Recréer Jurassic Park

Enfants déjà, à peine avions nous découvert Jurassic Park que la seule manière de donner suite à cette expérience fondatrice était de reproduire ce que nous avions vu, à travers nos jouets, nos crayons et avec les copains à la récré. Il nous était aussi indispensable de fredonner en permanence la musique du film, pour ne pas l'oublier.

Avec le temps cette peur de l'oubli s'est éteinte. Il nous suffit désormais d'appuyer sur un bouton pour revoir le film ou écouter la BO. Mais le besoin de reconstituer le parc tel qu'il aurait pu être ne s'est pas atténué pour autant.

Si le besoin de reproduire l'objet de son adoration est un réflexe de fan qui n'est pas propre à la licence Jurassic Park, il s'y trouve exacerbé par le fait que le film original relate un acte manqué. Pour le Jurassic fan, ne pas avoir vu le parc en état de marche est une frustration à laquelle il n'a pour seul palliatif que la possibilité de le reconstituer lui-même.

 

Quels modèles ?

Si le film ne mettait en scène qu'un nombre limité de bâtiments et attractions, d'autres déclinaisons de la licence se sont chargées d'évoquer de nouveaux lieux dont les noms devenaient autant d'endroits à visualiser et à situer sur l'île.

La volière, la centrale géothermique, l'attraction Jungle River, ou même la salle panoramique située sous l'enclos des raptors et que Hammond mentionne très brièvement dans le film (si si, vérifiez) n'ont longtemps eu comme cadre pour exister que l'imagination des fans.

Le jeu vidéo Jurassic Park The Game a permis après de longues années de fixer des images sur certains de ces éléments. Si les péripéties relatées dans le jeu ont dû mal à faire reconnaitre leur canonicité dans le lore de Jurassic Park, les lieux et bâtiments sont suffisamment proches de ce qu'on imaginait pour être considérés comme une référence.

De la même manière, les attractions Jurassic Park dans les parcs Universal adoptaient à l'origine une architecture et un design suffisamment proches de la charte visuelle des bâtiments du film pour qu'on puisse s'imaginer que l'attraction Jungle River ressemblait en tout point aux décors de Jurassic Park The Ride à Hollywood ou Orlando, qui selon leur story-telling interne sont deux nouvelles tentatives de John Hammond après son échec sur Isla Nublar.

 

Se référer à des modèles existants et visibles par tous permettait d'aboutir plus facilement à une vision commune de ce à quoi devaient ressembler les bâtiments du "vrai" Jurassic park.

 

Quels moyens ?

D'aussi loin que l'on se souvienne (c'est à dire au tout début des années 2000) les tentatives de reconstitutions ont constitué un fil rouge dans la communauté Jurassic Park sur internet. Et si la démarche est toujours restée la même en 25 ans, l'évolution des possibilités offertes par la technologie a posé plusieurs jalons.

Il y a presque 20 ans, lorsqu'on voulait parcourir Jurassic Park, le seul support possible était une carte, un plan au format GIF.

Le pionnier dans ce domaine était un certain Joel Meine, aka "Dr Dino". Au terme d'un énorme travail de recoupement et de priorisation des différentes sources selon leur niveau de précision il avait abouti à la carte ci-dessous :

De nouvelles version de cette carte ont été dessinées depuis, qui privilégient davantage les informations fournies par le film. D'autres poussent la reconstitution plus loin en intégrant des courbes de niveau pour retranscrire le relief. Mais celle-ci reste sans doute la plus marquante dans la mémoire des vieux fans d'aujourd'hui. Cela peut sembler idiot en 2019 mais cette image avait à l'époque un potentiel évocateur formidable. Pour la première fois une représentation du parc dans son ensemble, tel qu'il aurait dû être et en tout point cohérent avec ce qu'on avait vu dans le film, s'offrait à nos yeux et devenait le support de nos imaginations : un référentiel commun pour visualiser des paysages et se rapprocher un peu plus de la contemplation du véritable Jurassic Park.

Lorsqu'on téléchargeait cette carte (à 56 kbps, d'où son format gif moins volumineux), une note l'accompagnait dans laquelle l'auteur appelait de ses voeux un futur hypothétique où son travail pourrait être retranscrit en 3D. Une éventualité à peine crédible à l'époque, beaucoup plus tangible aujourd'hui, et à défaut d'une retranscription stricte sa carte aura servi de support et de référence à tous les projets, petits ou grands qui ont tenté d'ajouter une dimension supplémentaire à la reconstitution des images qu'ils avaient en tête.

 

Mais on n'est pas tous des experts de ZBrush. Impossible pour la plupart d'entre nous de partir de zéro pour bâtir à la feuille de palmier près le parc que l'on imagine depuis tant d'années.

Alors on s'approprie d'autres outils moins abstraits, quitte à souvent les détourner de leur fonction initiale.

De SimCity 3000, avec ses lignes électriques en guise d'enclos, à Planet Coaster, en passant par Minecraft, on a tous tenté quelque chose.

Une map Minecraft d'Isla Nublar à l'échelle 1:1 est d'ailleurs disponible gratuitement. Fidèle en tout point à la topographie de la carte évoquée plus haut elle n'attend que vos constructions.

Jurassic Park Operation Genesis en son temps et Jurassic World Evolution aujourd'hui disposaient d'une charte visuelle plus adaptée mais n'avaient pas vocation à reproduireà l'identique le parc de 1993. Les assets du premier étaient trop grossiers et approximatifs (la porte du parc collée au centre des visiteurs, vraiment ?), le second se focalise exclusivement sur Jurassic World (en attendant le DLC "Return to Jurassic Park") et s'il propose une modélisation complète d'Isla Nublar il ne permet de construire que sur des zones restreintes.

Ces outils accessibles au commun des fans ont donc leurs contraintes et leurs limites qui sont autant de renoncements à l'idéal que l'on a en tête, si bien que l'on finit par ne plus voir qu'elles.

Force est alors de s'en remettre aux travaux des autres, et à leur propre vision.

 

Quelle limite ?

Plusieurs projets tels que Jurassic Life ou Jurassic Park Aftermath ont tenté de pousser plus loin le réalisme. Mod de Half-Life 2 pour l'un, création originale basée sur le moteur CryEngine pour l'autre, ces oeuvres de quasi-professionnels ont fait saliver tous les fans à travers leurs teasers et journaux de développements. En vain. Comme leur modèle ces Jurassic Park virtuels n'ouvriront jamais au public. Les deux projets ayant été stoppé vraisemblablement par lassitude de leurs porteurs face à l'ampleur de la tâche. 

Car au-delà du savoir-faire technique, le véritable obstacle que doit surmonter le fan bâtisseur le plus déterminé est le temps, et son âme damnée la démotivation. Comme l'a dit John Hammond, la création est un acte de pure volonté, et après des mois de travail celle-ci peut finir par faire défaut. 

On aurait pu en rester là mais, alors que la rédaction de ce dossier était déjà bien avancée, un nouveau challenger a fait son apparition : nommé Jurassic Dream. Similaire aux deux projets cités ci-dessus, celui-ci est parvenu à un certain niveau d'achèvement, proposant librement au public de télécharger la version 1.0 de son Jurassic Park virtuel. Le rêve semblait enfin à portée de clavier.

Mais passé l'émerveillement initial, chacun y est allé de ses remarques, pointant ce qui n'allait pas selon sa propre vision. Pour certains l'immersion était brisée par des imperfections dans la modélisation des bâtiments, pour d'autre c'était une disposition incorrecte sur la carte, voire un relief qui ne correspondait pas. D'aucuns regrettaient de ne pas voir de traces des événements relatés par les films, là où les autres voulaient justement parcourir le parc tel qu'il aurait été si le film n'avait pas eu lieu. Et puis sans les dinosaures c'était pas pareil ... 

Quand bien même on parviendrait à créer une simulation photoréaliste en VR de Jurassic Park qu'il nous manquerait l'odeur des fientes de tricératops ou que l'on serait en désaccord sur la couleur des bateaux de l'attraction sur la rivière.

On touche ici à la fois à l'obsession du Cartographe de Neil Gaiman et à l'impossibilité d'établir un référentiel commun qui ne soit pas dicté par le canon. Et pour être tout à fait honnête ça fait trois mois qu'on en est là, à chercher une conclusion magique à cette quête sans fin. Mais on n'en a pas. Alors n'écoutez pas les autres, ne suivez surtout pas le canon; le vrai, l'unique Jurassic Park c'est celui qui est dans votre keur. 

Ce contenu vous a intéressé? Partagez-le :


Votre avis sur cette page


Posté par debb - 18 Novembre 2019

Jurassic Park en VR ils doivent certainement y penser chez Universal. Ca coutera un bras (par développeur) à produire mais ils pourront facturer le ticket d'entrée virtuel $2000 la journée, $10.000 et tout le monde paiera.

Posté par Monsieur ADN - 25 Novembre 2019

Ils pourront aussi proposer un système de forfait à la journée. Tarif réduit.