Camp Cretaceous

Quoi de mieux pour relancer une passion devenue moribonde que de repartir de zéro, retomber en enfance, redécouvrir cette licence comme si on avait neuf ans à nouveau ? On s'est posé devant Camp Cretaceous, première incursion de la licence au format série animée, après plusieurs tentatives échouées. Sur le papier, la série est le terrain idéal pour faire quelque chose de frais, de nouveau, avec la licence Jurassic. Un format inédit, une cible rajeunie, et un pitch qui laisse de la place pour faire plein de choses : l'ouverture d'un camp de vacances pour ados à Jurassic World.

 

Un pitch prometteur

Le lore de la saga Jurassic dispose d'une période s'étalant sur 10 ans (entre l'ouverture et la fermeture de Jurassic World) pour situer l'action de la série dans un parc fonctionnel. C'est l'occasion rêvée (et très attendue) de l'explorer dans ses moindres recoins et même à différentes étapes de son existence. Il y a donc de quoi tenir sur la durée : les dizaines d'ados se succédant dans la colo apporteraient dans leurs bagages autant de petites histoires à raconter en épisodes de 20 minutes, avec des dinosaures dedans.

Le début de la série exploite, comme attendu, l'imagerie des colonies de vacances : les monos débordés, les veillées au coin du feu, les escapades nocturnes, tout en y intégrant les dinosaures de manière plutôt appropriée à défaut d'être vraiment originale : émerveillement lors des visites d'attractions (la très chouette scène de la tyrolienne), instructives lors des activités proposées par la colo, ou dangereuses lors des transgressions.

Le troisième épisode en particulier coche toutes les cases permettant de valider que le concept fonctionne : c'est presque un modèle d'écriture où la transhumance d'un troupeau d'herbivores est l'occasion d'adresser les problématiques individuelles de chacun des ados (leadership, confiance, coopération, remise en question ...), tout en montrant une nouvelle facette du comportement des dinos, et sans oublier les doses d'action de suspense.

 

... mais vite oublié

Malheureusement, dès l'épisode suivant la série oublie son concept.

Sur cette fourchette de 10 ans d'existence de Jurassic World, il a fallu que la colo ouvre deux jours avant la fermeture forcée du parc. La seconde partie de la série présente donc beaucoup moins d'intérêt sur le fond puisqu'elle nous montre ce que nous ont déjà montré toutes les autres déclinaisons de la licence : des dinosaures qui s'échappent et mettent le bazar.

Pas moyen de profiter de la ballade, des dinos, et de la variété de situation qu'ils peuvent offrir pour raconter des histoires nouvelles : les personnages doivent fuir et quitter les lieux, au travers de scènes d'urgence déjà vues et revues.

 

Les dinos

Ce shift au bout de trois épisodes se fait ressentir non seulement sur la variété des situations, mais aussi sur la représentation des dinosaures et des personnages.

Les timides intentions naturalistes entrapreçues en début de saison, toujours dans l'épisode de la transhumance, sont alors balayées pour nous montrer des carnivores qui attaquent, et des herbivores béatement iconisés.

Une tendance récente de la licence consiste à personnifier les dinosaures en les affublant d'un nom, d'une personnalité, d'un rôle. On pense évidemment aux 4 raptors sidekicks d'Owen mais aussi aux hybrides Indominus et Indoraptor dont le caractère unique confère, de facto, une personnalité bien distincte.

Camp Cretaceous n'est pas en reste, introduisant "Petite Bosse", bébé ankylosaure aux cornes asymétriques apprivoisé par Ben; ou Toro, un carnotaurus dont Darius se fait un nemesis en lui infligeant de graves brûlures.

 

Les personnages

Sur le papier, le groupe d'ados mélange les genres et évite majoritairement les stéréotypes figés. Ainsi, l'expert en dinosaures n'est pas un gros nerd boutonneux, la sportive est aussi artiste que réservée, la blogueuse girly est la plus débrouillarde du groupe et la girl-next-door sympa s'avère être une espionne. Il n'y a que le pauvre Ben qui se tape une dégaine et un arc à la Neville Londubat qui auraient mérité plus de nuance.

On regrette néanmoins que ces caractérisations s'émoussent au fil de la saison. Très marquées dans les épisodes de mise en place elles sont effacées au moment où les choses tournent au survival. De fait il n'y a plus de temps pour développer des situations et des personnalités, l'intrigue étant pressée par l'urgence et la fuite. D'une manière générale, à partir de la mi-saison les personnages féminins ne sont plus là que pour générer du drama entre elles, et la plupart des actions décisives sont réalisées par Darius, le protagoniste fan de dinos, seul gamin doté d'un background développé à l'écran.

Le traitement réservé à Yasmina en particulier est symptomatique de ce coup de rabot dans la caractérisation des personnages. Identifiée comme la sportive du groupe, ses aptitudes ne sont jamais mises à profit. Lors du seul moment où elle a la possibilité d'utiliser son talent de sprinteuse, le scénario la fait trébucher sur un bébé dinosaure qui se jette dans ses pieds ... Dans l'épisode suivant elle se foule la cheville et restera boiteuse jusqu'à la fin de la saison. L'aiguillon électrique qui lui sert alors de béquille pendant plusieurs épisodes se retrouvera pourtant systématiquement dans les mains d'un autre personnage lorsqu'il faudra s'en servir de manière plus proactive. Au final, l'apport de Yasmina la sportive au scénario se résume à un différend récurrent avec Sammy l'espionne.

 

En bref

La série n'est pas parfaite, décevante par rapport à un potentiel sabordé, mais on ressort de quelques épisodes (en particulier le 3 et le 7) avec l'impression d'avoir vu ce qui s'est fait de mieux dans la licence Jurassic depuis 5 ans, en terme d'écriture et de réflexion sur le matériau de base.

L'incapacité de la licence à se renouveler, autant sur la forme que dans ses thématiques, court depuis quelques années déjà et Camp Cretaceous a au moins le mérite de l'avoir fait sur 3 épisodes.

Le nouveau statu quo instauré à la fin de la saison réussit presque à nous redonner les mêmes espoirs que ceux suscités par le pitch initial. Et on a quand même un petit peu hâte de voir la suite. 

 

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