avons tous deux demandé à Wu de le concevoir ainsi… Si vous avez un accès de conscience soudain, c'est trop tard mon cher. Vous connaissiez les tenants et les aboutissants du projet depuis le départ !
     Le hummer arriva au portail de la réserve. Le mercenaire assit à côté du chauffeur descendit pour ouvrir le portail et laissa passer le véhicule avant de refermer derrière eux en se contentant de faire coulisser le portail. Lorsqu'il fut de nouveau à bord, ils repartirent.
     — Sa grande intelligence et le fait qu'il puisse commander d'autres espèces après avoir appris leur façon de communiquer peut être effrayant. Moi, j'y vois une opportunité. Déclara-elle. Grady aurait déclaré que son agressivité est due à son isolement. Corrigeons-cela. Imaginez qu'on en élève un autre mais qu'au lieu qu'il grandisse tout seul dans une cage et qu'il ne soit confrontée aux humains que lors des nourrissages, qu'il soit soumis à un contact prolongé, presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre, comme ça a été fait avec des jeunes grands singes et leurs soigneurs et même entre Grady et ses achillobators. Si on parvenait à lui inculquer l'idée que nous lui sommes bénéfiques, qu'on lui veuille aucun mal et qu'en retour il ne nous porte pas atteinte, voir même qu'on réussisse à lui faire apprendre le langage des signes… Il pourrait servir d'intermédiaire entre nous et les dinosaures prédateurs inférieurs qu'il aurait soumis. Qui le contrôle, les contrôle également… Un instinct prédateur déjà présent, une croissance rapide, pas de revendications sociales, pas de salaire, pas de famille de laquelle se languir, pas de sentiments humains les refrénant… Des troupes idéales en sommes. Nous les donnerons à quiconque voudra mettre le prix.
     — Quiconque ? Fussent-ils des groupuscules terroristes ou les ennemis de notre pays ? A des gouvernements voulant écraser des manifestations pacifiques ? Lui demanda Hoskins sur un ton insistant.
     — Nous sommes une compagnie privée, Vic. L'histoire a maintes fois montré que l'argent n'a que faire du patriotisme ou de l'humanisme.
     — Cela dépasse les bornes… Je vais me rendre aux gardes et tout leur expliquer, même s'ils risquent de me lyncher ! La défia Hoskins. Et j'informerais ou ferais informer aussi le Conseil de Sécurité des Nations Unies ainsi que Masrani.
     — Le Conseil de Sécurité ? Répéta Lynton en ricanant. Vous ne ferez rien, Vic ! Lui ordonna-elle. Si vous êtes suffisamment con pour vous laisser lyncher, c'est votre problème mais vous en savez que beaucoup trop ! Si vous révéler quoi que ce soit, j'enverrais quelqu'un rendre une visite de courtoisie à votre fille adorée, de préférence l'un des pourfendeurs s'ils parviennent à revenir sur le continent. Il y a de sacrés spécimens parmi ces derniers, de véritables animaux humains…
     Hoskins blêmit face à cette menace.
     — Ne touchez pas à elle…
     — Alors fermez-votre gueule et il ne lui arrivera rien ! Mais au moindre pet de travers de votre part, je vous fais jeter en pâture aux dinosaures pieds et mains liés ou dans le Pacifique depuis un hélico. Avec tous ces animaux échappés, on croira à de la malchance et ce sera alors à votre fille de payer pour vos conneries … Ce serait vraiment dommage de nous débarrasser de vous, qui nous avez rendu de bons et loyaux services par le passé. Vous voilà prévenus !
     Lynton raccrocha et Hoskins rangea son portable. Le chauffeur lui lança un bref regard, comme pour lui demander la direction à prendre :
     — Allez à l'ouest, au Village Safari.
     Le chauffeur acquiesça et tourna à droite au prochain embranchement.

     Le moteur crachota à un rythme de plus en plus soutenu jusqu'à enfin redémarrer et sachant que les achillobators devaient être en train de se préparer à attaquer le véhicule, Dearing commença à tourner comme pour faire demi-tour.
     — Stop ! L'arrêta soudainement Leon. Il ne faut pas fuir !
     — Quoi ?!
     — Si on leur tourne le dos, elles nous attaqueront. Lui expliqua-elle, se souvenant de sa mésaventure de la veille. On doit reculer, mais doucement.
     Dearing hésita un instant puis accepta de suivre les indications du stagiaire. Lorsque la tête de Blue apparut juste derrière la vitre de sa portière, elle sursauta et se pétrifia. Le raptor se contentait pour le moment de la regarder calmement en ayant le bout du museau presque collé à la vitre. De la buée se forma sur cette dernière au gré de la respiration de Blue. Ses yeux plongèrent dans ceux de Dearing.
     — Il faut que vous souteniez son regard. Chevrota Leon.
     Tout en continuant de reculer au pas, Dearing soutint le regard de Blue mais à la périphérie de son champ de vision, elle vit Delta et Echo émerger des ténèbres à une douzaine de mètres devant le capot pour s'avancer dans la zone éclairée par les phares. Elles ne semblaient pas vouloir s'arrêter et Blue donna soudainement un coup de museau dans la vitre, assez doux, comme pour tester la solidité de la matière. Il fut suivit d'un autre, plus violent, donné dans un mouvement semblable à celui d'un oiseau frappant de son bec la carapace de sa proie.
     — Qu'est-ce que je fais maintenant, bordel ? Demanda Dearing tout en ne détournant pas ses yeux de ceux de Blue.
     — C'est un jeu de qui a la plus grosse. Intimidez-les !
     Dearing appuya alors sur le klaxon et le bruit produit surpris tant Blue que ses plumes se hérissèrent et qu'elle fit un bond en arrière. Les deux autres achillobators se figèrent et regardèrent la jeep en penchant nerveusement la tête sur le côté alors que leurs yeux clignaient à cause de la lumière vive des phares.
Cependant, une fois l'effet de surprise passé, elles reprirent leur avance et Blue revint vers la portière de Dearing. Elle donna un coup de tête au niveau de la poignée et ses deux sœurs, leurs yeux commençant à les piquer à cause de l'éblouissement, s'ébrouèrent en grognant et Echo adressa même un claquement de mâchoires à l'encontre du véhicule.
     — Éteignez les phares ! Dit Leon en voyant cela. Se prendre la lumière en pleine figure les irrite !
    Elle s'exécuta et diminua considérablement la puissance des phares tout en ne gardant que les feux de position d'allumés, fournissant une lumière faible qui leur permettait cependant de distinguer les silhouettes des raptors.
Devant, Delta et Echo ne s'arrêtent pas et leur museau arriva au niveau du capot et Blue mordit la poignée, comme s'il savait que cette dernière servait à manipuler la portière. Les achillobators semblant s'entêter à s'en prendre au véhicule, Dearing devait les effrayer.
C'est alors qu'elle fit vrombir le moteur, de plus en plus fort, à l'instar d'un animal prêt à charger. Les achillobators se figèrent à nouveau et se mirent à adopter une attitude prudente et appréhensive envers la jeep mais voyant qu'elles ne s'étaient toujours pas décidés à reculer, Dearing appuya davantage sur la pédale d'embrayage, laissant rugir le moteur. Elle donna ensuite un coup de klaxon et mit la marche avant, poussant Delta et Echo. Celles-ci chancelèrent et croyant que la jeep était en train de les charger, s'écartèrent vivement de la trajectoire du véhicule et partirent en direction de la tente. Blue vint les rejoindre à l'endroit où elles se tinrent, à mi-chemin entre le corps de la mercenaire blonde et de la tente. Les bruits du moteur et les coups de klaxon ayant eu raison de leur témérité, les trois prédateurs regardèrent la jeep avec méfiance pendant quelques instants et voyant que le véhicule avait cessé sa charge et s'était tu une fois qu'elles eurent déguerpi, elles s'en désintéressèrent et allèrent dévorer l'un des mercenaires, le jeune qu'Echo avait tué entre le bâtiment de nuit et la tente.
Mais à peine commencèrent-elles à se repaître de sa chair qu'elles relevèrent la tête aussitôt et se figèrent, comme pour écouter, et peu après, elles partirent en courant vers l'ouest, disparaissant derrière les murs de l'enclos. Dearing et Leon rallumèrent les phares et attendirent. Les raptors ne revinrent pas.
     — Elles sont parties ? Fit Leon.
     — Il semblerait. Ça a marché ! S'écria Dearing de soulagement avant d'adresser un regard plein de reconnaissance au stagiaire.
     Mais leur sensation de soulagement fut coupée court lorsqu'une réplique sismique secoua le sol et les arbres environnants, faisant tomber la cendre accumulée sur les feuilles.


     Grady et Sembène retrouvèrent la Meute à un peu moins de quatre minutes de marche à l'ouest de la Nécropole des Nobles, où le tunnel commençait à descendre en pente douce.
Cachés au niveau de l'angle d'un tournant, ils les regardèrent avancer en marchant d'un pas rapide et l'air alerte, comme si les prédateurs craignaient qu'il y ait encore des intrus dans la montagne. Ne pouvant bien entendu pas apparaître dans leur dos comme si de rien n'était, les soigneurs devaient attendre que les dinosaures fussent suffisamment loin avant de se remettre à avancer pour rejoindre la prochaine cachette. Sembène aperçut bien un interstice dans la paroi opposée à la leur, à équidistance d'eux et des dinosaures, et un homme pouvait s'y faufiler mais il ignorait où il conduisait et s'il n'y avait pas de cul de sac à l'autre bout. De là où ils étaient, on pouvait percevoir le grondement d'une cascade. Ils n'étaient plus très loin de la sortie.
Plus loin devant, hors de la vue des soigneurs, l'un des néoraptors poussa un unique cri, celui que les individus de cette espèce poussaient pour entre-autres indiquer à leurs congénères qu'ils avaient atteints un certain emplacement. A ce cri, l'I.rex répondit par un autre qui se répercuta contre les parois du tunnel, l'imitation de celui qui équivalait chez les raptors à un « entendu » ou « reçu ». Le problème était que ce cri venait de derrière les deux soigneurs. A l'oreille, ils estimèrent que la chimère était à une centaine de mètres derrière eux et elle se rapprochait. S'ils ne trouvaient pas de moyen de se soustraire à sa vue et à celle des autres prédateurs, ils étaient faits comme des rats.
     — Par là, il y a un passage ! Indiqua Sembène à Grady à voix basse, pointant l'interstice qu'il avait aperçu, avant d'avancer à pas de loups en direction de ce dernier.
     Grady suivit son collègue, se déplaçant aussi furtivement que possible, et Sembène s'inséra dans l'interstice le premier. Etant plus maigre et de constitution plus gracile que Grady, il n'eut aucun mal à faire cela là où Grady du rentrer le ventre pour pouvoir s'insérer à son tour et progresser dans l'interstice.
Alors qu'il se faufilait plus profondément, il avait le regard tourné vers Sembène et ainsi il ne vit pas l'I.rex abaisser sa tête au niveau de l'interstice pour positionner son œil devant l'ouverture. Elle les regarda silencieusement un instant ou deux avant de reprendre sa route.
     Au bout d'une demi-douzaine de mètres, ils parvinrent au bout de l'étroit passage et se retrouvèrent sur ce qui avait l'air d'être une corniche. Souhaitant économiser au maximum les batteries de leurs lunettes de vision nocturne, ils décidèrent de les enlever et d'utiliser à la place leurs lampes torches. En éclairant les alentours, ils se rendirent compte que la caverne dans laquelle ils s'étaient retrouvés était certes spacieuse mais pas aussi volumineuse et haute que le Temple, sans compter que la forme n'était pas la même, plus allongée et non circulaire. Sembène s'approcha du rebord pour voir ce qu'il y avait en contrebas mais à l'instant où il posa le pied sur le rebord, la roche s'effrita sous lui et il tomba en avant en poussant un cri de surprise avant que Grady ne puisse le rattraper. Ce dernier l'entendit dégringoler avec des pierres et perçut un craquement. Grady craignit que son ami se soit cassé quelque chose ou pire.
     — Barry !
     — Ça va. Le rassura Sembène. Ce n'était pas mes os que tu as entendus…
     Grady braqua sa lampe torche vers l'endroit d'où la voix de Sembène semblait provenir. Juste sous le rebord de la corniche, il y avait une espèce de talus assez raide constitué d'un amas de petites pierres. Il le descendit prudemment et retrouva Sembène au pied du talus, assis l'air endolori devant des ossements et une main posée par-dessus la plaie au front que lui avait infligée la chute. Grady l'aida à se relever et ils baissèrent leurs yeux sur le tibia, le péroné et les métatarses que Sembène avait écrasé au terme de sa chute. La patte à laquelle appartenaient ces os était terminée par trois doigts griffus.
Ils remontèrent les faisceaux de la lampe le long du fémur, passant sur l'ilium puis sur les côtes, les vertèbres cervicales et enfin un crâne allongé surmonté d'une petite pointe au niveau de l'extrémité du museau : Un procératosaure adulte femelle.
Grady releva sa lampe torche pour la braquer vers l'extrémité opposée de la caverne et balaya ensuite le faisceau d'abord vers la gauche, puis vers la droite, éclairant sur son passage les squelettes d'un clan de procératosaures, comptant au moins une trentaine d'individus des deux sexes et de toutes les catégories d'âges, éparpillés dans la caverne, ainsi qu'une petite dizaine de nids, en forme de paniers et faits avec de la végétation récoltée à l'extérieur de la montagne, tombant en poussière, ou même des ossements humains. A l'intérieur de ceux-ci, ils purent distinguer nombre d'œufs et même des petits ne les ayant jamais quittés.
     Grady et Sembène pensèrent dans un premier temps que les prédateurs avaient été asphyxiés dans leur sommeil, expliquant le fait que l'entièreté du clan ou du moins la majorité des individus le constituant avaient succombés, mais quelque chose ne collait pas. Si les individus dormaient lorsqu'ils avaient été asphyxiés, ils les auraient retrouvés lovés en boule (les procératosaures dormaient ainsi d'ordinaire) et non pas couchés sur le flanc ou sur le dos avec le cou arqué en arrière avec les mâchoires grandes ouvertes, trahissant la grande souffrance qu'avaient ressenti les animaux durant leur trépas. De plus, en ressentant le danger, les adultes auraient pris soin d'emporter hors du nid autant de petits qu'ils pouvaient, or les soigneurs ne virent qu'une poignée de petits en dehors et de ceux-là, seul un était en train d'être transporté dans la gueule de sa mère au moment où elle était tombée alors qu'elle se dirigeait vers le talus qu'avait dégringolé Sembène, comptant le remonter et gagner l'interstice. Quelque fut le mal qui avait frappé le clan, il l'avait fait de manière si subite qui leur semblait que nul procératosaure n'avait quitté cette caverne vivant.
La réponse à ce mystère apparut peu après aux soigneurs alors qu'ils traversaient la caverne en déambulant d'un pas lent et respectueux tandis que leur visage arborait une mine maussade, comme s'ils marchaient sur le lieu d'un accident ou un champ de bataille, car Grady buta dans un objet métallique qu'il ramassa.
Il s'agissait d'une petite sphère noire sur laquelle on pouvait déchiffrer une série de caractères que Sembène lut :
     — MORO-12… Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
     Ayant déjà vu ce nom dans un article, Grady se rendit compte que l'objet qu'il tenait dans sa main était une grenade à gaz.
     — Un agent innervant. Mortel par inhalation. Utilisé il y a encore quelques années de cela dans le cadre d'assassinats, d'attentats et même de génocides… C'est ainsi qu'InGen a gagné la Guerre Saurienne et reconquis Isla Nublar. Déclara-il d'un air sombre.
     Le gaz neurotoxique avait provoqué des convulsions chez les animaux, de graves convulsions, et dans leur agonie, certains étaient tombés en plein dans les nids, écrasant les œufs ou les petits sous eux. Au milieu de l'un des cratères d'os et de fougères desséchées, plusieurs nouveau-nés semblaient encore piailler, leurs squelettes collés les uns contre les autres.
     — Tu penses que Masrani était au courant de ça, malgré les intentions qu'il affichait à l'époque et même il y a quelques heures ?
     — Il y a des chances. Les gens comme lui sont prêts à tout pour atteindre leurs objectifs et trahir leurs promesses en fait partie. Affirma Grady. Il a remué ciel et terre pour que Jurassic World voit le jour, quitte à lier ses fondations avec un mortier fait de sang…
     En continuant de balayer le lieu avec les lampes torches, ils virent d'autres grenades et remarquèrent que celles-ci avaient presque à chaque fois atterris près des nids et en levant les yeux vers le plafond, ils virent deux autres corniches que celle par laquelle ils étaient venus, plus hautes et surplombant les nids et accessibles depuis des tunnels aux dimensions suffisamment adaptées aux humains.
A la lumière des lampes torches, ils virent l'entrée d'un boyau à l'extrémité de la caverne et désireux de s'éloigner de ce lieu funeste, ils accélèrent le pas pour s'y diriger mais au même moment, ils ressentirent la secousse ayant précédé l'explosion au flanc est du Sibo et celle-ci les encouragea de se dépêcher de quitter la montagne. Ils s'engagèrent en courant dans le boyau, passant à côté du squelette d'un procératosaure juvénile ayant la particularité d'avoir un collier en cuir autour de son cou et sur lequel on avait accroché une boîte noire, l'émetteur qui avait permis aux troupes d'InGen de suivre l'animal et de trouver la localisation précise de l'antre de son clan.


     Pétrifiés de peur dans leur véhicule face à la vision de la pluie de roches incandescentes se dirigeant droit vers eux, Dearing et Leon n'avaient toujours pas bougé alors que les premières bombes volcaniques atteignaient les environs, s'écrasant en projetant des morceaux de roches brûlants qui mirent le feu à la végétation. Dearing finit par se ressaisir et fit démarrer la jeep. Elle s'engagea sur la même piste que celle empruntée à l'aller et alors qu'elle remontait les vitesses une à une, Leon ne cessait de lancer des regards inquiets tout autour. Plusieurs bombes atterrirent au niveau de l'enclos, du camp et même au milieu de la jungle de part et d'autre de la piste qu'ils empruntaient. L'une d'elle percuta le sol si près de la jeep qu'un morceau projeté lors de l'impact vint traverser la vitre de la portière près de laquelle Leon était assise et passer à quelques centimètres du visage du stagiaire en sifflant telle une balle de fusil avant de rebondir contre la portière opposée et de retomber sur la banquette en fumant. Ils entendirent un rugissement dans le ciel, celui des moteurs de l'un des avions bombardier d'eau, touché par l'une des bombes quelques instants plus tôt alors qu'il fuyait les environs du Sibo et qui maintenant menaçait d'aller s'écraser dans la jungle à l'est de la Cartago. Peu après, la banquette commença à prendre feu à l'endroit où l'éclat de roche avait atterrit et Leon attrapa une couverture rangée sous le siège passager et s'en servit pour tenter d'étouffer les flammes.
     — Plus vite ! Je ne veux pas mourir puceau et sans avoir vu la fin de la postlogie Star Wars ! Pleurnicha le jeune homme paniqué.
     Son sang-froid mit à rude épreuve, Dearing ne put s'empêcher de lui rétorquer sèchement dans l'espoir de le faire taire afin qu'elle puisse mieux se concentrer.
     — Tu ne louperas pas grand-chose vu la piètre qualité des deux premiers volets ! J.J Abrams et Rian Johnson sont des guignols tu m'entends ?! Des guignols ! Et ne me lances pas sur Kath…
     — Attention ! Cria soudainement Leon, ayant vu quelque chose allant bientôt se mettre en travers de leur trajectoire.
     Un arbre, dont la base du tronc avait été percutée de plein fouet par une bombe, tomba sur la piste et Dearing roulait trop vite pour qu'ils puissent freiner à temps. La collision était inévitable. Leon plaça ses bras devant son visage pour le protéger en vue de l'impact imminent.


     A la sortie du boyau, Grady et Sembène se mirent à réentendre le grondement de la cascade et alors que la terre tremblait toujours, ils arrivèrent au niveau d'un embranchement donnant sur un tunnel de dimension plus grande. Ils tournèrent à gauche, là où le tunnel descendait.
Cependant, le son de la cascade décrut rapidement en intensité au fur et à mesure qu'ils courraient et au détour d'un virage, alors que l'explosion au niveau du Sibo leur parvenait comme un bruit sourd lointain, ils se retrouvèrent face à une étendue d'eau stagnante qui avait inondé le reste du tunnel. Ils se rendirent compte qu'ils étaient sur l'ancienne voie reliant l'ancien cirque devenu bassin au temple au cœur de la montagne et ignorant combien de mètres les séparait de la sortie du tunnel au niveau du fond du bassin, voir si un éboulement ne l'avait pas trop obstrué, ils rebroussèrent chemin et repassèrent devant le boyau conduisant au nid des procératosaures, remontant en vitesse droit devant eux tandis que d'étranges bruits sourds leur parvenaient, semblables à ceux pouvant être entendus depuis un bunker lors d'un bombardement. Le grondement de la cascade revint rapidement et ils entendirent même les expirations des dinosaures, qu'ils revirent après avoir passé un tournant.
Se cachant derrière de gros rochers, les soigneurs regardèrent les neoraptors et les procératosaures poser les pattes dans l'eau et s'immerger avant de disparaître sous la surface de l'eau et de passer sous la cascade.
     Lorsqu'ils eurent tous disparu derrière, Grady et Sembène s'échangèrent un regard et regardèrent derrière eux pour s'assurer que l'I.rex n'était pas en train d'arriver ou de leur tendre un piège, allant même jusqu'à balayer le tunnel derrière eux avec leurs lampes torches pour déjouer une potentielle tentative d'embuscade par camouflage.
Ils ne virent rien et pensant alors que la chimère était déjà sortie de la montagne, ils attendirent un peu, le temps pris selon leurs estimations par l'I.rex pour reprendre la tête de la Meute et la mener ailleurs, puis s'avancèrent vers la cascade alors que de la poussière et des petits morceaux de rochers pas plus gros que des pièces de monnaie tombaient en cascade de la voûte du tunnel. Ils se figèrent d'étonnement en en voyant une partie s'arrêter en plein air, semblant presque léviter juste devant le bord du bassin. Cependant, quelques-uns des morceaux de roche se mirent à glisser comme ils l'auraient faits s'ils avaient atterrit sur un objet de forme arrondie mais néanmoins doté de structures à sa surface suffisamment grosses pour empêcher bloquer certains des fragments dans leur glissade.
En observant la cascade derrière, ils remarquèrent malgré la faible luminosité que l'eau de toute la partie médiane de la cascade avait un aspect bizarre, semblable à celui d'une texture bugée ou mal dessinée d'un objet dans un jeu-vidéo contrastant avec la netteté des autres éléments l'entourant, et ainsi l'écoulement à ce niveau n'avait pas l'air naturel. Parmi le bruit du grondement de la cascade, presque couvert par ce dernier, les soigneurs entendirent un bruit d'expiration semblable à celui d'un cheval en train de s'ébrouer. Il y avait un animal avec eux dans la caverne, attendant. Le bruit provenait du bord du bassin. Ils ne virent rien mais l'une de leurs craintes initiales se voyant tout compte-fait confirmée, ils braquèrent doucement le faisceau de leurs lampes en direction de la cascade, la balayant comme le feraient des projecteurs de phare sur la surface de l'océan.
Ils s'aperçurent que là où les faisceaux rencontraient la partie médiane de la cascade, l'air prenait une couleur blanchâtre, pareille à celle du faisceau de la lampe. Les soigneurs décidèrent de chacun se mettre à balayer l'une des parois de la caverne de part et d'autre de la cascade, cherchant la tête de l'indominus. Le faisceau de la lampe de Grady finit par rencontrer l'œil droit de la chimère, le vert, jusque-là caché dans les ténèbres, les ayant patiemment observés pendant tout ce temps. Par réflexe, l'œil se mit à cligner et une membrane nictitante vint le recouvrir. Un vagissement se fit entendre et l'indominus apparut enfin aux yeux des soigneurs, reprenant peu à peu ses couleurs naturelles alors qu'elle se tenait debout et immobile à sept mètres d'eux, les fixant tel un chat prêt à se jeter sur des souris. Elle commença à se mettre en mouvement, faisant glisser de son dos et de ses flancs la poussière et les cailloux venus se bloquer contre ses ostéodermes.
Sachant pertinemment qu'elle les rattraperait aisément dans le cas où ils se mettraient à fuir en courant, ils s'immobilisèrent en baissant les faisceaux des lampes torches vers le sol et la laissèrent s'approcher alors qu'ils tentaient d'accepter l'idée que la mort allait les accueillir sous peu. Sembène abaissa son regard vers le sol et ferma les yeux en priant intérieurement pour que son trépas soit le plus court et le moins douloureux possible.
     Elle commença par leur tourner lentement autour en décrivant des cercles de plus en plus rapprochés, jusqu'à ce que ses orteils griffus ne frôlent leurs chaussures. Grady, qui bien qu'aussi pétrifié qu'une statue, avait gardé les yeux ouverts et sa vue se retrouva bouchée par l'une des pattes postérieures de la chimère. Cette dernière la fit lentement décoller du sol pour aller s'amuser à la faire passer tout près du corps de Grady dans un mouvement de va et vient, allant jusqu'à la frotter contre le torse du soigneur et le tout dans un geste délicat et gracieux, presque aguicheur, alors qu'un grondement doux parcourrait sa gorge, trahissant une sensation de plaisir.
Elle reposa sa pied, abaissa son corps pour se mettre sur ses quatre membres et commença à décrire un nouveau tour autour des deux soigneurs, ne s'arrêtant que lorsque sa main fut suffisamment proche de Grady. Elle la leva et toucha le torse de Grady du bout de ses griffes avant d'en relever une vers son menton, le caressant précautionneusement, comme s'il n'était qu'un rouge-gorge à portée des doigts d'une petite fille curieuse.
Ayant vu ce qu'elle était capable de faire à des proies sans défense, Grady luttait contre la panique. Il ne cessait de déglutir, ses poings étaient serrés et son cœur tambourinait dans sa poitrine. Elle passa ses doigts ensuite derrière lui et lorsqu'il ressentit la pointe des griffes toucher son dos, celui lui souleva un frisson et par réflexe, il leva les yeux vers sa tête, certes faiblement éclairée à cause de l'orientation des lampes torches mais suffisamment pour qu'il puisse discerner sa face et ses yeux.
     Elle le regardait en ayant la tête penchée sur le côté et la gueule fermée avec les dents cachées derrière les lèvres à l'exception des grands crocs. Ses yeux le regardaient sans ciller mais ils ne semblaient pas aussi menaçants qu'auparavant car la pupille s'était alors dilatée pour adopter une forme ronde.
Grady trouva que l'I.rex était à ce moment-là aussi avenante que pouvait l'être d'autres prédateurs sur certaines photographies, où ils étaient davantage magnifiques qu'effrayants, et d'apparence, le regard que la chimère lui portait semblait empreint de douceur, bien qu'il savait très bien que ce n'était que pour mieux cacher ses intentions. Malgré tout, il fut forcé de reconnaître qu'il la trouvait belle… à sa manière.
Il ne remarqua que là qu'elle avait aussi une face plus expressive que celle de tous les autres dinosaures, car elle avait l'air d'être dotée contrairement à eux de muscles qui lui permettaient d'adopter un panel d'expressions rivalisant avec ceux de nombre de mammifères, y compris les primates, et à cet instant, il crut voir ses lèvres dessiner comme une sorte de léger sourire. Encore un mystère à éclaircir auprès de Wu…
Il n'aurait su le dire mais il y avait quelque chose de familier dans les traits de sa face. Cherchant quoi, il ne put détourner son regard et ses yeux croisèrent les siens.
     Ayant entrouvert l'œil pour voir ce qui se passait, Sembène vit que le regard de la chimère semblait comme avoir complètement envoûté son collègue et discrètement il lui pinça légèrement le bras pour qu'il se ressaisisse. Grady eut un léger sursaut que l'I.rex perçu et elle arqua le cou en arrière en penchant la tête sur le côté, ses yeux tournés vers Sembène, adressant un regard terrible au Français qui détourna aussitôt le regard en tremblant de peur.
Des appels de néoraptors leur parvinrent à ce moment-là, poussés depuis les berges du bassin à l'extérieur par l'un des individus, inquiété par le fait que l'indominus ne les avait toujours pas rejoints.
Elle répondit aux appels et comme si elle s'était enfin lassée de ce petit jeu pervers, elle partit et ce, étonnamment, sans porter la moindre atteinte aux soigneurs, comme si les blesser ou les tuer ne lui allait lui apporter ni intérêt ni plaisir. Elle s'enfonça dans le bassin à son tour et nagea vers l'extérieur, fendant la cascade sur son passage avant de disparaître derrière et de rejoindre la Meute.
Grady et Sembène attendirent à nouveau quelques instants, le temps de reprendre pleinement leurs esprits après cette rencontre à glacer le sang, et se décidèrent à enfin s'élancer vers le bassin.
Ils plongèrent pour passer sous la cascade et lorsqu'ils ressortirent la tête de l'eau à l'extérieur de la montagne, ils trouvèrent les berges désertes puisqu'il n'y avait ni dinosaures, ni troupes d'InGen. Ils virent aussi des lueurs rougeâtres s'élever au-dessus de la végétation environnant le bassin et à les regarder alors qu'ils nageaient en toute hâte vers le bord, ils surent qu'elles correspondaient à des incendies, déclenchés par le bombardement de la zone par le Sibo, court mais intense et qui avait déjà pris fin depuis plusieurs minutes.
Une fois hors de l'eau, ils ne perdirent pas de temps et commencèrent à sprinter droit en direction de l'endroit où ils avaient cachés les motos.
     Juste avant qu'ils ne les retrouvent quelques minutes plus tard, ils étaient tombés sur les carcasses brûlantes des Caiman et des buggys, dont le réservoir d'essence avait visiblement explosé, les véhicules ayant été d'après leurs suppositions à ce moment-là, été touchés lors du bombardement. Ils étaient si occupés à s'inquiéter pour les motos qu'ils ne remarquèrent pas la grande flaque d'essence toujours en train de brûler sous l'un des Caiman, trace du sabotage dont les véhicules avaient été sujets, et la question du sort des troupes d'InGen ne leur traversa l'esprit qu'après coup. Fort heureusement, ils retrouvèrent les motos dans le fourré où ils les avaient dissimulées, intactes, mais alors qu'ils les redémarraient, ils commencèrent à être pris de quintes de toux, provoquées par une épaisse fumée venant dans leur direction, annonçant la venue imminente d'un incendie. Des braises, portées par le vent, parvenaient même jusqu'à eux.
Une fois les moteurs en marche, ils se remirent en selle et prirent la direction de l'ouest, comptant revenir au camp aussi vite que possible.
     En chemin, ils durent décrire maints détours et zigzags afin d'éviter les arbres tombés, les zones où la végétation était trop embrasée pour qu'ils y circulent, ou encore les animaux paniqués, comme ce gallimimus qui passa juste devant eux en poussant une série de petits cris paniqués alors que les plumes de son dos et de son cou brûlaient, ou le parasaurolophus qui coupa leur trajectoire un peu plus loin, une troupe de singes agrippés à son cou et à son dos. Ils entendirent aussi un mugissement de détresse et entre les troncs, ils aperçurent un autre parasaurolophus, bloqué sous un arbre tombé, gigotant vainement. Les deux soigneurs durent se résoudre à contrecœur de l'ignorer au profit de leur propre survie et de continuer. La dernière chose que vit l'infortuné bec de canard fut un mur de flammes avançant dans sa direction.
     Les deux soigneurs revinrent en vue de l'enclos des achillobators mais ils ne furent pas encore hors de danger car les incendies gagnaient rapidement en ampleur, s'étendant dans toutes les directions possibles. Au milieu du camp abandonné et cerné par les flammes, Grady vit le corps sans vie de l'un des achillobators.
     — Non…
    En se rapprochant, ils s'aperçurent qu'il s'agissait de Charlie et Grady mit pied à terre pour venir s'agenouiller près du corps et le caresser vainement. En remarquant les impacts de balle et surtout celui dans le crâne, son visage s'empourpra de colère.
    — Maudits bâtards !
    Sembène remarqua qu'autant Grady était très chagriné par la perte de l'un de ses achillobators, autant il ne prêtait pas beaucoup d'attention aux corps des mercenaires qu'elles avaient tués non loin et que leur sort l'indifférait presque. Ce fait l'inquiéta quelque peu tandis que la vision des mutilations infligées aux mercenaires le poussa à mettre la main devant la bouche pour calmer un haut de cœur.
     — Owen ! Il faut partir ! Le pressa-il après avoir balayé du regard les feux alentours, craignant que ces derniers ne se rejoignent bientôt et les encerclent.
     Grady se releva et remonta sur sa moto. Ayant aperçus des traces de roues, Sembène les montra à son collègue et ils s'engagèrent à leur tour sur la piste. Ils remarquèrent qu'il y avait deux jeux de traces de roues, l'une correspondant à un hummer, celui des mercenaires d'InGen, et l'autre à une jeep, celle que Grady avait confié à Dearing. Ils arrivèrent devant l'arbre tombé en travers de la route et ralentirent. En l'outrepassant, ils notèrent que la jeep avait contourné l'obstacle en braquant violemment vers la gauche, passant au ras de la cime, avant de rebraquer pour revenir sur la piste, dessinant un slalom très resserré sur la cendre.
Laissant derrière eux un monde rouge teinté de gris, ils arrivèrent à un croisement, non loin du portail de la réserve, mais à ce niveau, les traces se séparaient. Les deux soigneurs s'arrêtèrent alors pour les étudier mais rapidement Sembène retrouva celles de la jeep, à l'entrée d'une route conduisant au sud.
     — Je les ais ! S'écria-il. Ils ont pris la route de la corniche !

     Dans la confusion et la panique de la fuite, Dearing n'avait pas prêté attention à la piste qu'ils avaient empruntés et lorsque la route sur laquelle ils roulaient ne sembla faire que s'étirer en quasi ligne droite au milieu de la jungle au lieu de mener au portail de la réserve, elle s'inquiéta et craignit d'avoir pris une mauvaise direction.
     — Où est l'embranchement ? Et je ne vois pas la volière !
     Leon regarda à gauche et vit qu'ils longeaient une ligne de falaises, surplombant une rivière et en regardant derrière eux, il aperçut à la lueur d'un éclair le dôme d'une volière, celle de la gorge de la Cartago.
     — Nous sommes sur la route de corniche ! La volière est derrière nous !
     Bien que Dearing ait voulu initialement emprunter la piste conduisant au pont de la gorge du Rio Iris en traversant une partie de la réserve, elle se relaxa quand même car la route de corniche menait à Burroughs elle-aussi.
     — Elle mène à Burroughs. C'est ce qui m'importe.
     Quelques minutes plus tard, alors que la route descendait dans la vallée de la Cartago en longeant les falaises, les phares de deux motos apparurent dans les rétroviseurs de la jeep et rapidement, les motards les rattrapèrent et Leon, regardant par la lunette arrière, les reconnut.
     — C'est Owen et Barry ! S'écria-il.
     Dearing émit un soupir de soulagement.
    Chacun des deux soigneurs se mit d'un côté du véhicule, comme pour l'escorter, et Grady donna un coup d'accélération. Il parvint au niveau de Dearing et celle-ci abaissa la vitre de sa portière.
    — Il faut qu'on aille aux labos ! Dit-il. On a deux mots à dire à Wu.

    Le hummer d'InGen Security avait pris la direction du village safari, Hoskins et ses hommes comptant récupérer dans les bâtiments abandonnés des vêtements ou des uniformes qui leur permettraient de se déguiser en touristes ou en employés du parc. Ensuite, leur plan consistait à prendre la route longeant la Cordillère Occidentale et remontant jusqu'au Plateau Méridional, abandonner le hummer quelque part par là et rejoindre Burroughs à pied où ils se mêleraient aux personnes attendant d'être évacuées.
Mais alors qu'ils approchaient du village par le nord en gravissant une pente herbeuse, le chauffeur fit stopper assez brutalement le véhicule une fois au sommet et resta à l'arrêt.
    — Pourquoi vous-êtes-vous arrêtés ? Lui demanda Hoskins.
    — La route est bloquée, monsieur. Répondit le chauffeur
    — Par quoi ?
    De son siège, Hoskins ne put distinguer à la lumière des phares que les corps bruns sombres d'énormes animaux quadrupèdes, aux pattes antérieures rayées de blanc de constitution plus frêles que les pattes postérieures et dont le crâne allongé était terminé par un bec aplati dépourvu de dents.
    — Des dinosaures. Des becs de canard. Dit le chauffeur.
    Hoskins se pencha en avant pour mieux regarder. Il compta un peu plus d'une demi-douzaine d'individus, une petite harde parmi laquelle il vit un juvénile aussi gros qu'un cheval. Suite à la puissante explosion ayant eu lieu quelques minutes plus tôt, les animaux étaient très agités. Ils mugissaient fréquemment et n'arrêtaient pas de bouger tout en restant sur place.
    — Ils sont dangereux ? Demanda le mercenaire assit à côté d'Hoskins.
    — Il ne me semble pas et ils n'ont pas l'air agressif. Dit celui ayant pris place à côté du chauffeur. On dirait juste des grosses vaches.
    — De très grosses vaches alors… Fit le premier, impressionné par la taille des dinosaures devant eux, les adultes étant aussi gros que des autobus.
    — Ils ont l'air stressés, ça doit être à cause de l'explosion qu'on a entendue il y a quelques instants. Remarqua le second.
    Les becs de canard ne semblant pas vouloir s'éloigner, le chauffeur appuya sur le klaxon.
    — Allez, poussez-vous merde ! S'énerva-il.
    Les animaux ne firent que s'agiter davantage et les sacs gonflables au niveau de leur mufle se mirent à vibrer alors qu'ils émettaient des sons graves semblant empreints d'inquiétude. Soudain, deux d'entre eux s'écartèrent pour laisser avancer vers le hummer un autre individu, une bête énorme à la robe noire et au corps présentant des traces de griffures et des morsures récentes au niveau du dos et des flancs, le mâle de la harde. Bucéphale.
Hoskins reconnut à cet instant l'espèce :
    — C'est des shantungosaures…
    Lorsque plus rien ne se trouva entre Bucéphale et le véhicule, il regarda ce dernier et se dressa sur ses pattes postérieures, sa tête culminant dès lors à huit mètres de hauteur, avant d'émettre un puissant mugissement assourdissant. Alors que leurs oreilles bourdonnaient, Hoskins se rappela du fait que les mâles de cette espèce d'hadrosaure détestaient les bruits de klaxon.
    — Arrêtez de klaxonner ! Aboya-il au chauffeur. Vous allez nous faire tuer !
    Le chauffeur s'exécuta mais Bucéphale, déjà décidé à répondre à la provocation des humains, se remit sur ses quatre membres et s'élança vers le hummer. Le voyant les charger tête la première, Hoskins prit peur et ouvrit sa portière pour descendre précipitamment du véhicule. Il fuya dans la direction opposée à celle de Bucéphale, vers la pente, et espéra que les autres passagers eurent le même réflexe que lui. Mais ils avaient hésités et lorsqu'ils voulurent sortir à leur tour, il fut trop tard.
Hoskins entendit le shantungosaure donner un puissant coup de tête sur l'un des côtés du véhicule, le faisant basculer. Les hurlements de terreur que poussèrent les mercenaires énervèrent encore plus Bucéphale et celui-ci donna un autre coup dans le hummer, le renversant sur le toit, avant de frapper le châssis plusieurs fois avec ses pattes avant tandis que les mercenaires continuaient de crier. Certaines des voix perdirent en intensité et Bucéphale s'appuya ensuite de toute ses forces sur le châssis. Face à la pression exercée, la carrosserie du véhicule se retrouva déformée et les autres passagers à l'exception d'un, quelque fut leur état, furent pris au piège dans le véhicule. Le mercenaire qui parvint à s'extirper du hummer le fit en rampant au travers d'une vitre de portière ayant éclaté et voyant Hoskins atteindre le haut de la pente, il se prépara à se relever pour le rejoindre mais un poids s'abattit au niveau de sa nuque et il entendit celle-ci ainsi que sa colonne vertébrale se briser avant de trépasser.
Hoskins se retourna et vit le corps inerte du mercenaire cloué au sol par l'une des pattes antérieures de Bucéphale. L'hadrosaure braqua son regard sur le directeur de la division sécurité, le fixant sans émettre le moindre son tandis que de la vapeur sortait de ses naseaux. Face à la vision du monstrueux bec de canard se dressant devant sa harde aux côtés du hummer retourné dont la lumière des phares se perdait dans la nuit. Hoskins paniqua mais en se retournant, son pied buta dans une petite saillie rocheuse et il tomba en avant, l'amenant à dévaler la pente en roulant dans l'herbe. Au cours de sa descente, il ressentit soudainement une douleur au sommet du crâne lorsque ce dernier heurta une pierre. Alors qu'il roulait toujours en direction d'un massif de buissons dans un bas fond humide, Hoskins perdit connaissance.

A SUIVRE...


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